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    Vladimir Poutine connaîtra-t-il le même sort que Mikhaïl Gorbatchev?

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    Par Grigori Melamedov, pour RIA Novosti

    Par Grigori Melamedov, pour RIA Novosti

    Il reste très peu de temps avant que la liste définitive des candidats à l'élection présidentielle ne soit connue. Mais si le nom du futur président ne suscite pratiquement aucun doute, la question d'une nouvelle configuration du pouvoir reste en suspens. Quant au sort ultérieur de Vladimir Poutine, rares sont ceux qui cherchent des parallèles historiques, or ils existent. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la comparaison entre Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev semble la plus vraisemblable.

    Il est difficile de trouver dans la nouvelle histoire de la Russie deux hommes politiques aussi dissemblables que Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev. Ils sont aux antipodes l'un de l'autre, sauf sur un point: les véritables intentions et l'avenir politique des deux présidents sont restés une énigme jusqu'aux derniers jours de leur mandat. Les experts politiques se sont demandés jusqu'au milieu de l'année 1991 si Mikhaïl Gorbatchev était prêt à sacrifier son pouvoir au nom des réformes qu'il avait engagées. A l'heure actuelle, on ne sait toujours pas si Vladimir Poutine est vraiment prêt à céder sa place à Dmitri Medvedev.

    De l'avis général, dans le cas de Mikhaïl Gorbatchev, l'incertitude provenait de ses hésitations, de l'absence de plan d'action. En ce qui concerne Vladimir Poutine, au contraire, on suppose qu'il y a un dessein astucieux que le président cache pour des considérations tactiques. Mais est-ce vrai? En effet, le système d'administration édifié par Vladimir Poutine est loin d'être aussi stable qu'on ne le croit, c'est pourquoi son champ de manoeuvre est en fait restreint.

    Le credo politique de Vladimir Poutine, l'idée maîtresse qu'il énonce depuis huit ans se réduit en un seul mot: la stabilité. Même le refus de briguer un troisième mandat a été justifié par Vladimir Poutine par le désir de mettre fin aux expériences politiques en Russie. Mais, à y regarder de plus près, la situation politique actuelle générée par Vladimir Poutine n'est rien d'autre qu'une nouvelle expérience: peut-être même la plus grandiose depuis dix-sept ans.

    Premièrement, une puissante structure politique - le parti Russie unie - a été créée dans le pays. En ce moment, on a tendance à la comparer au PCUS (Parti communiste de l'Union Soviétique), ce qui n'est pas tout à fait juste, bien entendu. Le PCUS avait pour base une idéologie irréfutable et la hiérarchie rigide de la nomenclature intérieure, ce que Russie unie ne possède pas. En outre, et c'est là l'essentiel, le PCUS était le noyau du système politique, alors que Russie unie n'est qu'un de ses éléments, même s'il est très important. La ressemblance entre le PCUS et Russie unie réside ailleurs: ils sont quelque chose de plus important que les partis.

    Au cours de ces huit dernières années, le parti Russie unie est devenu l'une des structures du pouvoir présidentiel, une sorte de "département aux affaires du parlement". En cette qualité, Russie unie n'a et ne peut avoir aucun concurrent, tout comme l'Etat ne peut avoir, par exemple, deux armées ou deux ministères identiques. Par conséquent, Russie unie représente, en fait, une institution politique qui diffère considérablement des autres participants aux élections législatives qui sont, en réalité, des partis au sens européen du terme, bien que très faibles.

    Les récentes élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) ont donné l'impression de n'avoir pas été assez démocratiques, peut-être, parce que les organisations qui y ont participé étaient très différentes, incomparables de par la place qu'elles occupaient dans le système politique: Russie unie et dix autres partis. Il est difficile de qualifier ce moyen d'élection du parlement autrement que de nouvelle expérience, très risquée par ailleurs.

    D'une part, une partie considérable des Russes éprouve le besoin d'avoir un parti d'opposition fort qui traduise leurs intérêts ou ne serait-ce que leur conception du monde. D'autre part, Russie unie a attiré à ses côtés de nombreuses personnes talentueuses ayant une perspective politique intéressante. Cependant, leurs points de vue politiques sont très différents. Dans un contexte de pluripartisme réel, ces leaders débutants appartiendraient à des partis différents, mais aujourd'hui, ils n'ont pas d'autre moyen de faire carrière que celui d'adhérer au "parti du pouvoir", d'autant plus que le pouvoir n'introduit aucune idéologie rigide. De ce point de vue, Russie unie rappelle le PCUS de l'époque de Mikhaïl Gorbatchev qui avait formé, à l'intérieur du parti, les leaders de la future opposition.

    La probabilité que l'histoire se répète est très grande, à plus forte raison qu'une autre expérience de Vladimir Poutine y contribue objectivement: la tentative de partager, d'une manière ou d'une autre, le pouvoir avec Dmitri Medvedev (successeur). L'aigle bicéphale est une belle image représentée sur les armoiries, mais un pouvoir détenu, en fait, par deux présidents ne peut être stable par définition. D'autant plus dans un pays où la tradition populaire, la Constitution et, l'essentiel, tout l'appareil des fonctionnaires ne reconnaissent qu'une direction autoritaire.

    L'expérience de l'apparition du parti Russie Juste a montré que l'appareil bureaucratique n'acceptait aucune alternative, même venant d'en haut et ne concernant que la chambre basse du parlement, sans parler de deux présidents. Même s'il y a une entente entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev sur la stricte répartition des rôles et même s'ils la respectent rigoureusement (ce qui arrive rarement en politique), la verticale des fonctionnaires - du ministre au chef de la préfecture de l'arrondissement - ne pourra pas fonctionner normalement tant qu'on ne saura pas clairement qui des deux hommes est le plus important. Vladimir Poutine a su venir facilement à bout des ambitions de divers groupes de l'élite politique. Mais s'il espère modifier leur mentalité, il provoquera plutôt une scission entre ses subordonnés, comme ce fut le cas du premier président de l'URSS.

    On peut être certain que la nouvelle génération de l'élite politique qui se forme au sein du parti du pouvoir s'efforcera d'obtenir le maximum de dividendes en profitant de cette situation. Il s'avère qu'après avoir déraciné l'opposition faible, Vladimir Poutine a créé toutes les conditions pour l'apparition de la nouvelle opposition.

    En est-il conscient? Probablement, oui, de même que Mikhaïl Gorbatchev était conscient de la menace de scission au sein du PCUS. Il se peut que Vladimir Poutine agisse ainsi sciemment en vue de créer plusieurs partis sur la base d'un seul et qu'il espère rester "au-dessus de la bataille". Y parviendra-t-il? Il lui sera peut-être possible (à la différence de Mikhaïl Gorbatchev) d'éviter une dualité du pouvoir dans le pays, de ne pas admettre les événements sortant du cadre constitutionnel, mais il est peu probable qu'il puisse subordonner à sa volonté des processus politiques aussi complexes et les diriger selon un scénario prévu d'avance.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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