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    Présidentielle serbe: quel choix pour Moscou?

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    Par Elena Chesternina, RIA Novosti

    Par Elena Chesternina, RIA Novosti

    Les radicaux serbes célèbrent la victoire: leur candidat Tomislav Nikolic, membre du Parti radical serbe (dont le leader Vojislav Seselj se trouve actuellement en détention à La Haye, accusé de crimes contre l'humanité), a remporté le premier tour de l'élection présidentielle.

    Cependant, le décalage avec l'actuel chef de l'Etat, Boris Tadic, étant plutôt dérisoire, M. Nikolic pourrait bien s'incliner devant le président sortant au second tour.

    En fait, le choix à faire ne l'était pas tant entre des noms concrets qu'entre les différents chemins que peut emprunter la Serbie, et notamment entre les voies qu'elle peut choisir pour tenter de conserver la province du Kosovo. Bien qu'il évoque la nécessité d'entretenir de bonnes relations avec la Russie, Boris Tadic est sans aucun doute un homme politique pro-occidental. Certes, il estime qu'il faut maintenir le Kosovo au sein de la Serbie, comme d'ailleurs tous les autres candidats, à l'exception de Cedomir Jovanovic, leader du Parti libéral-démocrate et ancien allié proche du premier ministre assassiné Zoran Djindjic, qui a recueilli plus de cinq pour cent des voix. Mais en même temps, Boris Tadic cherche à rester assis sur deux chaises à la fois: selon lui, la perspective de perdre la province ne constitue pas encore un prétexte pour se quereller avec l'Occident en général et avec l'Union européenne en particulier.

    Tomislav Nikolic se montre quant à lui beaucoup plus résolu, menaçant de rompre les relations avec tous les pays qui reconnaîtront l'indépendance du Kosovo. Il se dit certain que la perspective d'adhésion à l'UE ne doit pas devenir une monnaie d'échange dans le cadre du règlement du problème du Kosovo. C'est sur la Russie que M. Nikolic mise en premier lieu. Ce n'est pas un hasard si pendant la campagne électorale, il a rappelé à ses électeurs les propos de Vojislav Seselj, selon lesquels les Serbes devaient être logiques et fermes dans leur russophilie et préconiser une intégration plus étroite entre la Serbie et la Russie, mais aussi avec d'autres pays slaves et orthodoxes. Au nom d'une telle intégration, ce "disciple" de Seselj est prêt à tout sacrifier, y compris l'adhésion de son pays à l'UE. D'autant que celle-ci n'existe que dans une perspective éloignée et n'est pas du tout garantie.

    Certaines garanties en la matière pourraient surgir après la signature entre l'UE et la Serbie de l'Accord de stabilisation et d'association, qui doit constituer la première étape sur le chemin de l'euro-intégration. Le document a été paraphé au mois de novembre dernier, mais sa signature dépend aujourd'hui des résultats du second tour de l'élection présidentielle, prévu pour le 3 février.

    Sur qui Moscou mise-t-il, Moscou qui tente de toutes ses forces de maintenir le Kosovo au sein de la Serbie, afin d'éviter l'apparition d'un précédent pour les républiques autoproclamées à ses frontières? Le choix sera-t-il effectivement fait en faveur du candidat pro-russe? C'est que la situation est loin d'être univoque. Premièrement, Tomislav Nikolic a menacé d'introduire au Kosovo des forces armées serbes en cas de proclamation de l'indépendance (bien qu'il ait précisé que la guerre devait être évitée à tout prix, il n'est pas évident que ce soit possible avec une telle approche). Or, un nouveau conflit dans les Balkans ne serait certainement dans l'intérêt de la Russie. Deuxièmement, au cours de la précédente élection, c'est le président sortant qui avait été soutenu par Moscou, quoique la situation fût à peu près identique, Tomislav Nikolic ayant remporté le premier tour. Le message de félicitations adressé par Vladimir Poutine à Boris Tadic à l'occasion de son 50e anniversaire a été une confirmation indirecte du fait que cette fois non plus, le Kremlin n'envisageait pas de changer d'avis. Le président russe lui a souhaité de la réussite dans ses activités politiques ultérieures. En Serbie, on a perçu l'expression "activités ultérieures" comme une allusion parfaitement claire.

    Quoi qu'il en soit, le sort du poste présidentiel serbe ne sera pas décidé à Moscou (bien qu'il soit significatif que les observateurs russes, à la différence des Américains et des Britanniques, aient été invités à participer à l'élection). Tout dépend maintenant du troisième acteur de la lutte politique serbe, à savoir du premier ministre Vojislav Kostunica, et plus particulièrement de la candidature qu'il choisira de soutenir en prévision du 3 février.

    Les divergences entre le chef du cabinet des ministres et le président sont notoires. Mais à la veille de l'élection, elles se sont aggravées (et ce, de nouveau à cause du dilemme Kosovo-UE) à tel point que Kostunica a refusé de soutenir Tadic, en misant sur Velimir Ilic du parti Nouvelle Serbie, qui n'avait manifestement aucune chance. En outre, un des enjeux de ce second tour sera le report des voix récoltées par Cedomir Jovanovic, autre outsider du premier tour. La question est maintenant de savoir si Kostunica acceptera un nouveau marché avec Tadic, dans l'objectif d'empêcher coûte que coûte les nationalistes d'arriver au pouvoir. La deuxième inconnue concerne la mobilisation des électeurs. Au premier tour, la participation a dépassé les 60%, un record depuis 1990. Si le taux de participation au second tour n'est pas inférieur, Tadic aura de bonnes chances de garder le pouvoir, étant donné que traditionnellement, ses électeurs démocrates préfèrent rester à la maison le jour de l'élection, à la différence de l'opposition qui est plus disciplinée.

    Une question beaucoup plus cruciale que celle de savoir qui sera le futur chef de l'Etat sera levée en février prochain: l'heure H est fixée pour la fin de l'hiver ou le début du printemps concernant la proclamation par le Kosovo de son indépendance. Tant Pristina (ouvertement) que l'Occident (de manière voilée) en ont parlé. Avant d'entreprendre des mesures qui marqueraient un point de non-retour, ils ont souhaité connaître le nom du futur président serbe, afin de savoir jusqu'où pourrait aller Belgrade en ripostant à la proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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