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    Qui a vu passer le GLONASS?

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    Système de navigation spatiale GLONASS (171)
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    Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti

    Par Andreï Kisliakov, RIA Novosti

    Le directeur de Roskosmos (Agence fédérale spatiale russe) Anatoli Perminov s'est probablement trompé d'adresse en évoquant en décembre des manigances de la part des concurrents du système russe de navigation par satellite GLONASS, qui avaient selon lui lancé des rumeurs sur sa démission prochaine. Mais peut-on seulement parler de concurrents dans le cas d'un système qui, comme on l'a compris, n'existe pas, et dont on ne sait d'ailleurs même pas quand il fonctionnera. Le 22 janvier, lors d'une réunion du collège de Roskosmos, le premier vice-premier ministre russe Sergueï Ivanov (entre autres chargé du programme GLONASS) a âprement critiqué l'Agence spatiale russe pour, on peut bien le dire, l'échec de ce programme.

    Rappelons que, conformément aux décisions du gouvernement, le système national de navigation spatiale devait être mis en service et être accessible au public sur le territoire russe avant fin 2007.

    Voici quelques extraits du discours prononcé par Sergueï Ivanov lors du collège de Roskosmos.

    "Nous avons des problèmes, entre autres, en ce qui concerne la mise ne place du GLONASS. De nombreuses questions relatives à son déploiement et son fonctionnement s'avèrent très difficiles à résoudre. L'accroissement des capacités des entreprises chargées du projet est insuffisant. La composition du groupement orbital ne garantit pas à 100% l'accès aux services (du système GLONASS) sur le territoire russe. Les appareils de bord n'ont pas atteint le niveau de fiabilité requis.

    Il est triste de constater que les appareils de navigation nationaux ne sont toujours pas en vente libre sur le marché russe. Certes, les premiers récepteurs GLONASS sont bien apparus, mais ils ont été épuisés aussi sec, comme à l'époque soviétique.

    Les défauts évidents de l'application du Programme fédéral "Système global de navigation" nous obligent aujourd'hui à perfectionner le GLONASS afin de porter ses performances à un niveau compétitif: celui du GPS.

    D'une part, c'est un coup dur, d'autre part, c'est dommage. Il s'avère en effet que ce programme est, pour l'instant, inconsistant sous tous les aspects possibles, aussi bien techniques et économiques qu'organisationnels."

    Commençons par le premier. Selon les estimations, pour couvrir entièrement le territoire de la Russie, il faut 18 satellites en fonctionnement permanent. Par conséquent, il faut avoir toujours en orbite une certaine réserve d'appareils afin de remédier à toute panne éventuelle et pour assurer un fonctionnement impeccable du système lors des travaux de routine.

    Mais, pour l'instant, le groupement orbital du système compte 16 appareils spatiaux. D'après les données de l'Institut central de recherche dans le domaine des constructions mécaniques, 13 d'entre eux fonctionnent en régime normal, deux autres sont à l'étape de mise en service, et le dernier est en cours d'entretien. Ce nombre de satellites en fonctionnement assure, en moyenne, 64% d'accessibilité sur le territoire russe pour un délai maximal d'attente des données de navigation de 3 heures.

    Pourtant, à la veille du Nouvel An, Anatoli Perminov avait indiqué que les satellites du GLONASS couvraient plus de 90% du territoire de la Russie.

    D'ailleurs, à quoi peuvent bien servir les satellites si leurs signaux sont diffusés dans le vide, en l'absence de récepteurs? Mais le problème essentiel est ailleurs: les cartes électroniques du territoire sont pratiquement inexistantes. Imaginons une immense maison construite au milieu d'un désert. S'étonnera-t-on du fait que personne ne souhaite y habiter?

    Peut-être fallait-il commencer par la cartographie du territoire, la conception et la vente de récepteurs fiables et bon marché, et la résolution des problèmes bureaucratiques des administrations, au lieu de multiplier en orbite des satellites qui ne font que tourner inutilement...

    En ce qui concerne le perfectionnement du GLONASS pour le porter au niveau du GPS américain (qui s'appuie sur la constellation de satellites NAVSTAR), ces efforts pourraient s'avérer aussi vains que de tenter de créer une voiture russe vraiment compétitive.

    Jugez par vous-mêmes. La navigation spatiale américaine est accessible à tous depuis plus d'une dizaine d'années. La marge de précision des mesures ne dépasse pas un mètre, tout cela pour un délai d'attente pratiquement négligeable. Les grandes corporations électroniques du monde investissent des millions de dollars dans le développement des récepteurs GPS qui deviennent de plus en plus petits. Leur coût est déjà tombé à 10-15 dollars. En 2008, des navigateurs GPS seront insérés dans presque toutes les caméras photo et vidéo afin d'enregistrer les coordonnées topographiques. C'est à présent le tour des téléphones et ordinateurs portables, des consoles de jeux et des lecteurs audio.

    Les récepteurs russes destinés au public, créés avec la participation de la Corée du Sud, sont assez encombrants, lourds et coûtent de 15.000 à 18.000 roubles (415 à 499 euros). Qui plus est, ils sont introuvables.

    Certes, la navigation par satellite et l'astronautique dans son ensemble sont nécessaires. Mais, si nous continuons à faire semblant d'atteindre des "sommets" pour le plaisir de contempler le processus lui-même, cette "politique" de façade ne tardera pas à avoir des conséquences négatives.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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