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    La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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    ESTONIE

    De l'avis des journalistes, la décision de Moscou de suspendre sa participation au Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) crée une menace pour l'Estonie et pour d'autres pays limitrophes. "En théorie, la Russie a désormais la possibilité d'accumuler des armes dans toute sa zone frontalière" ("Eesti Paevaleht", 16.07). Les observateurs sont certains que "les parties continueront à jouer des muscles, malgré le fait que le rétablissement de la sphère d'influence de l'Union soviétique restera à jamais le rêve non réalisé des politiques russes ("Postimees", 16.07).

    La presse commente la visite en Estonie du ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, qui a sévèrement critiqué la position de nouveaux membres de l'UE, dont l'Estonie, pour leurs relations non constructives avec la Russie. Il a déclaré en substance: "(...) les nouveaux membres de l'UE gênent la mise sur pied de meilleurs rapports avec la Russie et donnent aux grands Etats de l'Union plus de raisons de mener une politique indépendante envers la Russie" ("Eesti Paevaleht", 12.07).

    La presse a réagi au fait que la présidente finlandaise et le premier ministre hongrois, contrairement au président estonien, ont été invités au 1er Festival des cultures finno-ougriennes en Mordovie (Russie). "Halonen et Gyurcsany doivent comprendre que la rencontre avec Poutine ne leur promet qu'un avantage immédiat et que celle-ci, à plus longue échéance, pourrait affaiblir leurs propres exigences de solidarité au sein de l'Union. Car si la solidarité intérieure de l'Union se trouve un jour torpillée, cela pourra se répéter à l'avenir" ("Postimees", 11.07).

    LETTONIE

    La décision russe de décréter un moratoire sur le traité FCE est commentée de manière différente. Les uns estiment que "(...) le retrait du traité est un élément de la campagne électorale: Poutine, prétend-on, peut garantir la sécurité de la Russie" ("Telegraf", 16.07). D'autres affirment que "la décision de la Russie doit être perçue comme une mise en garde adressée à ses partenaires occidentaux qui, faisant fi de ses intérêts, veulent bourrer le Vieux Monde de nouveaux armements (...). Moscou n'exclut pas qu'après la République tchèque et la Pologne, les pays "amis" baltes puissent aussi être tentés par un effort d'armement. Pour refroidir le zèle des pays voisins, des Etats-Unis et de l'OTAN, le président russe a décidé de soustraire son pays à l'action du FCE" ("Vesti-Segodnia", 16.07).

    Commentant la décision du comité des affaires internationales de la Douma de soumettre au parlement pour ratification l'accord russo-letton sur la frontière, les journalistes prédisent un avenir difficile à ce document. "De dures épreuves attendent le traité. Il n'est pas à exclure que toute la campagne pour les élections parlementaires (en Russie) puisse se dérouler dans un esprit anti-balte. Le parti pro-poutinien Russie unie ne se tiendra pas à l'écart: celui-ci pourrait formuler un programme global de protection des compatriotes, dont la mise en oeuvre deviendra le gage de la ratification du traité" ("Telegraf", 11.07).

    LITUANIE

    Les projets de Gazprom de prendre part à la création de centrales électriques dans l'ouest de la Lituanie et d'occuper la niche qui se libérera en 2009 après la fermeture de la centrale nucléaire à Visaginas sont examinés comme une question politique, ce qui, de l'avis des médias locaux, amenuise les chances du holding russe. "En raison de la demande soutenue d'électricité dans les pays baltes, la Hongrie opposera une concurrence serrée au monopole", dit un analyste (Sugardas, lt, 11.07).

    La déclaration de Sergueï Iastrjembski, assistant du président russe, sur l'inutilité de la réparation de l'oléoduc Droujba a confirmé les craintes des experts lituaniens qui ont soutenu que la Russie ne reprendrait pas les livraisons de brut à la raffinerie Mazeikiu Nafta part cette conduite pour des raisons politiques. "Sûrement, s'il y a une panne (sur la conduite), elle n'est pas technique mais bien politique. Avant que les mobiles des politiques ne changent, Droujba ne sera pas remis en service" (E. Vareikis, député, cité par "Kauno dena", 12.07)

    BIELORUSSIE

    Les médias d'opposition ont émis des réactions négatives à la signature par la Russie et la Biélorussie d'un accord sur la création d'un complexe spatial biélorusse.

