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    La cigarette dans la ligne de mire en Russie

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    Par Vlad Grinkevitch, RIA Novosti

    Par Vlad Grinkevitch, RIA Novosti

    Les temps promettent d'être durs pour les fumeurs: mercredi, lors de sa première réunion de l'année, le gouvernement russe a approuvé le projet de loi "Sur l'adhésion de la Fédération de Russie à la Convention-cadre de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la lutte anti-tabac". Si cette loi est adoptée par la Douma (chambre basse du parlement russe), les compagnies de tabac et les fumeurs devront se préparer à de désagréables surprises. Les premières auront affaire à un accroissement des impôts et à la limitation de la publicité, les seconds, à la hausse du prix des cigarettes et à l'interdiction de fumer dans les lieux publics.

    Certes, les "terribles" mesures prises en France, par exemple, où depuis le début de l'année il est interdit de fumer dans les restaurants et les bars, ne sont pas prévues en Russie. Pas dans un avenir proche tout du moins. Cependant, si le pays ratifie la convention de l'OMS, au cours des trois prochaines années, il sera interdit aux producteurs russes de tabac d'employer dans les noms de leurs produits des termes comme "léger", "doux" et autres mots créant chez les fumeurs l'illusion que telle ou telle marque est inoffensive pour leur santé. De plus, au moins un tiers de la surface du paquet devra être réservé au message avertissant des dangers liés au tabagisme, et peut-être même ce dernier devra-t-il être accompagné d'une sinistre image représentant les poumons de fumeurs atteints d'un cancer, ou bien des dents jaunies par la cigarette. D'ici cinq ans, la Russie devra réduire au minimum la publicité pour le tabac, sinon l'interdire totalement, et assurer, à l'aide de mesures fiscales, l'élévation substantielle du prix des cigarettes, interdire ou restreindre la vente de tabac dans les magasins Duty free et interdire de fumer dans les lieux publics.

    La convention anti-tabac a été adoptée en mai 2003 à la 56e session de l'OMS. A ce jour, 172 pays, UE comprise, y ont adhéré. Mais les dispositions de la convention sont mises en oeuvre à différents rythmes. Par exemple, en Espagne, aux Pays-Bas, en Norvège et en Italie, il est déjà interdit de fumer dans les lieux publics. L'Australie, le Brésil, le Canada, Singapour et la Thaïlande se bornent quant à eux, pour l'instant, à représenter sur les paquets de cigarettes de terribles images mettant en garde contre les dangers du tabagisme.

    Les fonctionnaires russes sont certains que la convention-cadre de l'OMS est parfaitement conforme aux intérêts nationaux de la Russie. Le gouvernement a déjà chargé le ministère du Développement économique d'élaborer un projet de loi visant à mettre en conformité la législation russe avec les exigences de l'OMS. Evgueni Fedorov, président du Comité de la Douma pour la politique économique, a promis que les parlementaires examineraient et ratifieraient la convention anti-tabac dans les plus brefs délais. Des actions aussi énergiques de la part des hommes politiques s'expliquent probablement par des statistiques peu rassurantes.

    D'après les données de Rospotrebnadzor (Service fédéral pour la protection des droits des consommateurs et le bien-être de l'homme), au cours des 20 dernières années, le nombre de fumeurs a augmenté de 440.000 dans le pays. 65% des hommes, plus de 30% des femmes et plus de 3 millions d'adolescents fument. Les médecins affirment qu'un tiers des fumeurs réguliers sont voués à une mort prématurée. En 2006, 400.000 Russes sont morts de maladies provoquées par le tabac.

    Aussi étrange que cela puisse paraître, les représentants des compagnies de tabac ont accueilli la nouvelle de l'adhésion russe à la convention-cadre de l'OMS sereinement, voire même de façon bienveillante. "Il s'agit du premier pas vers la mise en place d'une base juridique pour la réglementation du secteur dans tous ses aspects": c'est ainsi qu'Artem Tchernis, directeur du département des problèmes corporatifs des compagnies affiliées à Philip Morris International en Russie et en Biélorussie, a commenté la nouvelle. Selon lui, jusqu'à présent, les compagnies de tabac "ont affaire à une réglementation fragmentaire, où toutes sortes d'actes législatifs sont élaborés et adoptés en l'absence d'une approche unique". Ce point de vue s'explique facilement: d'une part, une partie des dispositions de la convention sont soit déjà en vigueur, soit sur le point d'être appliquées, de l'autre, les producteurs de tabac sont certains que les fonctionnaires russes n'oseront pas "serrer définitivement la vis".

    La publicité pour le tabac est déjà interdite en Russie à la télévision, à la radio, dans les rues, dans les transports en commun et dans presque tous les lieux publics. Les producteurs de tabac concentrent leur activité publicitaire dans les points de vente et dans la presse. Mais il n'y aura pas d'interdiction totale de la publicité pour le tabac: en 2001, le président Vladimir Poutine avait qualifié un tel pas de contraire à la Constitution. Le projet de règlement obligeant les producteurs de tabac à réserver au moins 30% de la surface du paquet à la prévention contre le tabagisme, comme l'exige la convention, est déjà prêt pour la deuxième lecture à la Douma. En ce qui concerne la réglementation des prix, cela ne pose également aucun problème: la taxe sur le tabac augmente chaque année. Les producteurs paient actuellement au moins 2,84 roubles par paquet de cigarettes à filtres. D'ici 2010, ce chiffre atteindra 4,2 roubles.

    Les compagnies de tabac espèrent que leurs pertes, ne serait-ce qu'au cours des prochaines années, seront moins importantes ici que dans d'autres pays. Le fait est que, grâce aux prix bas - un paquet de cigarettes en Russie coûte, en moyenne, 40 roubles (1,11 euro), dans les pays de l'UE, le prix varie entre 3 et 10 euros - la demande de cigarettes dans le pays est bien plus importante qu'en Europe. La possibilité d'une brusque hausse du prix du tabac est pratiquement exclue, car, dans ce cas, le marché russe pourrait être envahi par la contrebande bon marché.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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