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    Frédéric Beigbeder: je pense que le rôle de l’artiste est de déranger

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    L’écrivain français répond aux questions des internautes russes sur www.rian.ru

    Frédéric Beigbeder, dont le dernier roman Au Secours pardon a été traduit en russe en 2007 sous le titre Idéal, pourra voir, dès le mois prochain, son film 99 francs sur les écrans russes.

    Dans Au secours pardon, Octave Parango, le héros de 99 francs, se rend en Russie pour y dénicher le mannequin dont il a besoin pour une publicité de cosmétiques. Sa découverte de la Russie, ses déambulations nocturnes, sa "chasse à la plus belle fille du monde" séduisent autant qu'elles agacent ou même indignent le lecteur.

    Comment comprendre le succès de Frédéric Beigbeder, dont les livres font partie des meilleures ventes d'auteurs français en Russie ? Octave est un personnage provocant: pouvoir, argent, pornographie, marchandisation des corps et brutalité des hommes, impossibilité d'aimer. Des personnages égarés, qui souffrent dans un décor de rêve... Un livre dénonciateur, un livre-confession ?

    Autant de questions posées par les internautes russes sur http://www.rian.ru/ et auxquelles cet entretien avec l'auteur, réalisé à Paris par Alexandra Kamenskaya, permettra peut-être de trouver des pistes de réponse.

     

    Après avoir écrit votre livre sur la Russie, Au secours pardon, et vous êtes rendu ensuite sur place, n'avez-vous pas craint une réaction négative du public russe vis-à-vis de votre livre et de vous-même, car dans Au secours pardon il y a beaucoup de choses désagréables sur la Russie ? // Olga

    L'image de la Russie que peut avoir un étranger après la lecture d'Au secours pardon est assez unilatérale, et souvent inventée : que viennent faire ces samovars que vous évoquez, et qu'en réalité plus personne n'utilise... N'aviez-vous pas peur de présenter votre roman au jugement du public russe, car pour nous il est évident que vous n'avez qu'une connaissance superficielle de la Russie ? // Yaroslav Chamilov

     

    Etes-vous au courant de la manière dont Au secours pardon a été reçu par les lecteurs russes ? // Svetlana

     

    Frédéric Beigbeder : En fait, ce n'est pas un livre pour les Russes, c'est un livre que j'ai écrit en France pour les Français mais, sur les samovars, c'est vrai que j'ai hésité à en mettre. Il y en a un, une fois, sur un livre de 350 pages, ce n'est pas beaucoup et je suis sûr que les Russes, quand ils parlent de Paris, s'ils écrivent un livre pour les Russes, ils mettront la tour Eiffel. C'est vrai qu'il faut un petit peu de repères, de clichés. J'ai lu dans le Courrier international un article qui parlait du samovar et qui disait que mon livre était un tissu de stéréotypes sur la Russie, qu'il était très superficiel. Mais, d'autre part, cet article reconnaissait beaucoup de nouvelles métaphores, notamment alimentaires, je compare les églises à des glaces à l'or, je compare Saint-Pétersbourg à une meringue, donc ils trouvaient qu'il y avait des métaphores originales ; c'est déjà beaucoup, dans un livre écrit par un étranger sur votre pays, qu'il y ait de nouvelles images qui apparaissent et, surtout, je pense que personne n'a jamais écrit, en tout cas pour les Français en France, un livre qui soit une telle déclaration d'amour à la Russie, surtout en ce moment où les Français ont des images, des préjugés extrêmement violents à l'égard de ce pays. Ils ont extrêmement peur de vous, je ne sais pas pourquoi, et moi j'ai découvert cette nuit moscovite, cette espèce de fête insensée qui est comme nulle part ailleurs dans le monde ; pourtant j'ai vraiment fait le tour du monde depuis trois ans mais je n'ai jamais vu un endroit aussi drôle, décadent, magnifique et dégueulasse en même temps, tout ça mélangé. Ce que je raconte dans le livre, c'est quand même ça, ce n'est pas un cliché, puisque personne ne l'a raconté en France : je n'ai pas vu, je n'ai pas lu de livre sur le Diaghilev, sur le GQ sur l'hôtel Park Hayatt d'Ararat avec son ascenseur extérieur, sur toutes ces filles qu'il y a partout, sur cette forme de débauche, de libération ultra violente et instantanée que connaît votre pays et qui est effrayante en même temps. C'est ça le sujet de mon livre ; les samovars, c'est une ligne sur 350 pages, c'est très malhonnête mais je comprends que les gens s'arrêtent à ça. Moi, ça m'agace beaucoup, dans les films américains, quand on voit un Français avec un béret alors que plus personne ne le porte.

     

    RIA Novosti : Et une baguette...

     

    Frédéric Beigbeder : Et une baguette sous le bras, les baguettes si, ça existe. Il faut bien comprendre que parfois les clichés sont vrais. La baguette, c'est un cliché mais c'est vrai. Moi, je vais m'acheter ma baguette et je rentre chez moi avec ma baguette sous le bras. Le samovar, ce n'est peut être pas vrai, mais j'en ai vu chez des jeunes, ils avaient le samovar de leur grand'mère, ils ne s'en servaient plus mais les samovars étaient quand même là. Peut-être, pour les clichés, faut-il accepter que certains soient vrais. On boit souvent de la vodka à onze heures du matin en Russie, on mange du pain noir, il y a des choses qu'on observe, qu'on voit chez Dostoïevski, et qu'on voit encore aujourd'hui dans la réalité, c'est bien d'ailleurs. Je préfère ça plutôt qu'un monde uniforme où tout est pareil, je n'aimerais pas aller à Moscou et que ce soit pareil qu'à New York ou à Tokyo.

     

    RIA Novosti : Vous n'avez donc pas eu peur de présenter votre roman au public russe, vous étiez sûr qu'il serait bien reçu ?

     

    Frédéric Beigbeder : Non, pas du tout, mais je trouve intéressant de provoquer des réactions, ce n'est pas un livre désagréable sur la Russie, loin de là, je n'aurais pas passé des années à venir et à écrire sur ce pays si je ne l'aimais pas ; donc, je pense que les gens le sentent et puis je ne pense pas que les gens détestent le livre en Russie, je n'ai pas cette impression. Moi, quand j'y suis allé, au contraire j'ai eu beaucoup de bonnes réactions de journalistes, de gens très sérieux ; il y a peut-être eu d'autres journalistes qui n'ont pas aimé mais c'est aussi leur droit, c'est très bien, ça ne me dérange pas, j'ai l'habitude, vous savez ici, il y a une moitié de gens qui détestent mes livres et une moitié qui les adorent. Evidemment, je préfère que les gens qui me détestent ne viennent pas me le dire parce que je suis très susceptible et très douillet mais c'est comme ça.