    "L'essentiel c'est qu'une station spatiale sera créée[...], un centre national de réception et de traitement des informations", a noté Mikhaïl Miasnikovitch, président du bureau de l'Académie nationale des sciences. Même la Russie ne possède pas aujourd'hui d'engin spatial d'une telle classe. [...] Il existe deux hypothèses à ce sujet. Soit notre industrie spatiale a atteint des rythmes de croissance hallucinants, soit on nous raconte des histoires pour justifier les dépenses exorbitantes, car selon les informations officielles, le système coûtera 20 millions de dollars au minimum" ("Solidarnost", 13.07).

    Etudiant les relations russo-biélorusses, les analystes politiques des périodiques de l'opposition prédisent à la Biélorussie un prochain "esclavage économique".

    "L'union avec la Russie" était une bonne idée. [...] La pratique des cercles dirigeants du Kremlin se limite depuis ces dernières années à la "privatisation des recettes et à la nationalisation des pertes". Ces derniers temps, la Biélorussie ne fait que causer des pertes à Moscou. Il est difficile de nationaliser ce fardeau par voie d'absorption directe. Alors, une autre voie se profile: notre pays peut être économiquement acquis, pour un prix de dumping, par les Russes, pour être ensuite revendu aux Américains, avec un très bon profit" ("Nache mnienie", 13.07).

    UKRAINE

    Les informations sur la présentation à la Douma d'Etat (chambre basse du parlement russe) d'un projet de loi proposant de dénoncer l'accord russo-ukrainien sur l'utilisation par la Russie de radars installés sur le sol ukrainien ont soulevé une vive réaction dans la presse. Les médias supposent que la partie russe essaie de "se protéger" contre une éventuelle augmentation du prix de la location exigée par Kiev, pour priver ainsi son partenaire de son atout hypothétique dans le futur dialogue gazier.

    "Les radars en Ukraine sont une "grande oreille" de la Russie près des frontières de l'OTAN, à laquelle il n'est pas facile de renoncer. L'Ukraine peut encore mettre en avant le thème de la location des radars. [...] Car l'Ukraine, en réponse à l'augmentation du prix du gaz jusqu'au niveau "du marché", peut renoncer unilatéralement à louer des radars à ses "chers partenaires" ("Gazeta po-kievski", 12.07).

    Dans le même temps, les médias font remarquer une situation paradoxale:

    "L'Ukraine, qui aspire beaucoup à adhérer à l'OTAN, loue des radars à un Etat qui critique vivement l'élargissement agressif de l'OTAN. Il est peu probable que l'Alliance de l'Atlantique Nord accueille à bras ouverts un tel "sous-marin" (S. Zgourets, Centre ukrainien d'étude de l'armée, de la reconversion et du désarmement, "Gazeta po-kievski", 12.07).

    MOLDAVIE

    Selon les journalistes, le désir de maintenir les troupes et les armements russes en Transnistrie est une raison du retrait russe du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE). "Le retrait russe du Traité FCE gèle le conflit européen concernant les armements conventionnels et empêche, sans doute, de régler le conflit transnistrien. La situation devient assez pénible et la Moldavie est une victime de cette décision" (analyste politique Viorel Cibotaru, Moldova Azi avec référence à Info-Prim Neo, 16.07).

    ARMENIE

    Les journaux examinent le sujet principal des consultations azerbaïdjano-américaines de Washington, à savoir l'exploitation commune du radar de Gabala par la Russie et les États-Unis sur l'initiative russe. Les observateurs estiment que les États-Unis et l'Azerbaïdjan peuvent parvenir à des ententes bilatérales en méprisant la Russie. "Washington préfère examiner les questions de Gabala et d'autres directement avec l'Azerbaïdjan pour laisser Moscou en dehors du jeu" (Hayots Ashkhar, 14.07).

