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    Iran: les Six prennent Lavrov au mot

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    Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

    Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

    Les Six sont enfin tombés d'accord sur un nouveau projet de résolution du Conseil de sécurité sur l'Iran. Dans cette affaire, c'est le fait que le texte ait recueilli un consensus total qui est pour le moins étonnant. De plus, les Six ont adopté, en fait, la version russe du projet de résolution, sur laquelle le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait beaucoup insisté ces derniers temps. Rappelons ne serait-ce que sa rencontre, à la veille des consultations des Six à Berlin, avec la chef de la diplomatie israélienne Tzipi Livni. En réponse à l'appel de cette dernière à "faire preuve de fermeté" lors de l'examen des sanctions à l'encontre de l'Iran, M. Lavrov a déclaré dans un style qui lui est propre: Moscou se prononce "fermement" pour l'extension de la sphère de coopération de l'Iran avec l'AIEA, et non pour sa réduction.

    Par conséquent, le plus étonnant est que le projet n'ait pas été rejeté par tel ou tel pays, mais par l'Iran lui-même, plus précisément par son président Mahmoud Ahmadinejad.

    Pourtant, ce dernier projet de résolution ne tient pas seulement compte du progrès évident enregistré dans les contacts entre l'Iran et l'AIEA visant à clarifier les questions en suspens. Selon Sergueï Lavrov, le projet a été conçu de façon à ce que toutes les actions au Conseil de sécurité soient exclusivement orientées vers un soutien à l'AIEA. Autrement dit, la priorité dans le règlement du problème nucléaire iranien est accordée à l'AIEA, ce sur quoi a toujours insisté Moscou et ce qu'exige instamment Téhéran.

    Les mesures supplémentaires prévues par le projet en vue d'influer sur l'Iran (en plus de la résolution 1747) ne sont pas formulées comme des sanctions, mais comme des appels à tous les pays à rester vigilants en développant leurs contacts avec l'Iran afin de ne pas laisser passer, sans le vouloir, des violations du régime de non-prolifération des armes nucléaires.

    Enfin, le nouveau projet de résolution prévoit également la possibilité de négociations directes entre l'Iran et les Six (jusqu'à ce jour, elles sont menées par la troïka européenne: France, Allemagne et Grande-Bretagne), y compris les Etats-Unis. Notons qu'elles porteront non seulement sur le règlement du problème nucléaire de l'Iran et la garantie de ses droits légitimes au développement du nucléaire civil, mais aussi sur l'extension de la coopération économique avec Téhéran dans le domaine nucléaire, ainsi qu'en matière de problèmes régionaux.

    Que peut-il donc y avoir de meilleur, semble-t-il? Cependant, Mahmoud Ahmadinejad a qualifié la décision des Six d'adopter une nouvelle résolution sur le programme nucléaire iranien "d'erronée". Erronée, parce que Téhéran considère le problème nucléaire iranien comme "clos".

    Cette petite démarche de l'Iran est d'autant plus étonnante dans le contexte qui a précédé l'examen du projet de résolution. En effet, Moscou était presque le seul à se prononcer contre le durcissement des sanctions. Même la position de Pékin n'était pas tout à fait claire. Ce n'est probablement pas par hasard que Saïd Jalili, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran, s'est abstenu, après sa visite à Pékin effectuée à la veille des consultations, de répondre à la question de savoir quelle serait la position de la Chine sur les éventuelles sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU contre le programme nucléaire iranien.

    Le consensus total est plutôt un pas fait au-devant de Moscou par les autres membres des Six. En témoigne ne serait-ce que la façon dont les résultats des consultations ont été commentés par Washington et Berlin, où elles ont d'ailleurs eu lieu. Selon le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeyer, les Six ont consenti à "tendre la main à l'Iran" à condition qu'il accepte de coopérer. Selon le Département d'Etat américain, les ententes intervenues à Berlin témoignent de l'accentuation de l'isolement de l'Iran et de l'échec des tentatives de Téhéran de scinder les Six. Ces ententes "envoient un sévère avertissement à l'Iran pour qu'il accomplisse les exigences des résolutions du Conseil de sécurité".

    Il est évident que les consultations ne se sont pas déroulées dans une atmosphère aussi bienveillante que peuvent le laisser penser leurs résultats. La délégation russe et, en premier lieu, Sergueï Lavrov ont dû certainement lutter âprement pour un tel projet.

    Il est tout aussi évident que le projet de résolution adopté constitue, dans une grande mesure, un important crédit de confiance accordé moins à Téhéran qu'à Moscou. Il est vrai, on ne connaît pas les arguments avancés par le ministre russe à la table des négociations. Par contre, on sait qu'à présent, si Téhéran refuse une fois encore de remplir les exigences des résolutions précédentes sur l'arrêt de tous les types de travaux d'enrichissement d'uranium, ce n'est plus seulement à l'Iran qu'on demandera des comptes.

    Malgré le libéralisme apparent, le nouveau projet de résolution n'est pas si anodin. Il ressemble étrangement à une épée de Damoclès. On ne sait pas ce qui vaut mieux: le durcissement des sanctions ou cette chance accordée à l'Iran.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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