    Bonjour Frédéric ! Que pensez-vous du film tourné d'après votre roman 99 francs ? Pourquoi n'avez-vous pas voulu jouer vous-même le rôle du héros principal ? // Ekaterina Charapova

    L'adaptation cinématographique de 99 francs vous a-t-elle plu ? Assisterez-vous à la première russe du film, le 14 février ? // Maria

     

    Frédéric Beigbeder : Je ne suis pas encore invité, j'aimerais bien venir, pourquoi pas, ce serait un prétexte pour revenir en Russie. Comme ça, je verrais si vraiment les gens me jettent des pommes de terre à la figure ! Le film me plaît, j'ai participé au scénario, à l'écriture de dialogues du film, je joue même un petit rôle dedans mais je n'ais pas voulu jouer Octave car je ne suis pas un comédien professionnel. C'est un vrai travail que fait Jean Dujardin et il le fait bien, très bien ; le film est très différent du livre et en même temps il parvient à garder son ton cynique, satirique, c'est un film très brutal sur la publicité mais aussi sur notre manière de vivre et sur le système capitaliste. Donc, c'est conforme à ce que j'avais voulu faire : un livre bourré de contradictions, avec un personnage à la fois attiré par le luxe, le confort, le glamour et en même temps qui passe son temps à être très inquiet, qui critique cette manière de vivre. Donc, j'ai été très content, je crois que le film va provoquer en Russie sans doute le même type de réactions que le roman quand il est sorti. C'était en 2001, je crois, très tôt, il a été traduit très vite et c'est drôle, j'ai l'impression qu'il a été perçu comme une sorte de mode d'emploi du capitalisme. Beaucoup de jeunes ont eu envie de ressembler au personnage alors que c'est un livre qui se moque de tout ça. C'est un malentendu très amusant (rire).

     

    Pensez-vous que l'adaptation cinématographique des romans les aide davantage qu'elle ne les dessert ? Par exemple, quelqu'un qui n'aura pas aimé le film ne lira pas le livre, bien que le livre puisse être meilleur que le film. Ou bien est-ce que la sortie du film d'après le livre et l'existence du livre en lui-même n'ont que peu d'influence l'un sur l'autre ? // Sergueï Bourlaev

    Frédéric Beigbeder : D'abord, ce sont deux langages très différents et je ne pense pas qu'un film puisse nuire à un livre ; le livre existe, il a rencontré les lecteurs, il continue de le faire. Le livre, en France, continue de très bien se vendre et le film a plutôt aidé, simplement j'ai quand même voulu m'intéresser à l'écriture du film et participer parce que j'ai beaucoup d'amis, notamment Michel Houellebecq, qui ont été très mécontents des adaptations faites. Houellebecq, par exemple, n'aimait pas du tout Les particules élémentaires au cinéma. Donc je me suis dit qu'il ne fallait pas s'en désintéresser totalement, il valait mieux donner son avis. J'ai la chance d'avoir un réalisateur, Jan Kounen, qui avait envie de m'associer, qui m'a appelé très souvent pour me demander ce que je pensais du scénario et même pour me montrer le montage et je lui ai dit ce que je pensais. Quelquefois, quand je n'étais pas d'accord, je le disais et la plupart du temps il tenait compte de mon avis ; donc, aujourd'hui, l'avantage est d'avoir un film très original, très créatif, il y a beaucoup d'idées, ça va très vite, et il n'y a aucune concession. Ce n'est pas un film clean, un film aseptisé, au contraire, il y a beaucoup de cocaïne, de prostituées, il y a beaucoup de choses, c'est très spectaculaire. Moi, je trouve que, finalement, on ne voit pas beaucoup de films français qui soient aussi corrosifs, la comédie, en France, est un genre très gentil. On fait beaucoup de films très gentils, ici. Les films russes sont plus intéressants, je trouve. Les films de Pavel Lounguine, par exemple, sont plus méchants et 99 francs est un film méchant. On sort de là en se posant des questions. En général, d'ailleurs, les gens, après le film, allaient dîner et s'engueulaient, discutaient. Il y en avait qui aimaient et d'autres pas, et c'est ça qui est bien. Le but de l'art, ce n'est pas d'endormir les gens, mais de les secouer, je crois.

     

    RIA Novosti : Est-ce que vous pensez que les gens auront envie de lire le roman s'ils ont vu le film avant ?

    Frédéric Beigbeder : Je crois que oui puisque beaucoup d'exemplaires ont été vendus cette année à la sortie du film.

     

    Frédéric, qu'est-ce qui, selon vous, différencie le marché russe de la publicité du marché européen ? Avez-vous déjà vu des publicités russes ? Pouvez vous citer les clips publicitaires qui vous ont particulièrement marqué ? Que conseilleriez-vous à un concepteur-rédacteur débutant ? // Koftotchka

     

    Frédéric Beigbeder : Non, je n'ai pas vraiment eu le temps de m'y intéresser. Surtout que j'en ai un petit peu marre de la pub. J'ai fait ce livre parce que j'en avais ras le bol de travailler là dedans et donc j'ai été viré, je n'ai plus travaillé dans ce métier depuis l'année 2000, ça fait huit ans. Mais, quand je suis allé en Russie, j'ai vu qu'il y avait une invasion, il y a plus d'affiches publicitaires dans les rues de Moscou que dans les rues de Paris, il y a des affiches géantes, il y a des bâches, notamment sur le Bolchoï qui est en travaux, il y a des énormes, énormes pub pour Rolex, pour beaucoup de marques de luxe comme ça, il y a cette espèce de rue intérieure du Mercury, une rue entière de marques comme ça. C'est assez étonnant de voir tout ça, la boutique Dior en face du mausolée de Lénine, mais je n'ai pas eu le temps de regarder des films publicitaires russes à la télé, j'étais tout le temps ivre, en train de sortir, à peine si je rentrais à l'hôtel pour me laver les dents et je repartais.

    RIA Novosti : Que conseilleriez-vous donc à un concepteur-rédacteur débutant ?

    Frédéric Beigbeder : D'arrêter ce métier tout de suite (rire).

     

    Pensez-vous aux lecteurs quand vous écrivez, imaginez-vous leurs réactions ? Pour qui écrivez-vous : pour les lecteurs ou pour vous-même ? // Inna

    La création est-elle pour vous une nécessité ? Pourriez-vous ne pas créer ? Par exemple, si vous n'aviez plus besoin de gagner de l'argent ou d'essayer d'obtenir l'amour des femmes ? (Il me semble que vous avez dit un jour que vous écriviez pour coucher avec des femmes...) // Igor

    Frédéric Beigbeder : Je trouve que la question "Pourquoi écrivez-vous ?" est très difficile. Pour quoi, pour qui ? C'est une activité très étrange, d'écrire, et personne ne peut avoir la prétention de dire que ce qu'il écrit est nécessaire, indispensable, est extrêmement urgent ; ça me paraît très embarrassant comme question. En fait, je pense que Dostoïevski aurait répondu qu'il écrivait pour l'argent parce qu'il avait des dettes de jeu à éponger. Becket disait : Je ne suis bon qu'à ça, je ne sais faire que ça. Moi, j'ai dit que j'écrivais pour séduire, que j'avais envie de plaire, que j'avais l'impression d'avoir été moche quand j'étais petit et que, du coup, j'avais envie de faire marrer les lecteurs et, surtout, les lectrices. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que je n'écris pas pour moi. Je pense que si un écrivain écrit pour lui-même, il n'a qu'à laisser son manuscrit dans un tiroir et ne pas le publier. Si vous décidez de faire imprimer des milliers d'exemplaires de votre travail, c'est que vous écrivez pour quelqu'un d'autre, pour quelqu'un que vous ne connaissez pas et qui est une sorte de miroir inconnu, mystérieux. Quand on écrit, on se relit, on corrige, c'est très difficile d'écrire, je trouve, et de plus en plus quand on vieillit mais, malgré tout, on n'écrit pas que pour soi-même, c'est un processus assez bizarre, on a quand même envie que quelqu'un rigole ou pleure en lisant ce qu'on fait. Moi, en tout cas, oui. Je n'écris pas que pour moi, sinon ce ne serait pas de l'écriture, ce serait de la masturbation.

