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    La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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    ESTONIE

    Les journaux expriment leur préoccupation face à la déclaration de l'homme d'affaires Boris Berezovski, poursuivi au pénal par la justice russe, selon laquelle il prépare un coup d'Etat en Russie. "Nous ne croyons pas que les efforts de Berezovski puissent améliorer les rapports entre l'Estonie et la Russie. Car les Russes savent tourner les situations de ce genre à leur profit, cherchant au moyen d'une grossière propagande à éclabousser leurs "méchants" voisins également. Par exemple, l'Estonie" ("SL Ohtuleht", 14.04).

    Les journalistes prouvent que la pose du gazoduc Nord Stream (doit relier en direct la Russie et l'Allemagne sous la mer Baltique vers 2010, ndlr), non loin du littoral estonien, contredit les intérêts politiques et économiques du pays. "Avec la construction de ce gazoduc, la Russie verra naître un espoir fondé pour le protéger, contrôler et en garantir la sécurité, ce qui pourrait lui servir d'argument en faveur d'une présence militaire plus accentuée en mer Baltique" ("Eesti Paevaleht", 12.04). "Ce projet ne rapportera pas un cent à l'Estonie, alors que le président de Gazprom a affirmé que ce gazoduc permettrait de baisser les frais de transit de 6 à 12%. En fait, l'Estonie subventionne Gazprom à titre d'assistance humanitaire" ("Postimees", 12.04).

    Le recours à la force contre les participants à la Marche du désaccord est présenté comme la preuve que le Kremlin bafoue les valeurs démocratiques. "Mais qu'est-ce que ces gens ont fait de mal ? Ils sont venus dans un lieu inapproprié à un moment inopportun exprimer leurs idées erronées. Deux libertés : celle de se taire et celle d'être d'accord sont les principes de la "démocratie souveraine" russe" ("Postimees", 16.04).

    LETTONIE

    Expliquant les causes de la réaction disproportionnée, selon la presse locale, du Kremlin face aux actions de l'opposition, les commentateurs estiment que celle-ci pourrait être le résultat des craintes de voir le scénario de la "révolution orange" (à l'ukrainienne, ndlr) se répéter en Russie. "Le pouvoir a peur du peuple et il ne se sent pas à l'aise, voilà pourquoi il y a tant de policiers partout" ("Neatkriga rita avize", 16.04). "Le Kremlin a eu peur des manifestants. L'approche des élections est la cause de cette inquiétude. Les législatives et la présidentielle ne sont pas loin" ("Diena", 16.04).

    Les journalistes analysent les mobiles poussant les autorités à faire appel aux unités policières d'élite pour disperser les manifestants. "L'opposition, en recevant un coup de matraque sur la tête, a compris qu'il ne lui serait pas permis de participer à la politique russe. Aux électeurs, il a été dit que les principales valeurs de l'Etat - ordre et stabilité - sont effectivement gravement menacées et que, pour les préserver, les autorités doivent agir avec fermeté. L'Occident est le troisième receveur de message : à lui, il a été déclaré que la Russie a sa propre "démocratie souveraine" et qu'il lui faudra (...) compter avec elle. De ce point de vue, les événements de ce dernier weekend (14 et 15 avril) peuvent être considérés comme une suite du discours de Poutine à Munich qui a fait beaucoup de bruit et dont le sens principal se résume à ceci : nous vous apprendrons sinon à nous aimer du moins à avoir peur de nous" ("Diena", 17.04).

    Selon des médias, les espoirs que la Russie ne formulera pas de nouveaux préalables à la ratification de l'accord sur la frontière récemment signé ne se justifient pas. Les analystes confirment cette conclusion par la déclaration de l'ambassadeur russe en Lettonie, Viktor Kolioujny, qui a recommandé aux autorités lettonnes de permettre aux "non-citoyens" de prendre part aux élections locales. "Il serait naïf d'estimer qu'après la conclusion de l'accord sur la frontière, la Russie cesse de formuler différentes accusations à l'adresse de la Lettonie : c'est déjà un élément des rapports lettono-russes" ("Latvijas avize", 11.04).

    LITUANIE

    Les journaux sont préoccupés par la possibilité de réexportation de la viande polonaise, interdite d'importation en Russie, mais qui arrive sans restriction en Lituanie. Selon les experts, la revente en Russie de la viande polonaise pourrait attirer des ennuis à l'ensemble de l'industrie lituanienne. On craint que de telles opérations soient déjà menées en secret en Lituanie. "Nous risquons de connaître le même sort que les Polonais qui revendaient de la viande sud-américaine en Russie en la faisant passer pour des produits polonais. Les Russes l'ont établi et ont bloqué les importations (en provenance de Pologne). Aujourd'hui, le service vétérinaire russe a rappelé à notre ministère de l'Agriculture que la Lituanie fait pareil" ("Verslo Zinios", 12.04).