    GEORGIE

    Les menaces d'attentats en Géorgie proférées par le leader sud-ossète Edouard Kokoïty ont provoqué la réaction emportée des médias géorgiens. Les observateurs sont quasi unanimes à estimer que les propos agressifs de M.Kokoïty ont été inspirés par le Kremlin. "Nous n'avons pas affaire aux autorités sud-ossètes élues par le peuple, mais au terrorisme international... M.Kokoïty n'aurait pas fait une telle déclaration sans l'approbation des autorités russes" (expert militaire Irakli Sesiashvili, Resonansi, 12.07).

    Les journaux ont vivement réagi à la déclaration de l'intendant du Kremlin Vladimir Kojine qui avait indiqué que le conflit abkhazo-géorgien n'entraverait pas la tenue des Jeux Olympiques à Sotchi. Pour les médias géorgiens, Moscou a ainsi promis de régler la situation en Abkhazie avant 2014. "Les récents propos du représentant de l'administration présidentielle russe sont contraires aux déclarations officielles russes selon lesquelles le règlement du conflit en Abkhazie est une affaire complexe qui prendra beaucoup du temps. A présent, Moscou entend régler le problème d'ici à 2014" (24 saati, 14.07).

    Les experts géorgiens considèrent que la situation autour des conflits en Géorgie et l'attitude russe à leur égard évolue vers un mieux. La Russie ne veut pas envahir l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. "La Russie n'a pas pour objectif de reconnaître leur indépendance. Elle n'a pas besoin de ces territoires, mais elle souhaite les utiliser pour exercer des pressions sur la Géorgie" (analyste Ramaz Sakvarelidze, Akhali Taoba, 12.07).

    AZERBAÏDJAN

    Les livraisons d'armes russes en Arménie préoccupent les médias à la lumière du retrait russe du Traité sur la réduction des forces conventionnelles en Europe (FCE). "L'Arménie héberge une base militaire russe qui compte plus d'armements que prévu par le traité. Le retrait du Traité FCE permet à la Russie d'accumuler beaucoup d'armements et de forces le long des frontières avec l'Azerbaïdjan et la Géorgie" (Yeni Musawat, 17.07).

    La presse affirme que l'Azerbaïdjan est passé dans le camp de l'opposition antirusse sur la scène internationale en s'appuyant sur les résultats de la visite du vice-ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Araz Azimov à Washington. "Cela provoquera sans doute une réaction négative de Moscou. On peut s'attendre à une pression croissante de la Russie. Mais comment Moscou peut-il influer sur l'Azerbaïdjan? Pour le moment, la Russie n'a qu'un seul levier d'influence, à savoir le conflit du Haut-Karabakh et le soutien arménien" (Zerkalo, 13.07).

    KAZAKHSTAN

    L'identité du successeur de Vladimir Poutine, à savoir le personnage que le Kremlin soutiendra aux élections présidentielles de mars 2008, continue de susciter l'intérêt des médias. "Depuis longtemps, les médias fédéraux ne cessent de se demander: Ivanov ou Medvedev? Medvedev ou Ivanov? (...) Quant aux opposants russes Kasparov et Kassianov, leurs candidatures ne sont même pas envisagées. Complètement oubliés par la presse, ils sont relégués à la périphérie de l'attention du public� La situation serait totalement différente s'il n'y avait qu'un seul candidat officiel. Dans ce cas, les électeurs porteraient leur attention sur les autres prétendants, y compris sur les véritables opposants au pouvoir en place" (Zona.kz, 15.07).

    Les médias sont préoccupés par la politique de l'Occident à l'égard de l'Asie centrale. Selon les analystes, les erreurs évidentes de cette politique font que l'Europe cède sa place dans la région à la Russie et à la Chine. "Au cas où la situation évoluerait dans le sens le moins favorable pour l'Europe, l'axe de coopération Russie-Asie centrale prendra les contours d'une OPEP gazière ou d'un club énergétique institué au sein de l'organisation de coopération de Shanghai (OCS). Et alors, il sera pratiquement impossible de combattre le monopole de Moscou sur les marchés énergétiques européens" (Gazeta.kz, 11.07).