    RIA Novosti : Il y en a qui pensent que si vraiment on réfléchit, si on pense à ceux pour qui on écrit, ce n'est plus de l'art, c'est quelque chose d'autre...

    Frédéric Beigbeder : Bien sûr que le but n'est pas de dire ce que les gens ont envie d'entendre. A ce moment là, ça deviendrait du marketing, mais le lecteur est un des auteurs du livre. Aucun artiste ne peut prétendre qu'il n'a pas envie d'être vu. C'est vrai des peintres, des cinéastes, des chanteurs, des écrivains, je pense que ça ne doit pas devenir le seul but, mais l'idée d'être lu par quelqu'un d'autre est évidemment centrale dans toute l'histoire de la littérature. Je pense que ce serait très malhonnête de dire "non, je suis un artiste, donc je suis libre, je n'écris que pour moi". Je n'y crois pas. Je crois que je veux donner du plaisir à quelqu'un d'autre que moi, je veux l'émouvoir, le réveiller, le mettre en colère aussi, il y a beaucoup de choses que j'écris dans une sorte d'énervement, y compris Au secours pardon qui est un livre très noir, très dur, sur la manière dont on utilise les visages des femmes, le physique des mannequins.

     

    Quel conseil vous seriez-vous donné quand vous aviez 20 ans ? // windgirl

    Frédéric Beigbeder : A moi-même ? Peut-être me serais-je moins dispersé. A vingt ans, j'étais quelqu'un qui avait envie d'être aimé et donc tous les gens qui m'ont proposé des choses, du boulot dans la pub, d'écrire dans les journaux - j'ai eu la chance qu'on me propose pas mal de choses - j'ai toujours dit "oui" ; j'ai fait beaucoup de choses différentes et j'ai perdu beaucoup de temps comme ça. Aujourd'hui, si je me voyais à vingt ans, je dirais "Attention, concentre-toi sur ce qui t'intéresse vraiment, c'est-à-dire écrire des livres, ne perds pas tout ce temps à faire dix ans de publicité alors que tu détestes ça. Mais, bon, ça m'a servi aussi de faire plein de choses, il faut vivre, je ne crois pas aux écrivains enfermés chez eux dans leur tour d'ivoire, je pense qu'il faut vivre, il faut voyager, il faut rencontrer des gens, il faut faire des choses, y compris des choses totalement inutiles, c'est difficile de mesurer ce que j'ai perdu comme temps et ce qui m'a servi.

     

    Comment voyez-vous votre vie dans vingt ans ? // Marie

    Frédéric Beigbeder : Dans vingt ans, je serai mort ! (rire) Je serai mort depuis longtemps mais j'aimerais bien être un petit vieux, avec mon chat, peut-être avec une ou plusieurs femmes, peut-être un harem dans un château ; j'aimerais bien avoir un château dans la campagne, un château rempli de femmes qui me feraient la cuisine (rire)...

     

    Comment vous définissez-vous, qui êtes-vous ? Merci de répondre en une courte phrase. // Andreï

    Caractérisez le personnage de Frédéric Beigbeder dans la "comédie sociale" moderne (expression tirée du roman Au secours pardon). // Evgueni

    Frédéric Beigbeder : Là encore, je vais m'en sortir par une pirouette mais je ne sais pas qui je suis et, si je le savais, je crois que je n'écrirais plus. Je ne sais pas très bien, j'essaye de répondre à cette question dans tous mes livres, j'invente ce personnage d'Octave ou Oscar Dufresne ou Marc Marronnier qui sont des alter ego, des personnages imaginaires mais qui me ressemblent, avec les mêmes questions, les mêmes contradictions. Je pense que si jamais j'ai une place dans cette comédie sociale comme vous dîtes, c'est celle de quelqu'un qui participe à cette époque, vraiment avec beaucoup de frénésie, dans tous ses aspects excessifs, la richesse, la célébrité, la drogue, le sexe. J'ai l'impression de vivre tout ça, de le regarder et de le raconter en rigolant. Ca permet aux gens de voir leur temps, de voir ce qui est en train d'arriver, cette espèce de société de consommation extrêmement rapide, mondialisée, dans laquelle on est entré et ce sont des miroirs. Stendhal dit que le roman est un miroir et je crois que, plus que jamais au XXIe siècle, le but de l'art, de voir d'un artiste, c'est de tendre un miroir à ses contemporains.

     

    Ne vous semble-t-il pas qu'à travers toute votre œuvre et votre comportement vous professez l'immoralité et la débauche ? Comment voyez-vous, vous-même, votre mission dans ce monde ? // Valérie

    Pourquoi tant de "boue" dans votre littérature ? Est-ce précisément ce dont a besoin la société moderne ? Est-ce que vous n'allez pas un peu loin ? Merci (en français dans le texte). // Xenia

    Frédéric Beigbeder : Je crois que, là, c'est confondre Frédéric Beigbeder avec les personnages de ses livres. C'est vrai qu'il y a dans tous mes romans des scènes violentes, un peu trash, parfois pornographiques, mais ça fait partie de ce miroir, ça fait partie de notre monde, on habite dans un monde très choquant, très libre et la liberté on ne sait pas quoi en faire. C'est le sujet d'Au secours pardon, mais c'est peut-être le sujet de tous mes livres, ce sont des gens qui profitent de cette liberté mais qui, en même temps, sont perdus, complètement paumés, ils ne savent pas quoi faire ; d'ailleurs être libre, ce que j'explique souvent, c'est synonyme d'être seul dans ce monde individualiste qui est un monde d'égoïsme total, de narcissisme, la liberté rend fou un petit peu. Il y a beaucoup de ces interrogations dans mes livres. Je ne crois pas que ce soient des livres qui fassent l'éloge de la fange, de la décadence ou de la débauche, ce sont plutôt des livres qui posent la question de la liberté, que peut-on faire de cette liberté, est-ce qu'elle nous rend heureux ou est-ce qu'elle nous rend terriblement seul ? Evidemment, je ne connais pas la réponse.

     

    Frédéric, comment réagissez-vous au fait que votre style soit littéralement copié par de nombreux écrivains russes ? Il n' y a qu'à prendre Sergueï Minaev. Et quel écrivain copiez-vous vous-même, en France ? // Vitali Papilkine

    Frédéric Beigbeder : On n'écrit pas ex nihilo. Tout écrivain part des livres qu'il a lus pour écrire. C'est tout à fait sain et normal et je suis très heureux si jamais j'ai des disciples en Russie ou en France aussi, beaucoup ; je trouve que c'est très flatteur quand on écrit soi-même. Moi-même j'ai été bien sûr influencé par des auteurs, les auteurs américains Bret Easton Ellis, Jay McInerney, des auteurs plus anciens comme Scott Fitzgerald qui parlait beaucoup des riches et de leurs turpitudes, des auteurs français comme Antoine Blondin, Françoise Sagan. J'aime beaucoup l'humour en littérature donc, si on remonte plus loin, j'aime des auteurs comme Jules Renard, j'aime la brièveté de Stendhal et puis j'ai découvert les romanciers russes du XIXe qui m'ont beaucoup influencé dans mon dernier livre. Tourgueniev, Tchékhov, là aussi il y a un humour sur les bourgeois, ça n'a pas vieilli. Quand on lit les nouvelles de Tchékhov, il y a beaucoup de personnages prétentieux, bourgeois, qui pourraient être aujourd'hui des Français à Saint-Germain-des-Prés.

