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    Les premiers porcs clonés du monde

    Clonage: on n'arrête pas le progrès

    © Fotobank.ru/Getty Images / Michael Smith
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    La Terre compte aujourd'hui plus de trois millions "d'hommes-éprouvettes", venus au monde grâce aux technologies reproductives issues de la biomédecine. Ce fait a été dévoilé à la tribune d'un congrès international sur le thème "Santé reproductive de la famille" qui s'est tenu à Moscou fin janvier, rassemblant des chercheurs de 18 pays.

    Par Tatiana Sinitsyna, RIA Novosti

    La Britannique Louise Brown, qui a été le premier bébé-éprouvette au monde, soufflera ses 30 bougies en juillet 2008. Sa naissance a bouleversé la Terre entière. Mais très vite, de nombreux pays ont commencé à utiliser cette méthode de reproduction assistée.

    L'Eglise protestait, avertissant qu'il s'agissait d'une intervention dans un domaine sacré, lourde de conséquences pour l'humanité. La majeure partie de la société rejetait également l'idée d'une maternité artificielle. Mais malgré tout, les idées de la biotechnologie continuaient de se développer.

    Les enthousiastes dans ce domaine scientifique sont, aujourd'hui encore, moins nombreux que leurs opposants. Les arguments "contre" sont essentiellement d'ordre éthique. La biomédecine est accusée de porter atteinte à la "volonté divine". Mais l'Eglise, qui ne laissait aucune place au compromis il y a 30 ans, juste après la naissance de Louise Brown, est aujourd'hui davantage encline à la tolérance, n'ayant pas d'autre issue que de bénir les bébés mis au monde contrairement aux règles "divines": que peut-elle faire d'autre? Ces bébés ne sont coupables de rien et n'ont pas à se sentir bannis de la société.

    Commentant l'idée de "l'immoralité" des biotechnologies, le professeur Guennadi Soukhikh, directeur du Centre scientifique d'obstétrique, de gynécologie et de périnatalogie, a souligné que l'on pouvait trouver des côtés "moralement justifiables" et "nécessaires pour l'Etat" même dans une question des plus immorales. En examinant le problème du clonage, on évoque souvent Dieu. "Je pense que s'il existe vraiment une certaine Raison universelle, le clonage — ou l'organisation de matières biologiques — semble être une page de l'évolution trop insignifiante, comparée à cette Raison, pour pouvoir produire un effet de portée globale ou galactique", a indiqué le chercheur. Si l'on pense uniquement au risque de créer un clone "monstrueux", alors il aurait mieux valu s'abstenir d'utiliser l'effet de la fission nucléaire ou la théorie du vide en physique, bref, il aurait mieux valu rester à l'âge de pierre, a ajouté l'académicien.

    La biomédecine gagne implicitement du terrain dans l'opinion publique, car son succès est dû aux problèmes accumulés par la civilisation. N'est-ce pas cette dernière qui a créé et porté jusqu'à l'absurde le culte des plaisirs sensuels? Les hommes et (surtout) les femmes sont mutilés par la "liberté des moeurs", par une vie sexuelle précoce et "désordonnée". Tout ceci épuise la nature humaine, qui n'assure pas complètement sa fonction de reproduction.

    Aujourd'hui un couple sur six dans le monde connaît des problèmes de fécondité. Les statistiques russes ne sont pas plus réjouissantes: le pays compte plus de 8 millions de couples stériles, alors que la situation démographique laisse à désirer. Ayant pris conscience de cet état de choses il y a déjà 15 ans, les autorités ont ajouté une nouvelle disposition aux Bases de la législation de la Fédération de Russie concernant la protection de la santé des citoyens. "Toute femme majeure en âge d'être fertile a droit à la fécondation artificielle et à l'implantation d'un embryon", indique la loi.

    La presse médisante a baptisé Louise Brown et ses "confrères" "petits-enfants de l'éprouvette". Or, en regardant le visage de Louise qui sourit à l'écran, dans la salle de conférences de l'Académie russe des sciences où se déroule le congrès, on voit une femme comme les autres. Avec une tendresse maternelle, elle serre dans ses bras un bébé qu'elle a mis au monde naturellement, au sein d'un mariage.