    Les médias se montrent sceptiques quant aux déclarations russes sur la volonté de Moscou de reprendre les livraisons de pétrole à la Lituanie après l'achèvement des travaux de réparation (qui n'ont pas encore commencé) sur l'oléoduc Droujba. "L'espoir de voir l'oléoduc Droujba fonctionner de nouveau, qui s'est ravivé un certain temps, commence à se ternir peu à peu. La probabilité que la raffinerie Mazeikiu Nafta, la plus importante des entreprises lituaniennes, soit approvisionnée par un oléoduc, n'est même pas débattue en théorie" ("Respublika", 17.04).

    UKRAINE

    Les médias analysent la situation en Russie à travers la crise politique ukrainienne. Selon les experts, Moscou accorde une grande attention au rapport des forces en Ukraine. L'exemple de l'évolution de la démocratie ukrainienne pourrait être utile pour les Russes et les citoyens des autres pays de la CEI, à leur avis. "Les résultats de la crise ukrainienne permettront de comprendre si les pays issus de l'URSS peuvent opter pour une autre voie que celle de la "démocratie contrôlée". L'Ukraine a une mission très importante qui consiste à montrer la voie européenne de la réforme à ces pays... Il y a des Russes qui souhaitent du succès à l'Ukraine et qui influent beaucoup sur le succès de la Russie" (UNIAN, 13.04).

    Les journaux sont indignés par la dispersion des manifestations d'opposition à Moscou et à Saint-Pétersbourg et se félicitent du niveau plus élevé de la démocratie en Ukraine. "On a envie de dire: "On n'est pas si mal chez nous!" en voyant l'enclos poutinien (et pro-Poutine) de la botte russe, de l'ordre asiatique et du patriotisme impérial aux sons des matraques frappant sur les boucliers et des cris des "mécontents" moscovites et pétersbourgeois traînés sur le bitume" (Obozrevatel, 16.04).

    La politique actuelle de développement russe n'a pas d'avenir, estiment les journalistes ukrainiens. "Les structures de pouvoir russes stagnent et se meurent... Un tel processus a provoqué la "révolution orange" en Ukraine... Le régime de Poutine semble suivre la même voie" (UAtoday, 16.04).

    ARMENIE

    En signalant les conditions du stationnement des bases militaires russes, manifestement désavantageuses pour Erevan, les journalistes constatent que les fonctionnaires se guident ouvertement sur les intérêts de la Russie au détriment de ceux de l'Arménie. "Non seulement l'Arménie ne prend rien à la Russie pour le stationnement de ses bases militaires, mais elle se charge en plus d'une partie des frais d'entretien. Qui plus est, de peur sans doute de froisser les Russes, l'Arménie leur cède progressivement ses propres ouvrages stratégiques... Depuis longtemps déjà, en effet, l'Arménie n'a plus de politique extérieure indépendante" (168 jam, 11.04).

    GEORGIE

    De brusques propos de la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, exhortant Moscou à respecter l'indépendance de la Géorgie, ont produit une très forte impression sur la presse. Les analystes exposent plusieurs versions des raisons authentiques de cette invective agressive de Washington. "L'Amérique défend fermement la Géorgie et appelle la Russie à être correcte à l'égard de notre pays... C'est d'une importance vitale pour la Géorgie. En fait, l'Amérique donne aussi l'exemple à d'autres. Et en premier lieu... à ses partenaires européens"; "Washington essaie d'affaiblir les positions de la Russie au Caucase, ou fait tout simplement monter les enchères, fait semblant de nous défendre pour remporter en réalité à l'avenir un autre marché sérieux concernant l'Iran ou le Kosovo" (24 saati, 13.04). "Cette déclaration de la secrétaire d'Etat américaine a provoqué une réaction extrêmement violente en Russie... A ce qu'il paraît, si quelqu'un exhorte la Russie à s'abstenir d'humilier ses voisins, c'est une ingérence dans les affaires intérieures de Moscou... Le fait est déjà intéressant en soi - l'examen au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies du problème de la Géorgie a provoqué une confrontation assez sérieuse entre les Etats-Unis et la Russie" (Kviris Palitra, 16.04).