     

    Comment écrivez-vous ? Avez-vous besoin que certaines conditions soient remplies pour cela ? Combien de temps mettez-vous pour écrire un roman ? // Oleg

    Dites-nous, s'il vous plaît, comment vous travaillez, combien d'heures par jour ? // Mirmekhdi Araogly

    Frédéric Beigbeder : Je ne suis pas un auteur discipliné, malheureusement, et je ne crois pas en la patience. L'auteur qui va de huit heures du matin à midi et de quinze heures à dix-neuf heures devant sa table de travail, ça n'est pas moi. Je crois en l'inspiration, je pense qu'il y des jours où on est meilleur que d'autres. En ce moment, je ne fous rien, je ne travaille pas, je suis vidé, j'ai tout mis dans Au secours pardon - je dis toujours Au secours pardon alors que ça s'appelle Idéal en Russie - j'ai tout mis là dedans et j'ai l'impression d'avoir tout dit. Donc peut-être que je n'écrirai plus jamais mais, de temps en temps ça commence à revenir, je prends des notes et je crois que ma façon de travailler, c'est ça, je mets très longtemps, je mets peut-être trois ans à écrire un livre et je suis plutôt du genre à se balader dans la rue avec un carnet, écrire dans les cafés ou dans les discothèques et, parfois, pas dans mon état normal. Je crois que, aussi, je suis très intimidé par l'écriture et donc j'ai besoin d'avoir bu un petit peu ou d'autres choses pour que ça sorte.

     

    Vous avez tourné dans un film documentaire, dans lequel vous vous rendiez aux Etats-Unis pour tenter de rencontrer l'écrivain américain Jerome David Salinger, qui vit totalement reclus depuis des décennies. Pensiez-vous, lorsque vous avez donné votre accord pour participer à ce film, que vous parviendriez à le rencontrer, ou est-ce que vous aviez compris dès le début que la rencontre n'aurait pas lieu ? Jerome David Salinger est-il effectivement votre auteur préféré ou simplement L'Attrape-cœurs votre œuvre préférée ? // Alexandra

    Frédéric Beigbeder : J'espérais le rencontrer à vrai dire, sincèrement je lui ai écrit, on a trouvé son adresse, j'ai pensé que j'allais le voir et que j'allais lui dire : voilà, je suis Français. Vous avez débarqué en France le 6 juin 1944 pour nous sauver, nous libérer des nazis. J'avais même pensé lui faire croire que j'étais son fils, peut-être qu'il avait eu un enfant avec une Française et que j'étais son fils qu'il ne connaissait pas... Le résultat c'est qu'effectivement arrivé là-bas, dans ce petit village de Cornish, je n'ai pas voulu le déranger, on n'a pas trouvé sa maison, on a fini par traîner, tourner dans la montagne...

    RIA Novosti : Vous n'avez pas voulu le déranger ou vous n'avez pas trouvé sa maison ?..

    Frédéric Beigbeder : En fait, je n'ai pas voulu le déranger. Je crois qu'il faut respecter son choix, c'est un choix très courageux de disparaître. Je ne pense pas qu'il aurait ouvert. Je pense qu'il n'ouvre qu'à des jeunes femmes. Vous, vous auriez plus de chances que moi si vous alliez le voir. Mais un Français de 42 ans, qui vient vous déranger alors que vous avez choisi de ne voir personne depuis soixante ans, a assez peu de chances de rencontrer Salinger. En revanche, c'est vrai que c'est un de mes auteurs préférés. Je trouve que pas seulement l'Attrape Cœurs, je trouve que ses nouvelles, Nine stories, sont vraiment un sommet de l'écriture brève. Il fait très bien parler les enfants, peut-être que mon texte préféré ce serait Pour Edmée avec amour et abjection, qui est une des neuf nouvelles de ce recueil ; c'est l'histoire d'un soldat qui rencontre une petite fille en Angleterre avant de partir à la guerre, c'est très, très joli. Ca fait partie de ces auteurs cultes. J'ai besoin de le relire régulièrement et pourtant j'ai plein de livres chez moi, je suis critique littéraire, je reçois tout ce qui sort et, malgré ça, j'ai besoin de retourner voir Salinger une fois de temps en temps parce qu'il y a une magie, il y a vraiment une innocence et une beauté chez lui qui ne se trouvent pas ailleurs. Je suis très jaloux de ça (rire) parce que je crois que, moi, j'arrive à faire rire, à écrire sur le malheur assez facilement mais, en revanche, je suis totalement incapable d'écrire sur le bonheur. Par exemple, d'écrire un roman d'amour qui marche, une belle histoire d'amour qui finit bien.

    RIA Novosti : Pourtant dans l'Amour dure trois ans, on peut dire que ça marche !

    Frédéric Beigbeder : Oui, il y a une belle histoire, mais c'est quand même un livre très pessimiste.

    RIA Novosti : Il y en a qui pensent le contraire, vous allez voir plus loin dans les questions...

    Frédéric Beigbeder : Oui, moi aussi, j'espère toujours me tromper. Chez Salinger, il y a vraiment des passages qui sont de purs bonheurs, de pures joies et même si finalement ses livres sont assez tristes.

     

    Qu'est-ce que vous lisez actuellement ? // Gueorgui Gorine

    Quelle œuvre avez-vous relue le plus grand nombre de fois ? // Alexeï

    Frédéric Beigbeder : Peut-être que l'œuvre que j'aurais relue le plus souvent, ce serait The catcher in the Rye, peut-être aussi Bonjour tristesse de Sagan... Qu'est-ce que je lis en ce moment ? Je viens de terminer un roman de la rentrée de janvier, qui s'appelle Beau rôle, de Nicolas Fargues. C'est un jeune écrivain français très prometteur, qui fait des livres assez corrosifs, assez moqueurs. Là, c'est l'histoire d'un acteur qui essaye tout le temps de rester simple et normal alors qu'il est très célèbre. C'est vrai que c'est quelque chose dont j'ai parlé dans L'Egoïste romantique, tous ces gens très connus qui font exprès d'être très normaux et très simples, à l'écoute des autres, pour qu'on ne dise pas qu'ils sont devenus prétentieux. Il y a aussi un très, très beau livre, qui vient d'être traduit en France, qui s'appelle La route, de Cormac Mac Carthy qui est un des plus grands écrivains américains actuels ; ce livre a eu le prix Pulitzer et un grand succès en Amérique. C'est un texte très étrange, qui se passe après la fin du monde. Un homme et son enfant marchent au milieu des villages calcinés, au milieu des stations services en panne, il n'y a plus personne et ils marchent seuls dans ce monde dévasté. C'est un sujet qui, j'ai l'impression, préoccupe beaucoup d'auteurs dans le monde entier : l'Apocalypse. Il y a ça dans le dernier Houellebecq, il y a ça dans beaucoup de films aussi. Peut-être que la fin du monde approche et tout le monde a envie d'en parler.

