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    Blindés: les Grecs préfèrent les russes

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    Par Nikita Petrov, pour RIA Novosti

    Par Nikita Petrov, pour RIA Novosti

    Le gouvernement grec a pris la décision d'acheter à Moscou un lot important de transports de troupe blindés BMP-3: 415 véhicules. Le fait qu'un membre de l'OTAN achète du matériel de guerre russe pourrait faire sensation. Mais il n'en est rien, puisqu'il s'agit de la Grèce. Patrie de l'Hellade antique, ce pays a déjà acheté plus d'une fois des armes et du matériel de guerre russes. Presque toute sa défense antiaérienne est constituée de missiles russes: du système de DCA portatif Igla, des systèmes de faible et moyenne portée Osa-AKM, Tor-M1 et Buk-M1-2 au système de missiles longue portée S-300 PMU-1. L'armée grecque est en outre dotée de missiles antichars russes Fagot et Kornet, ainsi que de navires de débarquement à coussin d'air Zubr conçus et construits en Russie, au Bureau d'études central Almaz de Saint-Pétersbourg, mais achetés à l'Ukraine.

    Mais la décision de la Grèce d'acheter des BMP-3 pour plus de 1,2 milliard d'euros donne matière à réfléchir. Pourquoi la Grèce choisit-elle des véhicules blindés russes? Comment le QG de l'OTAN à Bruxelles, qui veille à l'assortiment et à la compatibilité tactique et technique du matériel militaire des armées de l'Alliance de l'Atlantique Nord, réagira-t-il à cela? Enfin, et c'est là l'essentiel, quelles sont les mesures d'ordre économique et politique que peut prendre et prendra Washington qui n'appréciera certainement pas le fait qu'Athènes achète de nouveau des armes à la Russie, et non aux firmes américaines?

    La réponse à la première question est évidente: les Grecs connaissent bien le matériel de guerre russe et lui font confiance, car il a fait ses preuves au cours d'exercices tactiques et de son utilisation. Quant à la fiabilité, c'est un argument sérieux pour une marchandise aussi spécifique que les armements. Mais il ne s'agit pas que de cela. Il ne faut pas non plus oublier l'aspect économique et financier: pour des qualités au combat à peu près équivalentes, le coût des armes russes est en fait 25% inférieur, qu'il s'agisse de l'achat ou de l'entretien. C'est aussi un argument de poids. Il s'avère qu'au lieu de trois véhicules, il est possible d'en acheter quatre pour le même prix. Quel client renoncerait à un "bonus" aussi séduisant?

    Il y a un autre fait important. La Russie n'a jamais imposé de sanctions économiques aux pays ni aux firmes qui ne la satisfaisaient pas pour telle ou telle raison, à la différence, par exemple, de Washington. Puisque le président vénézuélien Hugo Chavez ne lui plaît pas (reconnaissons que ce dernier donne souvent à l'administration américaine des raisons d'être irritée), des sanctions ont été prises à l'encontre de Caracas. Les pièces détachées et composants pour les chasseurs américains F-16 ne sont plus livrés, par conséquent, il est impossible d'effectuer les travaux d'entretien, de faire décoller les avions ni d'entraîner les pilotes... C'est pourquoi le Venezuela est contraint d'acheter des Su-30 russes en vue de remplacer les F-16 qui restent cloués au sol.

    Caracas peut tout de même renflouer les caisses en vendant du pétrole. Mais que doit faire Athènes? Agir toujours selon les caprices de Washington? Naturellement, cela est inadmissible pour un pays souverain, bien que membre de l'Alliance de l'Atlantique Nord. C'est pourquoi la Grèce choisit, en tant que partenaire pour la coopération militaire et technique, un Etat dont la politique étrangère est stable et prévisible pour de nombreuses années à venir. Qui plus est, c'est une des garanties complémentaires de sa propre sécurité militaire.

    La deuxième question concerne la réaction de Bruxelles par rapport à cette transaction, car la compatibilité des armements représente un facteur très important pour lui. Il est évident que, dans le cas présent, Washington exercera une grande pression sur le QG de l'OTAN et que Bruxelles ne se réjouira pas des nouvelles acquisitions d'Athènes. Certes, le canon de 100mm dont est doté le BMP-3 n'est pas conforme aux normes de l'OTAN qui ne possède pas de tels calibres. Mais la Russie est disposée à fournir, en plus de ce canon, une quantité d'obus si importante que l'armée grecque ne souffrira jamais de pénurie ni au cours d'exercices, ni, le cas échéant, au cours de combats réels. Il en est de même pour le canon de 30mm à tir rapide couplé au canon principal et de la mitrailleuse de 7,62mm PKT encastrée dans la tourelle. Il est vrai, cette dernière peut être remplacée par une autre, également fabriquée en Russie, mais avec une cartouche de 5,56mm conforme aux normes de l'OTAN. Tout cela en fonction du souhait du client. Mais l'essentiel réside dans le fait que toutes les armes dont est doté le BMP-3 sont stabilisées sur deux plans, ce dont ne peut se targuer aucun véhicule militaire de cette classe produit dans les pays de l'Alliance. C'est un avantage considérable au cours des combats.

    En ce qui concerne la compatibilité des systèmes de commandement avec les autres armées de l'OTAN, ce problème peut assez facilement être réglé. Il est possible de doter le BMP-3 des appareils de liaison adoptés par l'OTAN, ainsi tous les ordres et signaux peuvent être compréhensibles.

    D'ailleurs, le système de DCA de la Grèce constitué de missiles russes, comme nous l'avons déjà indiqué, est également conforme au système de commandement de la DCA de l'Alliance et personne n'éprouve de difficultés en le maniant au cours des exercices et des entraînements communs.

    Enfin, le troisième point: la réaction de Washington par rapport à cet achat. Evidemment, il ne l'approuvera pas, tout comme la Maison Blanche avait désapprouvé l'achat par la Grèce du système russe S-300 au lieu du Patriot PAC-3 américain. Le gouvernement grec avait subi une forte pression de la part de Madeleine Albright, alors secrétaire d'Etat américaine, et du gouvernement turc, mécontent de voir apparaitre un système de DCA aussi puissant et efficace chez un voisin avec lequel il n'était pas en bons termes. Mais, à cette époque, à la charnière entre le XXe et le XXIe siècle, l'Hellade avait réussi à défendre ses intérêts. Il est vrai, la façon dont cela s'était produit est un sujet à part, mais les faits sont là. Les rampes de lancement des S-300 PMU-1 se trouvent actuellement en Crète. La Grèce a confié les antennes de détection et de guidage à Chypre, Etat souverain, mais très proche d'Athènes sur tous les problèmes régionaux. La capitale hellène a certainement prévu toutes les conséquences politiques et économiques extérieures liées à sa décision.

    A propos, Chypre fut le premier pays dans la région de la Méditerranée à acheter des BMP-3 russes: 43 véhicules au milieu des années 90. Ces véhicules sont toujours en bon état et peuvent être utilisés en situation de combat, ce qui en soi est une garantie de la fiabilité de l'achat prévu par Athènes. Etant donné que les militaires grecs ont fait le tour ces dernières années de tous les avantages et défauts de n'importe quel matériel, il faut croire que ni le ministère grec de la Défense, ni le gouvernement grec ne reviendront sur leur décision. Le premier ministre grec Costas Caramanlis sera en visite à Moscou du 17 au 19 décembre. Il n'est pas exclu qu'un nouveau contrat militaire et technique entre un pays de l'OTAN et la Russie soit signé au cours de cette visite.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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