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    L'Holocauste: un passé qui pourrait resurgir?

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    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    Peut-il y avoir un second Holocauste dans le monde, et particulièrement en Russie? Cette question est le leitmotiv du Marathon de commémoration des 6 millions de Juifs victimes du nazisme et des héros de la Résistance qui s'est tenu à Moscou.

    La Journée de l'Holocauste et de l'Héroïsme, marquée sur décision de la Knesset israélienne dans de nombreuses communautés juives du monde, coïncide avec le jour de l'insurrection au ghetto de Varsovie en 1943. A Moscou, les cérémonies ont commencé dimanche 15 avril par la visite des élèves de 11 écoles de la ville au Musée d'Histoire de l'héritage juif et de l'Holocauste à la Synagogue commémorative de la colline "Poklonnaïa gora". Ils y ont rencontré d'anciens détenus du ghetto et des Justes des peuples du monde, qui ont pendant la guerre sauvé des Juifs des nazis au péril de leur vie. Une soirée-requiem a été organisée par la fondation Holocauste avec le concours de l'ambassade de l'Etat d'Israël, du gouvernement de Moscou, de l'Union internationale des associations de Juifs anciens prisonniers du fascisme, et de toutes les grandes organisations juives de Russie. Les cérémonies de commémoration se sont terminées le 16 avril là où elles ont commencé: sur la colline "Poklonnaïa gora". Une autre soirée a été préparée par le Congrès juif russe. Nous devons entretenir la mémoire des victimes et ne pas laisser l'histoire se répéter: ces paroles ont retenti lors de toutes les cérémonies organisées à Moscou.

    Cependant, nombreux sont ceux qui ont constaté avec amertume qu'un nouvel Holocauste était possible. Ainsi, le grand rabbin de Russie Berl Lazar et le ministre israélien de l'Intégration Zeev Boïm en visite à Moscou ont déclaré à la soirée-requiem qu'ils percevaient une menace de répétition de l'Holocauste dans la politique du président iranien. Zeev Boïm l'a comparé à Hitler et a évoqué les événements des années 1930 en Allemagne, lorsque les nazis étaient arrivés au pouvoir, faisant un parallèle avec ce qui se passe actuellement en Iran.

    Selon Boris Nemtsov, membre du conseil politique du parti Union des forces de droite, le problème plus important pour ceux qui vivent en Russie n'est pas la situation en Iran, mais la présence du fascisme dans leur propre pays. D'après ses données, la "Jeune garde", mouvement de jeunesse de Russie unie, parti du pouvoir, examine sérieusement l'idée d'adopter le mot d'ordre "La Russie aux Russes". Leur but, fait-il remarquer, est de reprendre ce mot d'ordre aux mouvements nationalistes radicaux pour l'emporter aux élections. Pour l'instant, cette idée est examinée dans les couloirs, mais quelles seront les conséquences si elle est réalisée? - s'interroge Boris Nemtsov.

    Les images vidéo filmées par les militants des droits de l'homme au cours des meetings et des marches des mouvements nationalistes à Moscou et projetées devant l'assistance lors de la soirée du souvenir des martyrs de l'Holocauste sont en ce sens éloquentes. Elles sont en quelque sorte dans le prolongement des actualités datant de l'Allemagne nazie. On peut deviner les sentiments éprouvés en regardant ces images par les anciens détenus du ghetto et les anciens combattants de la Grande Guerre patriotique présents.

    Efim Gologorski, ancien détenu du ghetto et président de l'Union internationale des associations de Juifs anciens prisonniers du fascisme, a exprimé ses appréhensions quant aux résultats d'un sondage récemment effectué par la radio Echo de Moscou. Environ 30% des auditeurs se sont prononcés en faveur de l'idée de chasser tous les étrangers de Russie. Le nazisme avait commencé en Allemagne avec à peu près le même nombre d'électeurs, a rappelé Efim Gologorski.

    D'après les données des militants des droits de l'homme, des mots d'ordre xénophobes, notamment "La Russie aux Russes", sont régulièrement lancés - il est vrai, pour l'instant, par des partis marginaux - au cours de la campagne qui se tient cette année dans de nombreuses régions de Russie pour l'élection des organes locaux du pouvoir.

    L'attisement croissant des passions politiques a eu de graves conséquences. Au cours d'une conférence de presse qui s'est tenue début avril à RIA Novosti, le directeur du Bureau des droits de l'homme de Moscou a fait savoir que 49 agressions perpétrées par des nationalistes enregistrées au premier trimestre 2007 avaient fait 13 morts et une cinquantaine de blessés, contre 1 mort et 36 blessés pendant la même période de 2005.

    Au cours de la même conférence de presse, les sociologues ont cité les résultats de sondages effectués en 2005-2006 dans les écoles de Moscou. Selon Vladimir Sobkine, directeur du Centre de sociologie de l'enseignement, la part des adolescents indifférents aux problèmes de l'immigration a considérablement diminué par rapport à 2002. L'attitude négative envers les migrants de l'étranger "proche" (CEI) et "lointain" (hors CEI) s'accentue. Selon les résultats des sondages de l'Institut de sociologie de l'Académie des sciences de Russie cités par le professeur Vladimir Chapiro, les adolescents sont assez tolérants dans leurs jugements d'ordre général (ils estiment, par exemple, qu'il ne convient pas de juger d'un homme par sa nationalité), mais ils émettent un avis contraire lorsqu'il s'agit de cas concrets. Un certain décalage est constaté en ce sens entre les adolescents russes et ceux d'autres nationalités. Ainsi, 59% des adolescents russes se sont prononcés pour restreindre la présence dans le pays de représentants de certaines nationalités et 46% pour leur interdire d'occuper des postes au gouvernement. Un adolescent sur quatre ou cinq soutient des idées franchement nazies du genre des purges ethniques.

    Le souvenir de l'Holocauste acquiert une importance particulière dans ce contexte. En effet, il s'agit non seulement de la tragédie des Juifs d'il y a plus de 60 ans, mais aussi de ce qui pourrait arriver aujourd'hui en Russie à n'importe quelle minorité nationale.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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