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    L'Etat ne sauvera pas l'enfance abandonnée sans l'appui de la société

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    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    L'orphelinage social est l'un des problèmes les plus graves auxquels la Russie moderne est confrontée. Il concerne les enfants qui ont échoué à l'assistance publique ou, pire encore, dans la rue alors que leurs parents sont vivants. Personne ne connaît exactement leur nombre, les chiffres avancés vont de 700 à 800.000. C'est plus qu'en Union soviétique au lendemain de la Grande Guerre patriotique. Peut-on modifier la situation?

    "Le problème ne pourra pas être réglé en ne travaillant que sur les conséquences sans se préoccuper des causes", ont dit les participants à la conférence de presse consacrée à l'implication de la société et des grands moyens d'information à la solution du problème de l'orphelinage social. Elle s'est tenue le 19 avril à Moscou, des représentants de maisons d'enfants et d'organisations caritatives travaillant en direction de l'enfance abandonnée y ont pris part en qualité d'experts.

    Les participants ont relevé que l'un des problèmes essentiels était constitué par les difficultés d'insertion de ces enfants abandonnés au sortir de l'assistance publique (à 18 ans révolus). 90% des promus vivent sous le seuil de pauvreté et ils ne sont que 10% à se faire une place dans la vie. La plupart d'entre eux ne sont pas adaptés à la vie hors du cadre de la maison d'enfants. Beaucoup n'ont aucune idée de la façon de bâtir une famille. Selon les spécialistes, une bonne partie de ceux qui ont grandi dans les établissements de l'assistance publique russe ratent leur vie personnelle et bien souvent leurs propres enfants se retrouvent eux aussi à l'abandon.

    Les participants à la conférence de presse ont également souligné que le problème ne résidait pas uniquement dans le fait que "les enfants ignorent les lois de l'existence hors des murs de l'établissement qui les élève. La société elle aussi se tient à distance de ces enfants et ne souhaite pas connaître leurs problèmes". Ils ont cité en exemple les résultats d'un sondage réalisé récemment dans le centre de Moscou. Sur les 1.000 personnes interrogées sur la question de savoir ce qu'elles pensaient de "l'enfance abandonnée", 999 ont répondu "ce problème n'est pas de mon ressort".

    A cet égard les experts ont indiqué que bien que l'Etat ait des obligations vis-à-vis des enfants abandonnés, il n'est pas en mesure de les aider en matière d'insertion sociale, de leur apprendre à aimer et à faire preuve de responsabilité. La société doit prendre ces enfants sous sa tutelle. Ce qui serait encore mieux, ce serait de développer un système de tutelle différent de l'assistance publique, comportant des maisons d'enfants familiales, les villages d'enfants, les refuges près les églises, les familles d'accueil, etc. Des lieux dans lesquels l'enfant ferait l'objet d'une approche individuelle.

    Le développement de ces formes de tutelle sur l'enfant est important aussi en ceci que sur les 270.000 pupilles que comptent les établissements de l'assistance publique, les Russes n'en adoptent annuellement qu'environ 7.000, soit autant que des étrangers. Que faire avec les autres?

    L'adoption est une procédure très compliquée, et pour plusieurs raisons les enfants ne peuvent pas tous y satisfaire. Et puis beaucoup la refusent, ils gardent le souvenir de leurs parents et ne souhaitent pas en acquérir de nouveaux. Les experts soulignent qu'il convient d'aborder le problème en partant des intérêts de l'enfant, c'est-à-dire en choisissant la tutelle qui lui convient le mieux, qui ne le soumettra pas à un nouveau traumatisme psychologique.

    A cet égard l'expérience de la maison d'enfants moscovite N°19 est presque exceptionnelle. Presque parce que son programme a déjà été emprunté par beaucoup d'autres. Cet établissement est spécialisé dans l'éducation tutélaire, dans le placement dans des familles, en se souciant des besoins de ses pupilles, en organisant des colloques et des trainings pour les adultes. Il se charge d'une bonne partie de l'éducation du pupille, aide la famille d'accueil à régler toutes les questions allant du placement de l'enfant à la garderie jusqu'à son suivi médical. Cela est très important parce que bien des gens hésitent à prendre un enfant de peur de rester avec lui seul face aux problèmes. Environ 5.000 enfants en Russie bénéficient aujourd'hui d'une éducation tutélaire. Des services de placement d'enfants dans des familles similaires à celui de la maison d'enfants N°19 fonctionnent dans 39 entités de la Fédération de Russie sur 89. Cependant, des nuées s'amoncellent sur ce système étant donné que les centres de placement des enfants dans les familles et le pouvoir législatif fédéral ne parviennent toujours pas à se mettre d'accord sur ce que doit être l'éducation tutélaire. Quoi qu'il en soit, ce système fonctionne avec succès.

    La Pension familiale gérée dans le bourg de Mychkino par le père Dmitri Smirnov propose une autre solution pour ne pas rester seul. Des enfants aux statuts juridiques divers sont éduqués dans cet établissement. On y trouve même des enfants en contacts permanents avec leurs parents naturels. Ainsi, un enfant vit dans la pension avec sa maman célibataire, ce qui permet à cette dernière de rester à flot. Un autre est repris par son père célibataire pour le week-end. Le bambin conserve ainsi une famille.

    De l'avis des experts cet exemple incite à réfléchir sur ce qu'il faut faire pour qu'en principe l'enfant ne sache pas ce qu'est l'assistance publique. Elena Alchanskaïa, directrice d'un projet de concours aux enfants abandonnés, a relevé que l'on parlait beaucoup du sort de l'enfant une fois qu'il avait été abandonné par ses parents mais que bien souvent cet abandon pouvait être prévenu. Aussi importe-t-il que l'Etat et la société conjuguent leurs efforts. Selon les sociologues, à ce jour quelque 20 millions d'enfants russes se trouvent dans la zone de risque social. Malheureusement, il est plus facile de priver le père ou la mère de ses droits parentaux et d'envoyer l'enfant dans un établissement spécialisé que de leur prêter assistance. Or, des mesures dans ce sens permettraient d'abaisser le nombre d'enfants délaissés et d'enfants dont le père et la mère ont été privés par l'Etat de leurs droits parentaux.

    C'est indéniable, la Russie va devoir redoubler d'efforts pour faire reculer l'orphelinage social. Cependant, les bénévoles des organisations caritatives, les spécialistes du travail en direction des enfants abandonnés espèrent infléchir l'approche de l'Etat et de la société envers ce problème.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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