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    Russie-2010 : pronostics et réalité

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    Par Mikhaïl Khmelev, RIA Novosti

    Par Mikhaïl Khmelev, RIA Novosti

    Le gouvernement russe a entériné les prévisions de développement économique et social du pays pour 2008 - 2010. Le pronostic s'est avéré même trop optimiste. Quelle que soit la conjoncture des prix des hydrocarbures et de la demande de produits russes, le gouvernement envisage de maintenir la croissance économique à hauteur d'au moins 5,2% par an. Les fluctuations des cotes du pétrole n'exercent plus une grande influence sur l'économie de la Russie. La croissance due à l'exportation de produits énergétiques est d'ores et déjà impossible. Il faut miser sur l'accroissement de la consommation intérieure, estime le gouvernement.

    Le prix du pétrole était, comme avant, l'indice principal sur lequel s'est fondé le gouvernement en élaborant le programme de développement économique et social du pays jusqu'à 2010. Selon le ministère du Développement économique et du Commerce (MERT), le pétrole Urals coûtera 53% dollars le baril en 2008, 52% dollars en 2009 et 50 dollars en 2010. Mais, pour assurer la croissance économique ultérieure du pays, le gouvernement ne mise plus sur le secteur pétrogazier. L'espoir est fondé sur l'industrie de transformation, le secteur de la consommation et l'accroissement général de la consommation dans le pays. Vers 2010, par rapport à 2006, l'industrie alimentaire progressera de 27%, l'industrie textile et l'habillement, de 43,1%, la production d'articles des constructions mécaniques s'accroîtra de 20 à 30%. Bref, l'essor de l'économie du pays dépend de l'accroissement de la demande intérieure de produits russes.

    Selon le scénario "modérément optimiste", les taux d'accroissement du PIB constitueront 6,1% en 2008, 6% en 2009 et 6,2% en 2010. Si la demande de produits russes n'augmente pas sensiblement dans les prochaines années, le budget fédéral, le plan financier à long terme et les pronostics de l'inflation seront établis sur la base du scénario de l'"inertie". Dans ce cas, selon le MERT, les taux d'accroissement du PIB baisseront de 6,5% en 2007 à 5,7% en 2008 et constitueront 5,3% en 2009 et 5,2% en 2010. Rappelons qu'en 2006 l'économie russe a progressé de 6,7%. Le MERT prévoit une augmentation du salaire moyen des Russes, en valeur nominale, de 90% vers 2010 (par rapport à 2006) et un accroissement des revenus réels de 27%. Un accroissement plus important est impossible. Les salaires en Russie augmentent déjà bien plus rapidement que la productivité du travail, ce qui conduit, dans le contexte de pénurie de cadres hautement qualifiés, à la montée de l'inflation et à des distorsions sur le marché du travail.

    On voit donc que le gouvernement a l'intention de maintenir les taux de croissance de l'économie nationale au niveau le plus optimiste même dans les circonstances les plus défavorables. Le fait est que même le taux annuel de croissance économique de 5,2% prévu selon le scénario de l'"inertie" est aujourd'hui inaccessible pour de nombreux pays développés. En plus des prix des matières énergétiques, l'inflation est au centre de l'attention du gouvernement en tant que "tendance essentielle caractérisant la stabilité macro-économique dans le pays". Malheureusement, pour l'instant, la Russie n'atteint pas encore, loin s'en faut, le niveau des pays développés. Selon les estimations les plus optimistes, les taux annuels de hausse des prix dans le pays ne pourront pas baisser avant 2010 au-dessous de 5 à 8% par an. Il faut l'attribuer au pouvoir des monopoles naturels dans le pays, ainsi qu'aux recettes importantes provenant de l'exportation d'hydrocarbures : le gouvernement n'arrive pas à stériliser la masse monétaire excédentaire.

    D'ailleurs, le haut taux d'inflation n'est pas l'unique barrière sur la voie de réalisation des plans gouvernementaux. L'absence d'infrastructure moderne de transports, la surcharge du système énergétique, la forte consommation d'énergie par unité de production et la grande dépendance vis-à-vis des secteurs des matières premières : tels sont en bref les problèmes auxquels se heurte l'économie russe dès aujourd'hui. Mais, l'essentiel, la Russie retarde non seulement sur les pays industrialisés pour le niveau de développement des technologies, mais aussi sur ses concurrents qui se développent de façon dynamique. Comme l'a très bien dit le ministre du Développement économique Guerman Gref, le modèle russe de développement économique a besoin de "grosses réparations", car le business russe n'est pas, pour l'essentiel, compétitif par rapport à ses concurrents étrangers.

    Comment persuader les Russes d'acheter des produits nationaux? Voilà ce qui doit préoccuper le gouvernement. En effet, en augmentant aveuglement la production des secteurs traditionnels de base, sans investir dans les technologies d'avant-garde et les secteurs d'innovation, la Russie ne connaîtra pas de croissance économique qualitative. Même la promesse d'augmenter les salaires des Russes n'accroîtra pas la consommation intérieure. En atteignant un certain niveau de revenus, les Russes dépenseront une bonne partie de l'argent gagné pour acheter des produits étrangers compétitifs. Des appels à diversifier l'économie, à y introduire des innovations, à améliorer le climat d'investissement et à former des mécanismes de marché fonctionnant réellement sont lancés du haut de tribunes prestigieuses. Les prévisions gouvernementales pour 2008-2010 contiennent également des thèses analogues. Mais, tant qu'elles ne déboucheront pas des rapports gouvernementaux sur le terrain des réalités, il est peu probable qu'une économie compétitive apparaisse en Russie.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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