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    Démocrates vs républicains: rien n'est joué

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    Par Dmitri Gornostaïev, RIA Novosti

    Par Dmitri Gornostaïev, RIA Novosti

    La course présidentielle bat son plein aux Etats-Unis. Les primaires se sont déjà tenues dans l'Iowa, le New Hampshire, le Michigan, le Nevada et en Caroline du Sud (dans ce dernier Etat il ne s'agissait que de la primaire républicaine). La Floride est le prochain rendez-vous des candidats, ensuite viendra le Super Tuesday du 5 février, où 22 Etats se prononceront. Qui donc se qualifiera pour la dernière ligne droite?

    Parmi les candidats, ce sont les démocrates Hillary Clinton, ancienne première dame des Etats-Unis, et Barack Obama, sénateur de l'Illinois, ainsi que les républicains John McCain, vétéran du Vietnam et sénateur de l'Arizona, et l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, qui ont les plus grandes chances de remporter ces primaires.

    L'attention des observateurs de ces élections se concentre davantage sur les démocrates, dont les principaux candidats sont des personnages inhabituels pour les Etats-Unis, à savoir une femme et une personne de couleur. Deux prétendants pour deux précédents. C'est pourquoi nombre d'étrangers estiment que la plus grande inconnue de 2008 concerne le choix qui se fera entre un noir et une femme. Mais c'est à tort.

    Les positions des leaders de la course républicaine sont très fortes. Qui plus est, Giuliani et McCain semblent être des candidats plus stables que leurs adversaires. Ils n'ont peut-être pas autant de qualités manifestes que le "couple" démocrate, mais parallèlement à cela, ils ont moins de défauts. Par exemple, Mme Clinton, qui jouit de la cote de confiance la plus élevée dans le pays, reste néanmoins le candidat le plus impopulaire (c'est-à-dire qu'elle est le plus souvent citée en réponse à la question: "Pour qui ne voterez-vous en aucun cas?"). Quant à Barack Obama, beaucoup pensent qu'il ne possède pas suffisamment d'expérience pour gouverner le pays.

    En ce qui concerne John McCain et Rudy Giuliani, leur "cote d'impopularité" est nettement moins élevée que celle de Mme Clinton, et comparés au jeune Obama, ces deux candidats ont l'air d'être des hommes politiques bien trempés. Les observateurs américains estiment que démocrates et républicains aborderont les élections du 4 novembre avec des chances à peu près égales de l'emporter.

    Tel est notamment l'avis qu'a exprimé lors d'un entretien (avec l'auteur de cet article, ndlr.) l'un des principaux experts américains en campagnes électorales, Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l'université de Columbia. Il n'est pas du tout d'accord avec l'affirmation selon laquelle la lutte principale lors de ces élections se déroulera entre Hillary Clinton et Barack Obama. Les républicains obtiendront de bons résultats, selon lui, et les positions des représentants des partis adversaires seront très proches les unes des autres. A l'heure actuelle, il est encore prématuré de prédire la victoire de l'un des deux partis, et d'autant plus d'affirmer que la victoire se disputera entre Clinton et Obama. On peut faire entièrement confiance au professeur Shapiro: en novembre dernier, six semaines avant le vote dans l'Iowa, il avait prédit la victoire d'Obama dans une interview accordée à RIA Novosti. Il avait alors également estimé que Mme Clinton pourrait, avec une très grande probabilité, arriver troisième, et il avait raison. Pour ce qui est du Super Tuesday, cette fois-ci c'est plutôt Hillary Clinton qui devrait l'emporter, estime Robert Shapiro.