     

    Quelle est la jeune fille qui figure sur la couverture de l'édition française d'Au secours pardon ? Avez-vous participé au choix de cette couverture ? Ce visage, ce visuel vous touchent-ils effectivement ? Diriez-vous que cette image est proche de votre idéal féminin ? // Maria

    Frédéric Beigbeder : C'est très beau, cette photo, c'est Sonia Sieff, une photographe française, qui a fait la photo à Moscou. Elle a choisi cette fille parmi beaucoup de books de mannequins ou d'actrices ; je crois que c'est une actrice russe qui est également modèle ; je ne l'ai jamais rencontrée, je sais qu'elles ont fait la photo alors que j'étais parti et j'étais très triste de ne pas pouvoir venir sur la séance de shooting ; après, on a voulu faire une sorte de personnage un peu comme Lara dans le Docteur Jivago, un personnage qui fasse rêver sur la couverture du livre. Non, je ne demande pas mieux que de rencontrer cette fille, elle est vraiment ravissante.

     

    Vous dites qu'Octave Parango est votre double en ce qui concerne ses meilleurs côtés. Mais quelle est la part de ressemblance entre vous pour ce qui est des événements réels que traverse votre héros dans Au secours pardon ? Dans quelle mesure ce roman est-il autobiographique en ce qui concerne votre connaissance des femmes russes et votre attitude à leur égard ? // Irina

    Octave Parango est-il votre seul double, ou est-ce que vos autres personnages le sont aussi en partie ? Dites-nous également (c'est une question à part) si le héros de L'Amour dure trois ans vous ressemble, et en quoi ? // Natalia

    Le personnage de L'Amour dure trois ans est optimiste dans son amour. C'est vous ? Quel comportement avez-vous avec les femmes russes ? // Rosa Galimova

     

    Frédéric Beigbeder : C'est marrant ces questions, c'est toujours des questions délicates. Est-ce que c'est autobiographique ou pas autobiographique ? Je joue avec ça, beaucoup. C'est-à-dire que j'écris à la première personne du singulier...

     

    RIA Novosti : Mais voilà, les gens ont envie de savoir...

    Frédéric Beigbeder : Bien sûr que les gens ont envie de savoir, ça donne probablement envie de lire le livre. Parce qu'on se demande : est-ce qu'il a fait ça, avec des filles très jeunes et tout. Non, en fait, j'ai tout inventé. Ce que je n'ai pas inventé, c'est tout ce que je décris sur le métier de talent scoot, j'ai rencontré les talent scoot, j'ai fait un peu un travail de journaliste. D'ailleurs il y a aussi pas mal de gens qui m'ont écrit depuis, qui disent que c'est incroyable, que c'est exactement comme cela que ça se passe. J'ai rencontré des mannequins aussi, des Russes qui sont venues à Paris, un petit peu comme du bétail qu'on importe et qui ont lu le livre et qui disaient : c'est incroyable, c'est exactement notre vie. Le romancier, c'est quelqu'un qui invente la réalité et je suis toujours très, très flatté quand des scènes que j'ai totalement inventées paraissent vraies ou très réalistes à des gens qui ont vécu des choses approchantes. Cette manière de traiter les filles très jeunes, de commenter leur physique devant elles de façon extrêmement dégradante et humiliante, c'est une chose quotidienne dans le métier de mannequin. Après, je me suis baladé comme Octave à Nijni Novgorod, à Saint-Pétersbourg, donc je raconte beaucoup de choses que j'ai vues et aussi beaucoup de choses que j'ai entendues. Si jamais j'ai une qualité, c'est d'être un espion, en fait, je suis un bon espion, j'écoute beaucoup ce que disent les gens, je les fais boire et quand ils sont bourrés, je note tout ce qu'ils disent. Il y a des tas de choses dans le livre qui sont des choses que, probablement, les gens ne se souviennent même pas d'avoir racontées. Comme toutes les scènes d'orgies, les scènes dans les maisons sublimes de la Roublevka. On me reproche de raconter des clichés mais franchement, ce genre de choses, personne n'a jamais raconté ça. Peut-être que dans des livres russes non traduits, il y a déjà eu ça, peut-être chez Minaev ou d'autres...

     

    RIA Novosti : Robski..

    Frédéric Beigbeder : Oxanna, oui je l'ai rencontrée, elle est très mignonne mais enfin, ce ne sont pas des livres qui ont été traduits en français, donc moi je ne pouvais pas y avoir accès et je ne crois pas que ce soient des clichés. C'est quand même très hallucinant ce qui se passe et nous, malheureusement, en France nos milliardaires ne savent plus dépenser leur argent, donc nous n'avons pas la chance d'avoir des malades comme ça qui veulent montrer leur pouvoir.

    RIA Novosti: Et quand même, est-ce que vos autres personnages sont aussi en partie vos doubles ?

    Frédéric Beigbeder : Oui, parfois aussi j'utilise des gens que j'ai rencontrés, je les mélange pour en faire par exemple Sergueï l'oligarque qui est un mélange de plusieurs personnes que j'ai rencontrées. Une chose qui est vraie, c'est que, dans Au secours pardon en tout cas, je me suis amusé à me mettre dans la peau d'une fille ; on peut dire que Lena Doïtcheva, c'est un peu moi aussi. Ca fait une drôle d'impression d'écrire le blog d'une fille de quatorze ans ! Mais, pour ça, j'ai du pas mal interroger des copines sur leurs relations avec leur mère, c'était intéressant. Oui, bien sûr, je suis un peu tous les personnages de mes romans mais ça n'a rien d'original, c'est le cas de tous les romanciers je crois.

     

    RIA Novosti: A en croire le personnage de l'Amour dure trois ans...

    Frédéric Beigbeder : C'est un livre beaucoup plus personnel, là on peut dire que c'est intégralement la vérité, il n'y a pas une scène de ce livre qui ne soit pas vraie, je pense. C'est l'histoire de mon divorce, quand j'ai vu que la construction artificielle du mariage et du conte de fées était impossible à tenir et que, sur la durée, ça ne marcherait pas. Donc, j'ai voulu faire un livre sur cette désillusion.

    RIA Novosti: Quel comportement avez-vous donc avec les femmes russes?

    Frédéric Beigbeder : Je crois que je suis un camarade très agréable. C'est vrai qu'Octave est assez ignoble dans le livre, mais c'est parce qu'il fait ce métier aussi ! Quand on est un écrivain français et qu'on rencontre des femmes russes, des lectrices et tout ça, ça n'a rien à voir. Je suis très très aimable et bien élevé, je ne suis pas du tout obligé de les sélectionner, de les trier, de les noter puis de prendre des polaroïd d'elles pour les vendre ensuite à des agences de mannequins. Je n'ai pas la chance de faire ce métier, donc, du coup, j'ai des relations tout à fait normales. Je crois que vous allez décevoir vos internautes...

     

    Votre rêve ? // Oxana Demianenko

    Frédéric Beigbeder : Mon rêve, comme ça, quel est mon rêve ? C'est bizarre. Mais je crois que je réalise mes rêves dans mes livres, vraiment. Pour l'instant, comme je me sens vide, je ne connais pas encore mon prochain rêve. Bien sûr, j'ai envie que ma fille soit heureuse. Je pourrais vous répondre des choses comme ça, je pourrais vous répondre : mon rêve est que Chloé soit heureuse. Mais c'est un peu une réponse à la con. J'attends avec impatience mon prochain rêve.