    Les rapports sur les dernières innovations en matière de génie cellulaire ont constitué le "clou" du programme de ce forum scientifique. Les chercheurs ont appelé différents pays à conjuguer leurs efforts dans ce domaine. Mais même les résultats scientifiques les plus impressionnants en matière de biotechnologies risquent de s'enliser dans la clonophobie, autrement dit, dans une peur massive de la perspective du clonage humain.

    Certes, ceci n'est pas pour demain, car le clonage reproductif humain est prohibé partout dans le monde. Mais les technologies cellulaires, capables de faire des miracles, sont aujourd'hui déjà extrêmement utiles dans un autre domaine, tout aussi important, à savoir celui de la santé publique. C'est ce que souligne l'académicien Guennadi Soukhikh: "Il ne faut pas oublier que les cellules souches comportent d'autres particularités intéressantes que leur aptitude au clonage. Elles peuvent aider la médecine à trouver un chemin vers la guérison de maladies fatales comme l'infarctus du myocarde, l'hémorragie cérébrale, la sclérose en plaques, les maladies oncologiques, la démence sénile et d'autres".

    Il est irrationnel d'interdire les idées et recherches scientifiques, telle est la position du chercheur. Pour lui, l'aspiration à développer la biomédecine et les technologies reproductives est une tentative pour en apprendre davantage sur les systèmes vivants, ne serait-ce que parce que les problèmes d'augmentation du nombre de cancers persistent et que la possibilité de prolonger la vie et de guérir les maladies aujourd'hui incurables est toujours tentante.

    Les scientifiques rêvent de créer des "pièces de rechange" pour l'organisme humain, afin de pouvoir le "réparer", tout comme on le fait avec les automobiles, les avions et les autres systèmes techniques. Des résultats sérieux ont déjà été obtenus dans ce domaine: on utilise des cellules souches pour créer des prothèses d'organes, un coeur humain a déjà été artificiellement créé aux Etats-Unis. Le grand chirurgien cardiologue Valeri Choumakov, décédé il y a peu, rêvait d'une telle "pièce de rechange".

    Pour les créateurs du coeur vivant, il ne reste qu'à résoudre la question de la compatibilité immunitaire: quel est le meilleur moyen de greffer une nouvelle "pièce" à l'organisme? La méthode la plus raisonnable serait de créer une sorte de "banque génétique" où l'homme pourrait, lors d'une période propice dans sa vie, déposer un échantillon de ses cellules, en vue de l'utiliser, si besoin est, en cas de maladie, de traumatisme ou de perte d'un organe. Il se peut que cela devienne réalité dans un avenir plus ou moins lointain.

    En attendant, les "bébés-éprouvettes" restent l'exploit le plus célèbre de la biomédecine. Mais la méthode de fécondation extracorporelle ne peut pas être qualifiée de parfaite. L'académicien Soukhikh préconise un nouveau domaine prometteur de la science, à savoir les technologies cellulaires, qui permettent d'influer sur le taux de natalité et d'augmenter le nombre d'enfants en bonne santé. Ces technologies permettent notamment de procéder à la correction d'anomalies génétiques chez le foetus. Des recherches en la matière sont déjà en cours en Russie.

    Mais quoi qu'il en soit, la question de savoir s'il existe une possibilité de procéder au clonage reproductif humain est la principale préoccupation des hommes. Cette question a trouvé une réponse nettement affirmative au cours du forum de Moscou. Les chercheurs ont par ailleurs souligné qu'une telle démarche devait être accomplie par des Etats responsables et au nom d'idées généreuses, mais qu'il importait d'abord d'élaborer plus en détails les clauses morales et de créer une base juridique appropriée. Mais l'essentiel est de détruire l'hypnose des dogmes, qui gèlent les recherches scientifiques dans ce domaine, sans arrêter la pensée des chercheurs…

    En effet, il est effrayant de penser qu'il puisse apparaître un "nouveau type" de personnes, ignorant les valeurs morales habituelles, privées de la mémoire historique du genre humain, qui nous seraient étrangères voire même peut-être hostiles, à nous qui vivons aujourd'hui. Mais certains ont une vision différente des choses: et si les "géants de la pensée", à l'origine d'un phénomène comme les "bébés-éprouvettes", réussissaient à créer un type d'homme d'ordre supérieur, physiquement idéal, grand intellectuel, parfait humaniste et moraliste exemplaire?..

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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