    Les primaires sont également une occasion supplémentaire pour les observateurs étrangers d'en savoir plus sur la conception de la politique extérieure des candidats. Bien que la politique internationale reste d'habitude plutôt hors du cadre de la campagne électorale, la guerre en Irak a cette fois-ci changé la donne. Les autres thèmes, qui n'ont pas trait à l'Irak, n'ont d'ailleurs pas grande importance. Les principaux sujets qui préoccupent les Américains et dont parlent tout de même les candidats sont les impôts, l'immigration clandestine, les armes, l'avortement et l'assurance sociale. Mais de temps à autre, tel ou tel candidat se prononce tout de même sur des problèmes relatifs au monde extérieur. Au cours de l'actuelle campagne électorale, chacun des candidats de premier plan, y compris les quatre principaux prétendants, a publié un article programmatique dans le magazine Foreign Affairs, le plus influent périodique aux Etats-Unis consacré à la politique mondiale. Et chacun d'entre eux y a mentionné la Russie.

    En somme, ces courtes thèses concernant la Russie comportent davantage d'appréciations négatives que positives. Tout le monde concède que le pays s'est renforcé mais chacun croit que ce fait est plutôt dangereux pour les Etats-Unis. John McCain appelle à exclure la Russie du G8 pour avoir utilisé le pétrole en tant que levier de pression sur ses voisins de la CEI. Rudy Giuliani la critique fortement en raison de la restriction des droits et libertés. Ces mêmes critiques sont formulées par Barack Obama et Hillary Clinton.

    Bien que Mme Clinton fasse preuve de l'approche la plus modérée et insiste sur la nécessité d'un dialogue avec la Russie, celle-ci a déclaré lors d'une de ses interventions (dans le New Hampshire) que Vladimir Poutine n'avait pas d'âme et ne pouvait en avoir une, puisqu'il avait été agent du KGB. Ces paroles ont été prononcées dans le contexte de la critique de la politique appliquée par George W. Bush, qui, selon Mme Clinton, a commis beaucoup d'erreurs. Elle faisait ouvertement écho aux propos du président américain qui avait dit avoir vu l'âme de Vladimir Poutine en le regardant droit dans les yeux lors de leur première rencontre. Or, si George W. Bush a pu y voir quelque chose, il est certain qu'en réalité, il n'y a rien. Ceci est parfaitement logique du point de vue des techniques électorales. Mais quoi qu'il en soit, Hillary Clinton ne croit pas être en droit de dicter au peuple russe quelle voie il doit choisir, quel pouvoir il doit élire et quel régime il doit soutenir.

    Barack Obama, qui a fait partie de la commission de Richard Lugar et s'est occupé au Sénat des problèmes de non-prolifération, a lui aussi des questions à poser à la Russie. En cas d'élection, M. Obama envisage de s'entendre avec Moscou sur la réduction ultérieure des armements.

    Selon Padma Desai, qui figure parmi les plus grands spécialistes des relations russo-américaines, les républicains McCain et Giuliani deviennent de classiques "faucons" lorsqu'il s'agit des relations avec le Kremlin, mais c'est Hillary Clinton qui lui semble être la mieux préparée à engager un dialogue avec la Russie. Dans son approche des relations avec la Russie, Hillary se laisse guider par le bon sens et préconise la négociation, a-t-elle estimé.

    Barack Obama se montre lui aussi prêt à négocier avec Moscou, indique Mme Desai, mais son approche semble être éloignée de la vraie diplomatie. M. Obama estime qu'il importe de réduire, partiellement et dans un esprit de coopération et de négociations, les arsenaux nucléaires russes. Mais en même temps, il cherche à garantir le statut quo des positions stratégiques des Etats-Unis, a ajouté l'analyste. Autrement dit, le terme de parité ne fait pas partie du vocabulaire d'Obama, ce qui peut témoigner de son inexpérience en matière de politique extérieure ou d'une banale rhétorique électorale patriotarde.

    Les primaires constituent une période unique. Il ne s'agit pas seulement d'une épreuve de force mais également du début d'une lutte réelle. La durée de la campagne électorale, composée de plusieurs étapes, permet aux citoyens d'étudier chacun des candidats souhaitant décrocher la victoire, à savoir le fauteuil de la Maison-Blanche. C'est en fait au cours de cette période que se forment l'équipe et la plate-forme politique du futur président. Chaque parole du candidat importe et chacune de ses erreurs risque de s'avérer fatale. Par ailleurs, l'électeur pourra lui rappeler chacun de ses mots lorsqu'il deviendra président.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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