    AZERBAIDJAN

    Les médias analysent la confrontation russo-américaine de plus en plus dure dans l'espace postsoviétique. "On a bien l'impression que les Etats-Unis se chargent à l'heure actuelle de la tutelle sur les ex-républiques soviétiques et essaient même de contraindre la Russie à accepter que les nouveaux pays indépendants ne fassent plus partie de sa sphère d'influence. Qui plus est, sous prétexte de respect des droits de l'homme, les Etats-Unis ne cessent de flirter avec les mouvements séparatistes dans l'espace postsoviétique, et même avec les Tchétchènes, et ce, pour priver la Russie de toute possibilité d'ingérence dans les affaires intérieures des anciennes républiques soviétiques, et tout particulièrement de l'Ukraine et des pays du Caucase du Sud. Beaucoup sont plutôt préoccupés, voire alarmés, par l'âpreté de cette lutte" (Zerkalo, 12.04).

    Les médias d'opposition estiment qu'à l'avenir, l'Azerbaïdjan sera à même de concurrencer la Russie sur le marché des livraisons d'hydrocarbures en Europe. "Il est évident que vu ses cadences actuelles de production de gaz naturel, l'Azerbaïdjan ne pourra pas dans les années qui viennent faire partie des plus gros fournisseurs. Quoi qu'il en soit, déjà à l'étape actuelle, grâce au gaz azerbaïdjanais, la Géorgie pourra, par exemple, renoncer complètement au gaz russe..."; "L'Union européenne (UE) accorde une attention toute particulière aux fournitures d'hydrocarbures depuis la région de la Caspienne. Et l'Azerbaïdjan conjointement avec le Turkménistan pourrait devenir l'un des participants importants au processus de diversification des fournitures de "combustible bleu" pour les pays de l'Union européenne. Quoi qu'il en soit, pour le moment, l'Occident et les Etats-Unis ne peuvent qu'espérer une possibilité d'amorcer un dialogue entre les présidents de l'Azerbaïdjan et du Turkménistan. Or, l'Union européenne ne doit sans doute pas abandonner ses espoirs car des projets gaziers ne sont pas établis pour le moment, mais sont échelonnés sur les décennies à venir" (Zerkalo, 13.04).

    KAZAKHSTAN

    Les médias sont sérieusement préoccupés par l'abondance de journaux locaux russophones et de périodiques russes, ce qui, selon les observateurs, constitue la cause de la faible propagation du kazakh dans le pays. "La plupart des éditions russes arrivent au Kazakhstan en contrebande, sans passer par les contrôles douanier et frontalier. Parmi ces publications, il y a celles qui sont utiles et édifiantes, mais leur nombre est très faible. La plupart des périodiques russes qui arrivent sur le marché kazakh de la presse font ouvertement la propagande du sexe et de la violence� Tout cela n'est pas autre chose qu'un sabotage informationnel non dissimulé" (Jas Kazakh", 13.04).

    Les médias cherchent la cause de la crise politique en Ukraine. "Tout a commencé le jour où Timochenko est revenue de Washington. On affirme qu'elle aurait apporté dans ses bagages une somme fantastique destinée au lobbying en faveur d'une loi portant installation d'éléments du système ABM en Ukraine. Pour y parvenir, elle a besoin d'une majorité parlementaire, majorité que les "orange" ne détiennent pas actuellement à la Rada (Liter.kz, 11.04).

    OUZBEKISTAN

    Les analystes constatent avec inquiétude que ces derniers temps, le nombre de travailleurs immigrés a considérablement augmenté en Russie, alors que celui d'emplois pour les nouveaux venus a considérablement diminué. "Aujourd'hui, ils ont de plus en plus de mal à trouver du travail. Cette situation ne risque-t-elle pas de provoquer une hausse de la délinquance? On sait que les chômeurs et les désespérés rejoignent souvent le milieu criminel. Quoi qu'il en soit, les rapports entre les immigrés et les forces de l'ordre laissent à désirer" ("Ferghana.Ru", 16.04).

    TADJIKISTAN

    Les médias constatent l'intérêt grandissant de l'Occident pour les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale et annoncent le déclin progressif de l'influence - encore dominante - de la Russie dans cette région. "Dans les années 1990, les forces exerçant une influence géopolitique en Asie centrale étaient les mêmes: la Russie, les Etats-Unis, la Chine et les pays musulmans. Par la suite, l'Union européenne est également venue s'y ajouter. Certains de ces acteurs déploient des efforts toujours plus actifs pour faire valoir leurs intérêts économiques et politiques dans la région. Les discordes énergétiques entre la Russie et l'Occident amènent l'UE à rechercher de nouvelles sources d'hydrocarbures. Ainsi, on a déjà approuvé le plan de construction du gazoduc transcaspien "Nabucco" qui reliera l'Union européenne à l'Asie centrale sans transiter par le territoire de la Russie" ("Vetcherni Douchanbé", 11.04).

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