     

    Aimez-vous la solitude ? Aimez-vous parfois rester à ne rien faire ? Etes-vous un homme d'action ou un observateur ? // Olga

    Frédéric Beigbeder : Non, je ne suis pas un homme d'action. Ca, c'est sûr. Je suis plutôt un voyeur, un contemplatif, un espion, comme je vous l'ai dit. Maintenant, j'alterne des périodes de solitude et de calme avec des périodes de folie et de mondanité totale ou je me noie dans la foule. Et quand je dis "j'alterne", ça peut vouloir dire que ça peut être dans la même journée. Par exemple, souvent, la journée, je remarque que je suis seul, je suis ici, chez moi, à bouquiner. Et dès que la nuit tombe, je me transforme. (Eclat de rire)

     

     

    Vous avez dit un jour que le rôle de l'écrivain, et de l'artiste en général, était de "déranger" le public. Est-ce que c'est votre conviction profonde, ou bien observez-vous cette règle pour des raisons mercantiles, une telle position se justifiant sur le plan commercial ? // Pavel

    Frédéric Beigbeder : Ce n'est pas sûr, parce que je ne crois pas que tous les gens aient envie d'être dérangés. Quand on regarde les plus gros succès de librairie, en France, ce sont des romans parfaitement inoffensifs, qui racontent des histoires à l'eau de rose, merveilleuses, des choses qui ne vous secouent pas, qui ne vous réveillent pas. Prendre le risque de déranger les gens, c'est aussi prendre le risque de leur déplaire. Moi, si je dis ça, c'est simplement parce que c'est ce que j'aime. Quand je lis un livre, j'aime être un petit peu choqué. Les auteurs que j'aime sont comme ça. Louis-Ferdinand Céline, c'est un auteur qui est sulfureux, qui est dérangeant. J'aime les auteurs un peu scandaleux, que ce soit Henry Miller, Charles Bukowsky, etc. Donc, ce n'est pas mercantile, je ne crois pas. Je ne vois pas pourquoi écrire si c'est pour faire des distractions inutiles.

     

    Je suis moi aussi écrivain et j'estime moi aussi que le rôle de l'écrivain est de "déranger" le public. Mais la plupart des lecteurs préfèrent adopter la position de l'autruche. J'écris tout en étant conscient que dans le meilleur des cas moins de 10 % de mes lecteurs me comprendront et tireront des conclusions pour eux-mêmes. Que pensez-vous de cette situation, qui fait que la plupart des gens préfèrent "du pain et des jeux" à l'éveil des consciences et au développement ? // Vladimir Doubkovski

    Frédéric Beigbeder : Ce n'est pas nouveau. Les jeux du cirque, c'était déjà dans l'Antiquité un moyen de distraire les gens de leur vie. Aujourd'hui, si on prend par exemple Internet, je pense que c'est le nouvel opium du peuple. On a remplacé la religion par le virtuel. Vous avez des gens qui ont une vie de merde, dans un appartement pourri, avec une femme moche et rien à manger. Et bien, on leur donne du virtuel, comme ça, ils sont devant un écran et ils ont l'impression d'avoir une vie extraordinaire, de parler à des tas de gens partout dans le monde, qu'ils ne verront jamais, etc. Donc, c'est l'équivalent des jeux du cirque, c'est l'équivalent de donner du pain et des jeux. Il a toujours fallu, par facilité, que les gens sortent de leur condition humaine difficile. Par ailleurs, vous avez parfaitement raison : on n'est jamais vraiment compris. Je ne crois pas. Mais peut-être faut-il se faire une raison. Oscar Wilde disait : je vis dans la terreur de ne pas être incompris. Il voulait être incompris. Il y a une autre phrase de Malraux qui, je crois, disait que tout succès est un malentendu. Donc, quand on a la chance, comme moi, de faire des livres qui rencontrent beaucoup de monde, ça veut dire qu'il y a un malentendu quelque part, probablement... J'essaie de faire passer des messages, c'est vrai, aussi. D'éveiller les consciences, comme dit cet internaute. Mais avec de l'humour. Mais ce ne serait pas tout à fait honnête de dire que je ne fais pas, moi aussi, le pain et les jeux. Je leur donne un petit peu de biscuit et un petit peu de rire, et à l'aide de cela j'essaie de faire passer derrière quelque chose, qui est une critique de notre temps. Dans 99 francs, c'est la critique de la marchandisation du monde, et dans Idéal la critique de la marchandisation du corps.

     

    RIA Novosti : Vous avez dit aussi que vous n'aimiez pas les œuvres trop moralisatrices.

    Frédéric Beigbeder : Oui, tout cela est caché derrière quelque chose de très amusant. J'essaie que ça soit très amusant, que ça soit sexy, pas ennuyeux...Il faut aussi qu'il y ait des blagues, des plaisanteries, des dialogues, comment dire, dynamiques. Mais derrière tout ça, en contrebande, comme un passager clandestin, il y a des idées, des idées très dures et qui sont peut-être un reflet de ce que je pense de la société actuelle.

     

    Qui sont vos amis ? Est-ce que ce sont nécessairement des personnes ayant des opinions et un mode de vie proches des vôtres ? // Veronika

    Frédéric Beigbeder : Non, je ne crois pas. J'ai des amis d'enfance, que je connais depuis très longtemps, et qui me disent quand je déconne. Ca, c'est bien. Qui me disent : Frédéric, tu te prends pour je ne sais pas qui, il faut que tu te calmes. Sinon, il y a beaucoup de gens que je croise, avec qui je travaille, que ce soit à la télévision, en France, dans l'édition, des confrères écrivains. Non, je n'ai pas du tout envie que mes amis soient pareils que moi, ni d'accord avec moi. Au contraire. Ce serait très ennuyeux.

     

    Vous avez écrit : "Etre amoureux, c'est être étonné. Quand l'étonnement disparaît, c'est la fin". Etes-vous actuellement étonné ? // Nadejda

    Frédéric Beigbeder : Oui, je crois. II faut trouver quelqu'un qui vous surprenne. Vous connaissez l'étymologie du mot désir ? Désir, ça vient de desiderere. C'est du latin. "De", c'est le préfixe privatif, et "siderere", c'est un mot qui veut dire étoile, qui a donné sidérant, espace intersidéral. Le désir, c'est la perte d'une étoile. Donc, on ne peut pas désirer quelqu'un s'il ne vous échappe pas. C'est pour ça que je dis qu'il faut quelqu'un qui vous étonne, parce qu'il faudrait presque arriver à ce que la personne avec qui vous vivez soit toujours une étrangère, une étoile filante. C'est très difficile. Je pense que je continue à être étonné par une étoile filante.

     

    Faites-nous part d'un événement ou d'une rencontre qui vous ont fortement marqué. // Grigori Amarian

    Frédéric Beigbeder : On s'est bien amusé avec Michel Houellebecq à Moscou le mois dernier, lorsqu'on a fait notre conférence. C'était très drôle. On a quand même bu un litre de vodka en public, sans rien manger...

     

    RIA Novosti : Au lieu de débattre...

    Frédéric Beigbeder : Finalement, on a discuté. Je ne sais pas pourquoi ils avaient voulu qu'on soit confrontés, parce que finalement on est d'accord sur tout avec Houellebecq. On n'a pas de problèmes, on n'a pas de raisons de se disputer. Ca, c'était un événement assez marquant. D'ailleurs, ma dernière semaine à Moscou a été quelque chose d'assez incroyable. J'ai fait des signatures dans des librairies. Il y avait beaucoup de monde. J'ai donné beaucoup d'interviews. C'était très actif, et en même temps très festif.

