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    La Russie réfractaire

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    Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

    Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

    "La Russie a fait preuve d'obstructionnisme et d'entêtement". C'est dans ces termes que le démocrate Tom Lantos, président de la commission aux Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a décrit la politique européenne de Moscou lors d'une audition récente au Congrès américain. Il a ainsi critiqué la prise de position de l'administration russe sur le bouclier antimissile américain, le Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) et le Kosovo. "La Russie (...) fait obstacle à la promotion de la paix dans les Balkans et refuse de collaborer avec la communauté internationale qui cherche à fixer un statut définitif pour le Kosovo", a-t-il lancé.

    L'Amérique est en proie à un débat houleux au sujet de sa nouvelle place dans le monde, et M. Lantos souhaite un échange de rôles entre républicains et démocrates quant à savoir ce qu'il est permis ou non de dire sur les dossiers internationaux: si les premiers, forts de l'amère expérience de leur règne (et en toute connaissance de la réaction des électeurs), cherchent à éviter des déclarations brutales, se montrent intelligents et prêts à écouter leurs partenaires à l'extérieur des Etats-Unis, les seconds (du moins, M. Lantos) estiment que les Etats-Unis devraient revenir au discours des années 1990, comme si les événements postérieurs aux années 1990 n'avaient pas eu lieu.

    Quel autre discours, si ce n'est celui de Tom Lantos, aurait permis de dresser une liste aussi spectaculaire et concise de tout ce qui déplaît à Washington dans le nouveau positionnement international des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, du Proche-Orient et ainsi de suite? M. Lantos est un interlocuteur très commode, car il sait formuler ses pensées de manière claire et précise.

    Rares sont ceux, par exemple, qui pourraient formuler la prise de position américaine par rapport au Kosovo avec une lucidité aussi remarquable: selon M. Lantos, la Russie menace de mettre son veto sur une résolution de l'ONU qui offrirait au Kosovo "une indépendance méritée depuis longtemps".

    "Méritée" est un terme relevant de la morale. Le parlementaire américain se permet ainsi d'expliquer ce qui est admissible et ce qui ne l'est pas, pour des considérations d'ordre moral, dans le monde qui nous entoure.

    Or, deux simples raisons expliquent pourquoi Moscou rejette le plan de Martti Ahtisaari qui a servi de base à une série de résolutions similaires déposées à l'ONU, similaires car elles prévoient toutes l'indépendance de facto du Kosovo par rapport à la Serbie.

    Premièrement, un crime ne doit jamais être récompensé. La situation actuelle au Kosovo, dont la population est à 90% d'origine albanaise, est le résultat d'une campagne, longue et étonnamment persévérante, d'occupation de territoires de la Serbie. On a vu de tout pendant cette campagne: création de groupes armés clandestins avec leur discipline et leur programme d'action; génocide et terrorisme à l'égard de la population autochtone; évincement progressif de cette population en dehors de la province; destruction de lieux de culte chrétiens, et beaucoup d'autres choses. C'est là un exemple classique de création d'un Etat terroriste sur le territoire d'un Etat souverain.

    Approuver la dernière phase d'un tel projet serait contraire à la vocation des Nations unies. En effet, l'ONU s'est élargie à presque 200 Etats parce qu'elle a appuyé, à partir des années 1950, la naissance sur la carte du monde de nouveaux Etats indépendants qui avaient fait partie, jusque-là, de tel ou tel empire colonial européen. Beaucoup de ces pays ont dû lutter les armes à la main pour leur indépendance. Mais personne ne dit que ce processus pourrait être sans fin et que n'importe quel groupe, qui tue et qui chasse des civils de leurs maisons pendant longtemps et avec succès, a le droit de créer son propre Etat.

    Le monde entier a pu observer ce qui se passe quand un groupe de ce type accède au pouvoir et à la souveraineté: c'est le cas de l'ancien Timor oriental où un mouvement armé clandestin a obtenu à la charnière des deux siècles l'indépendance par rapport à l'Indonésie. Et ce avec des moyens légaux en passant par toutes les procédures de l'ONU. Résultat: le chaos meurtrier et sans fin, l'incapacité totale des terroristes d'hier à créer une société et un Etat viables. L'ONU n'a pas besoin de répéter ces erreurs.

    Deuxièmement: on peut disserter longuement sur la question de savoir à quel point la Russie est européanisée, si elle est un Etat entièrement européen, entièrement asiatique ou les deux à la fois. Dans tous les cas, les frontières occidentales de la Russie se trouvent en Europe, et la Russie s'oppose aux tentatives de légitimer des terroristes en créant un chaos en Europe. Selon Tom Lantos, Moscou retient les Européens en otages (avec ses fournitures de pétrole et de gaz). Mais la Russie est l'otage des Européens exactement pour les mêmes raisons. D'où l'hostilité de Moscou à l'égard des tendances suicidaires qui se profilent dans la politique européenne, tout comme vis-à-vis des tentatives d'Etats non européens d'encourager ces égarements.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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