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    Bouclier antimissile US: Pyongyang et Téhéran jouent les pyromanes

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    Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti

    Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti

    Force est de reconnaître que le dossier du bouclier antimissile américain, malgré ses forts relents de politique, s'alimente à une source qui ne tarira sans doute pas dans un proche avenir. C'est du moins l'avis qui prévaut aux Etats-Unis. "Nous ne pouvons pas ignorer les menaces qui émanent de l'Iran et de la Corée du Nord", a souligné la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice lors d'une visite en Russie à la mi-mai.

    L'intrigue réside dans le fait que les pays susmentionnés font tout, dans la pratique, pour nourrir les craintes des Américains.

    Commençons par l'Iran. Les détracteurs des projets américains de déploiement du bouclier antimissile en Europe de l'Est affirment, à juste titre, que l'Iran est encore loin de concevoir son propre missile intercontinental. Or, Téhéran a annoncé début 2007 qu'il allait accélérer les préparatifs de lancement du premier satellite iranien. Il va sans dire qu'il est impossible d'orbitaliser un satellite sans disposer de lanceurs.

    Même si les Iraniens bluffent au sujet de l'ouverture de leur propre ère spatiale, ils sont tout à fait à même de concevoir un missile balistique puissant capable de neutraliser des cibles en Europe, y compris en Russie. L'Iran dispose déjà du plus gros arsenal de missiles du Moyen-Orient, et il se hâte de développer des technologies nucléaires qui absorbent d'immenses ressources financières et mobilisent les meilleurs techniciens.

    A l'heure actuelle, l'Iran compte dans son arsenal 40 batteries de missiles de théâtre sur la base des missiles soviétiques du type Scud-B et Scud-C, baptisés Shahab-1 et Shahab-2. La portée maximale de ces missiles est de 300 km et 500 km respectivement. La rampe de lancement est montée sur un tracteur de fabrication chinoise dont la vitesse atteint 60 km/h.

    Le 15 juillet 2000, l'Iran a testé avec succès son premier missile balistique de portée intermédiaire Shahab-3. Selon certaines données, la portée de ce missile atteindrait 2.000 km.

    La menace iranienne a ainsi acquis une nouvelle dimension, non seulement pour Israël mais aussi pour la Russie, car le Shahab-3 est susceptible d'atteindre les régions méridionales de la Russie, jusqu'aux régions de Volgograd et d'Astrakhan, où vivent plus de 20 millions de personnes.

    La modernisation du Shahab-3 va de pair avec la conception d'un nouveau missile, le Shahab-4, dont l'ogive séparable pourrait contenir une charge nucléaire et biologique. Vu le souci réitéré de Téhéran de développer coûte que coûte son propre programme nucléaire au mépris de la communauté internationale, les craintes américaines au sujet de l'apparition d'un potentiel nucléaire dans la région ne semblent pas infondées.

    L'obsession nord-coréenne à posséder des systèmes d'armes stratégiques suscite également beaucoup de préoccupations. Depuis six mois, Pyongyang maintient le monde entier dans un état de fébrilité nucléaire. Après le premier essai nucléaire réalisé en octobre dernier, on a compris qu'il ne lui restait qu'à concevoir un lanceur plus puissant que les missiles balistiques Nodong et Taepodong qui sont actuellement à la disposition des Nord-Coréens.

    Les attentes se sont matérialisées le 25 avril dernier, quand le défilé organisé à l'occasion du 75e anniversaire de l'Armée populaire de Corée exhibait un nouveau missile qui, selon les services de renseignement américains, était une version modernisée du missile balistique stratégique mer-sol baptisé SS-N-6 Serb selon la classification de l'OTAN.

    Cette nouvelle, si elle correspond à la réalité, s'annonce fort contrariante. Mais il ne faut pas oublier que les Coréens sont passés experts dans l'art de la mystification, à l'instar de leur ancien "grand frère" qui excellait à faire passer la fiction pour la réalité. On sait bien que l'administration soviétique aimait beaucoup bluffer au sujet des missiles. Ainsi, le défilé du 9 mai 1965 présentait de gigantesques missiles balistiques intercontinentaux censés envoyer des ogives nucléaires dans l'espace en vue d'un "bombardement orbital".

    Pourtant, le projet de "missile global" développé par Sergueï Korolev n'a jamais été réalisé. L'équipe d'ingénieurs dirigée par le père de l'astronautique soviétique l'a abandonné avant même de procéder aux essais en vol. Lors du défilé du 9 mai, les spectateurs observaient des maquettes auxquelles les Occidentaux se sont empressés de donner le nom de SS-10 Scrag.

    En revanche, le missile balistique stratégique mer-sol créé à la fin des années 1950 par le légendaire concepteur soviétique Valeri Makeïev est l'arme de tous les temps. Bien testé depuis des rampes de lancement terrestres, comme toutes les fusées soviétiques, cet engin monoétage à ergol liquide dont la portée prévue est de 3.000 km est le mieux placé pour servir de prototype aux missiles balistiques intercontinentaux basés au sol.

    Beaucoup de spécialistes des armements russes ne croient pas à l'apparition dans un proche avenir de nouveaux Etats détenteurs d'armements stratégiques. S'agissant des projets de déploiement de missiles intercepteurs américains en Europe, Alexandre Khramtchikine, de l'Institut d'analyse politique et militaire, estimait fin avril: "Seuls les Etats-Unis, la Russie (ou l'URSS) et la Chine ont été capables jusqu'à présent de concevoir leurs propres missiles balistiques intercontinentaux. L'Iran n'est pas en mesure de fabriquer un missile, même de portée moyenne. Le niveau de ses technologies est tel qu'on ne peut pas envisager sérieusement la possibilité, même dans une perspective relativement éloignée, qu'il puisse créer des missiles intercontinentaux capables de porter une charge nucléaire ".

    Or, on sait que la pratique est le critère de la vérité. Si l'Iran tente prochainement de réaliser un lancement orbital, et que la Corée du Nord commence à tester un nouveau missile balistique, l'utilité militaire du bouclier antimissile américain ne fera plus de doutes.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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