     

    RIA Novosti : En quoi cela vous a-t-il marqué ?

    Frédéric Beigbeder : En fait, quand on est à l'étranger, on est plus sensible, plus fragile, plus ouvert, et ça me marque toujours plus quand je ne suis pas à Paris. C'est à peu près le dernier voyage que j'ai fait. Sinon, il y a eu un truc marrant. C'est plus people. J'étais à Phuket, en Thaïlande, pour le nouvel An. Je suis allé dans un bar de travestis, et là j'ai mis des disques, avec Kate Moss. C'était la vraie Kate Moss. C'était pas un travesti. Moi j'aime bien Michael Jackson. Donc j'ai passé Dont Stop Til You Get Enough. Et Kate a mis les Rolling Stones - Sympathy For The Devil. Elle l'a remis trois fois de suite. Je lui disais : tu l'as déjà mis. Et elle me disait : non, non, c'était Gimme Shelter. Et puis après, elle a voulu me mettre un coup de poing dans la gueule. Voilà, c'était une histoire passionnante (Eclat de rire), qui m'a beaucoup marqué.

     

    Vous avez dit un jour que vous étiez un grand paresseux. Est-ce vrai ? Cela vous pèse-t-il ? // Inna

    Frédéric Beigbeder : Non, je fais des efforts pour être de plus en plus paresseux. Il y a un slogan de Nicolas Sarkozy qui dit qu'il faut travailler plus pour gagner plus. Moi, je pense que c'est une connerie. La vraie réussite, c'est de travailler le moins possible pour gagner un maximum de pognon. Voilà. C'est ça mon but. Mon but, c'est de travailler vraiment le minimum. Si on arrive à vivre agréablement sans travailler, il faut le faire.

     

    Essayez de nous dire comment vous passeriez le temps qui vous resterait, ce que vous feriez obligatoirement si vous appreniez demain que vous n'avez plus que six mois à vivre. // Arkadi Galitskikh

    Frédéric Beigbeder : Je pense que je passerai beaucoup de temps dans mon lit à faire l'amour. Je me droguerai beaucoup. J'essaierai, à défaut du bonheur, de cumuler les moments de plaisir. Je pense que ça serait une attitude très conne, mais je ne pourrai pas faire autrement. Si je connaissais la date de ma mort dans six mois, il est probable que je serais totalement hédoniste. Comme chose profonde, je pense que j'essaierai quand même de parler à ma fille et de lui transmettre mon immense expérience de la vie et ma profonde sagesse. Et puis, au dernier moment, peut-être quelques heures avant la date fatidique, je m'agenouillerai dans une église et je supplierai Dieu de me pardonner tous mes péchés.

    Vous avez énormément changé, physiquement, par rapport à la période où vous aviez de drôles de lunettes et ne portiez pas la barbe. Quand ce changement dans votre aspect extérieur est-il intervenu et à quoi est-il dû ? // Anastassia Riazantseva

    Frédéric Beigbeder : J'étais très myope. Grâce à la science, aujourd'hui on peut opérer la myopie. C'est une intervention très rapide, nouvelle, qui coûte assez cher, mais je me suis dépêché de me faire opérer. On m'a opéré des deux yeux au laser. Voilà pourquoi je n'ai plus de lunettes. Il m'arrive d'en remettre pour faire joli... Pour ce qui est de la barbe, l'été 2006, j'étais en vacances en Corse avec une fiancée qui m'a dit : pourquoi tu te rases ? C'est vrai que c'était un peu la mode, c'était la mode des barbus, en France. Alors, je ne me suis pas rasé pendant deux mois, et depuis j'ai gardé la barbe, parce que j'ai remarqué que plein de nanas trouvaient ça mieux. Et moi, vous savez, je ne cherche qu'à plaire. S'il fallait, pour plaire, avoir une perruque blonde, je porterais une perruque blonde.

     

    Vous avez dit que vous étiez snob. Comment cela se traduit-il ? // Alexeï Petrov

    Frédéric Beigbeder : Je pense que le snobisme est inhérent à l'art. On cherche toujours à connaître avant les autres ce qui est bien, ce qui beau, ce qui est bon. Il y a un plaisir aristocratique dans l'activité esthétique et il ne faut pas avoir honte de l'assumer. Oui, j'essaie d'avoir de belles choses, de beaux livres, d'écouter le dernier album de Radiohead avant mes copains, d'écouter le dernier Cat Power avant qu'il ne soit sorti. J'aimerais bien être invité dans des soirées où mes copains ne le sont pas. C'est bête, mais c'est ce qui fait en même temps qu'on est un artiste, je crois. On cherche à trouver quelque chose de nouveau, une nouvelle forme de beauté avant les copains (Rires).

     

    Qu'est-ce que le bonheur pour vous ? Qu'est-ce qui vous rend heureux, et l'êtes-vous souvent ? // Dmitri Nazarevski

    Frédéric Beigbeder : C'est pas mal, ça. Etes-vous heureux souvent ? Parce que "êtes-vous heureux, point d'interrogation", on ne peut pas répondre. Mais "êtes-vous heureux ou souvent heureux ?",  là, je peux dire oui. Il y a des moments où l'on est heureux quand on prend des antidépresseurs... Mais, sérieusement, je ne sais pas ce qu'est le bonheur. C'est très difficile à définir. Est-ce que c'est le silence du malheur ? Est-ce que c'est de croire en Dieu, d'être amoureux, d'aimer un enfant ? C'est quelque part dans cette zone-là, j'en suis sûr. C'est parvenir à dire ce qu'on doit dire, à faire ce qu'on doit faire sur cette Terre. Quand on arrive, après un long et difficile chemin, à faire un livre, quand on est écrivain, et que ce livre ne vous déplaît pas trop, et que vous avez un petit peu l'impression d'avoir, avec vos maigres moyens, fait ce que vous vouliez faire, déjà, là, il y a des moments qui sont de grands moments de joie. Je ne sais pas si c'est du bonheur, mais il y a des moments de joie. Mais moi je suis quelqu'un qui se complaît aussi dans le malheur. J'adore les losers alcooliques malheureux qui se plaignent. Je ne suis pas sûr d'aimer tellement le bonheur. Je crois que le bonheur, ça fait grossir, et ça tarit l'inspiration, probablement.

     

    Avez-vous en Russie un traducteur attitré ? Est-ce que vos ouvrages sont traduits à chaque fois par des personnes différentes ? Comment pouvez-vous juger si une traduction est réussie ? Quelle est la personne à qui vous faites le plus confiance pour porter un jugement en la matière ? // Andreevitch Anton

    Frédéric Beigbeder : C'est délicat. Je ne parle pas le russe. Je suis obligé de faire confiance à quelques lecteurs. Je demande à Serguéï Parkhomenko, qui est mon éditeur, chez Inostranka. J'ai un agent, qui ne parle pas le russe, mais qui a des correspondants en Russie à qui il pose la question. Mon dernier manuscrit a été relu par son agence. Ils ont fait des remarques, que j'ai transmises au traducteur russe. Donc, malgré tout, il y a des moyens. Les journalistes et mes amis en Russie me disent que dans l'ensemble mes livres sont bien traduits, que ça correspond, que c'est le même langage. Ca n'a pas été toujours le cas. Dans le passé, il y a eu des livres qui étaient aseptisés, justement : la version française était nettement plus violente que la version russe. Comme si les Russes n'étaient pas assez évolués pour comprendre des trucs trash ou violents. J'espère que cela a changé.