    OUZBEKISTAN

    Les médias d'opposition mettent en garde les sociétés russes productrices de pétrole et de gaz contre les risques politiques en Ouzbékistan. "Soucieuse d'accroître la production d'hydrocarbures, la Russie néglige les risques dont les sociétés occidentales tenaient compte même à l'époque de l'épanouissement des relations entre l'Ouzbékistan et l'Occident. (...) Les sociétés russes, qui assurent actuellement plus de la moitié des investissements étrangers dans le secteur pétrogazier de l'Ouzbékistan, se trouvent confrontées à un risque réel de modification des règles du jeu. Cela se produira en cas de changement de ligne politique dans le pays. Personne ne peut garantir que Tachkent ne forcera pas les sociétés russes à quitter cette région ou ne les conduira pas à la faillite, ainsi que cela est arrivé à l'Oxus Gold Mining britannique ou à la Newmont Mining américaine" ("Musulmanski Ouzbékistan", 11.07).

    Les analystes apprécient positivement la renaissance de la puissance économique de la Russie, puissance qui permet au Kremlin de renforcer son influence politique. "Grâce aux besoins stables de l'Europe et des anciennes républiques soviétiques en hydrocarbures, la Russie a créé autour d'elle un système d'engagements et d'interdépendances unique en son genre. Le territoire de la plupart de ses voisins s'est couvert d'un réseau ramifié de gazoducs russes (...) Incapable de trouver des points communs avec la Russie, l'Union européenne est devenue dans une certaine mesure un fardeau pour les Etats qui ont appris à entretenir des liens d'amitié avec Moscou. La politique de l'Allemagne et de l'Italie est très significative sur ce plan... Si Bruxelles n'arrive pas à engager une coopération constructive avec Moscou, elle aura du mal à garder à ses côtés certains des principaux membres de l'UE" (Vesti.uz, 17.06).

    TURKMENISTAN

    A l'occasion de la visite de Gourbangouly Berdymoukhammedov en Chine, la presse discute vivement de la politique pratiquée par le leader turkmène dans le domaine de l'économie extérieure. Selon les experts, cette politique revêt un caractère ambigu. "Chérie par les dirigeants du pays, la fameuse "polyvariance" des livraisons de gaz sur les marchés mondiaux doit être réaliste. Or, elle fait penser plutôt à la duplicité des autorités turkmènes, à un spectacle publicitaire mal agencé. Serrant la main à son nouvel interlocuteur, M. Berdymoukhammedov semble lui dire: "Je ne vous fais pas confiance, Monsieur Poutine (Aliev, Karzai, Nazarbaïev, Karimov, etc.). C'est pourquoi je vendrai le gaz aux clients de provenances différentes". (...) Les autorités turkmènes se soucient peu du fait que cette attitude porte atteinte au prestige de l'Etat" ("Gundogar", 11.07).

    TADJIKISTAN

    Les relations politiques, économiques et commerciales complexes qui se sont formées dans le triangle Moscou-Tachkent-Douchanbé incitent les médias à publier des articles discréditant la coopération russo-ouzbèke. "La rédaction s'est trouvée en possession de documents qui témoignent des relations économiques très complexes entre la Russie et l'Ouzbékistan et qui mettent en doute la légende - propagée à l'intention des gens du peuple par les représentants haut placés des deux parties - au sujet de la coopération dynamique et efficace entre Moscou et Tachkent. (...) Il s'agit d'une lettre adressée par l'ambassade de Russie au ministère ouzbek des Affaires étrangères. Bien que rédigée dans des tons extrêmement courtois, cette lettre constate, en fait, l'inconsistance financière totale du partenaire centrasiatique et sa tendance à ne pas respecter ses engagements..." ("Asia-Plus", 12.07, avec référence à Uzmetronom).

    La presse attire également l'attention des lecteurs sur le sort incertain de la centrale hydroélectrique de Rogun. "Il paraît que Rogun a réellement été le thème le plus épineux de la rencontre. Les négociations avec le principal investisseur du chantier, la société "Rusal", sont depuis longtemps dans une impasse. Selon une information officieuse, dans le nouveau projet d'accord sur la centrale hydroélectrique de Rogun (ce projet est actuellement élaboré par Moscou), la partie russe sera représentée non pas par une société privée, mais par le gouvernement de la Fédération de Russie" ("Asia-Plus", Tadjikistan, 12.07).

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