     

    RIA Novosti : Vous n'avez donc pas qu'un seul traducteur ?

    Frédéric Beigbeder : Ca a changé, oui, il y en a eu plusieurs.

     

    Votre photo pour la campagne publicitaire des Galeries Lafayette a-t-elle été retouchée (pour ce qui concerne le torse) ? // Olga Gousseva

    Frédéric Beigbeder : Mais oui ! Ce qui m'a énervé, c'est qu'il y a plein de gens qui ont dit qu'on avait mis ma tête sur le corps de quelqu'un d'autre. Non. C'est bien moi. Simplement, comme pour n'importe quelle starlette, maintenant, toutes les photos sont retouchées, toutes les mannequins sont retouchées, les filles sont retouchées. Il n'y a pas de raison que je ne sois pas retouché moi aussi. Ca m'évite de faire de la gym. J'ai un ventre un petit peu relâché à force de boire de la vodka. Mais bon. Je suis quand même mince. Ils aplatissent le ventre, ils élargissent un peu les bras, les pectoraux. C'est un travail sur le logiciel Photoshop, qui est totalement habituel maintenant. Je peux vous garantir que les photos de Poutine, quand il est torse nu, elles doivent être retouchées aussi. (Eclat de rire)

    J'ai accepté de faire cette photo parce que, justement, je trouvais cela marrant, après avoir écrit un livre sur les mannequins, qu'on me demande de le faire. Et qu'il se passe exactement ce que je dis dans le livre. C'est-à-dire toutes ces histoires de retouches, de trucages. La réalité n'est pas dans la pub, si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui est marrant, c'est que dans la pub, on nous montre des physiques qui n'existent pas. C'est ce que je dis dans ce livre, Au secours pardon. Je fais plusieurs développements sur cela. Finalement, on fait désirer aux hommes et aux femmes des corps qui n'existent pas dans la réalité. C'est assez marrant que je me sois retrouvé, moi aussi, dans cette situation.

     

    Pourquoi dans nombre de vos livres, me semble-t-il, vous ne présentez pas un personnage fort de femme pour faire contrepoids à l'homme, qui est votre héros principal ? On a l'impression que vous humiliez les femmes dans vos romans. N'existe-t-il donc pas de femmes, qui avancent à égalité avec les hommes, d'un même pas ? J'attends votre réponse, une grande impatience au fond du cœur. // Youlia

    Frédéric Beigbeder : D'abord, ce n'est pas vrai, puisque dans Idéal il y une grande partie du livre dans laquelle ce sont des femmes qui parlent. Il y a ma mère - enfin, la mère d'Octave, je me trahis -, il y a l'ex-femme d'Octave, il y a le blog de Léna qui sont de grands pans du livre où je me suis mis dans la peau d'une femme et où je dis des choses très cruelles sur Octave. Octave en fait, s'en prend plein la figure dans le livre. C'est un salaud, un monstre, un lâche, un égoïste, une personne indigne. Beaucoup de ces femmes, c'est moi qui les fais parler et qui les rends extrêmement humaines (je l'espère), attachantes, intelligentes, profondes. Je montre leurs souffrances, leur enfance, leurs conflits avec les parent. Donc, ce n'est pas tout à fait juste de dire que mes bouquins sont des livres de macho misogyne, obsédé sexuel. C'est sûr qu'il y a de ça, mais je progresse. Et L'Egoïsme romantique est aussi un livre, je crois, où il y a de très beaux personnages de femme.

     

    Qu'est-ce qui prime pour vous : l'argent que l'on empoche pour une idée ou l'idée pour laquelle on vous paie ? // Sergueï

    Frédéric Beigbeder : Quelle est la différence ? (Rire) Je ne sais pas. Ce que je peux vous dire, c'est que quand j'étais jeune, j'ai beaucoup travaillé gratuitement. Aujourd'hui, je trouve qu'il est très agréable d'être très bien payé quand on fait quelque chose. Je n'ai pas honte de gagner de l'argent. Un jour, quelqu'un a demandé à Charlie Chaplin : pour quoi vous faites vos films? Et Chaplin a répondu : pour l'argent. Au départ, quand j'ai lu ça, j'ai trouvé ça très choquant. Tout de même : Le Dictateur, Les Temps modernes, ces grands films tellement émouvants, qui posent des questions très graves sur notre monde. Ce n'est pas possible qu'il ait fait tout cela pour l'argent. Mais en fin de compte, Molière, quand il faisait ses pièces, il comptait le nombre d'entrées, et il faisait payer. S'il n'y avait pas beaucoup d'entrées, il corrigeait sa pièce pour qu'il y ait plus de monde. Mozart, pareil. Mozart était très malheureux quand il écrivait un opéra ou une symphonie et qu'il n'y avait pas beaucoup de public. Il ne faut pas avoir honte. Un artiste n'est pas coupé du monde. Un artiste vit grâce à son public. Ca ne me choque pas. L'argent est un critère qui permet de mesurer l'amour que les gens portent à votre œuvre.

     

    RIA Novosti : Pourquoi avez-vous accepté de faire ce chat ?

    Frédéric Beigbeder : Parce que j'avais envie d'entendre ce que les lecteurs russes avaient à me dire sur ce livre. Et je suis assez heureux, car à part le tout début de l'interview, dans l'ensemble, j'ai l'impression qu'ils ont compris ce que je voulais dire. J'ai découvert la culture russe depuis une dizaine d'années et je m'y sens très bien. Et j'ai très envie de revenir souvent, peut-être même de venir habiter plus longtemps chez vous... Il y a des endroits où l'on se sent bien. J'ai visité beaucoup de pays. En Allemagne, je ne me sens pas très bien, en Angleterre pas bien du tout. Par contre, je me sens assez bien en Espagne. Je ne connais pas du tout la langue russe. Je ne parle pas du tout espagnol. Je parle plutôt bien allemand, mais je ne me sens pas bien en Allemagne. Depuis la première fois que je me suis rendu à Moscou, en l'an 2000, je suis tombé amoureux de ce pays. Il y a toutes les qualités, toutes les choses que j'aime. J'aime faire la fête, avoir des conversations littéraires interminables jusqu'à six heures du matin, j'aime les poètes clodos, j'aime l'alcool, les très jolies femmes, les milliardaires dépravés, les fleuves, les paysages, les nuages.

    RIA Novosti : Sergueï, dans votre dernier roman, c'est quelqu'un qui existe ?

    Frédéric Beigbeder : C'est plusieurs personnes qui existent. Chaque fois que j'entendais des choses complètement dingues prononcées par des mecs très riches et très cocaïnés, je les notais et je me disais : tiens, ça va aller pour Sergueï, ça. C'est très bien. Il y a un projet de film, vous savez, pour porter à l'écran Idéal. Il y a un grand projet, en France. On va peut-être commencer à écrire le scénario et venir le tourner en Russie. Ca sera la fête, ça. Un grand film, avec un Octave, une chapka, une grande barbe. Il y aura sûrement des Français et des Russes. Octave est français dans le livre. Il sera joué par un Français. Après, quand il rencontre toutes ces filles, il faudra faire d'énormes castings en Russie. J'espère que je serai convié à ces grandes cérémonies...

    RIA Novosti : Merci beaucoup pour ce long entretien.

     

     

     

     

     

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