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    Bush proposera-t-il un nouveau Camp David à Abbas?

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    Par Andreï Mourtazine, RIA Novosti

    Par Andreï Mourtazine, RIA Novosti

    La deuxième tournée proche-orientale de l'année pour le président américain n'a réussi en aucune manière à éclaircir les perspectives d'établissement de la paix au Proche-Orient, ni dans l'ensemble, ni dans le détail. George W. Bush s'est rendu en Israël, en Arabie Saoudite et en Egypte et a mené des pourparlers avec les principaux hommes politiques de la région: le premier ministre israélien Ehud Olmert, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le président égyptien Hosni Moubarak, le roi d'Arabie Saoudite Abdallah ben Abdel Aziz et le roi Abdallah II de Jordanie. Le président américain a beaucoup parlé de la démocratisation du Proche-Orient, de la lutte contre le terrorisme, ainsi que de la nécessité d'un nouvel accord entre Palestiniens et Israéliens, mais il n'a rien dit de nouveau. Les Arabes attendaient de lui un plan concret de création d'un Etat palestinien, autrement dit, une nouvelle "feuille de route".

    Rien de sensationnel n'a eu lieu. Le maître de la Maison Blanche n'a annoncé ni nouvelle "feuille de route", ni dates approximatives pour de prochaines ententes. Il se peut que ses principales paroles aient été prononcées à huis clos. "En effet, il a parlé de la nécessité de créer des fondements pour les 60 prochaines années. Et le Proche-Orient comprendra certainement un Etat palestinien démocratique", a expliqué aux journalistes la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. Au cours des négociations, George W. Bush a réaffirmé son intention d'arriver à la signature d'un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens avant l'expiration de son mandat en janvier prochain, a-t-elle affirmé. La conclusion de ces accords et la création d'un Etat palestinien souverain "prendront un certain temps", a-t-elle indiqué, sans préciser de durée exacte.

    Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est bien moins optimiste dans ses prévisions."Effectivement, nous menons des négociations avec Israël, mais nous ne voulons pas donner l'illusion que de nombreux problèmes ont déjà été réglés", a fait savoir Mahmoud Abbas lors d'une conférence de presse à Charm el-Cheikh. Selon lui, pour l'instant, aucun dossier n'est clos dans les négociations avec Israël.

    Une question se pose: de quelle paix entre Palestiniens et Israéliens peut-il être question aujourd'hui? De celle qui existe déjà réellement entre le cabinet israélien actuel d'Ehud Olmert et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, leader du mouvement Fatah, dont le pouvoir ne s'étend qu'à un certain nombre de régions de la Cisjordanie? C'est le seul territoire où il est possible de proclamer dès aujourd'hui un Etat palestinien, mais il est peu probable qu'il puisse continuer à exister au cours des prochaines années sans bénéficier du soutien direct d'Israël, des Etats-Unis, ainsi que sans les subventions de l'ONU et des pays arabes. Rappelons que les résolutions de l'ONU sur le Proche-Orient prévoient la création d'un Etat palestinien non seulement en Cisjordanie, mais aussi dans la bande de Gaza. Qui plus est, Mahmoud Abbas, de même que son prédécesseur Yasser Arafat, insiste pour que Jérusalem Est devienne la capitale de cet Etat.

    J'admets qu'Israël est prêt, dans des conditions déterminées, à faire des concessions à Mahmoud Abbas et à remettre Jérusalem Est sous le contrôle des Arabes (cette idée avait été énoncée en 2000 par Ehud Barak, alors premier ministre), mais je n'imagine pas comment les hommes politiques modérés du Fatah pourraient reprendre le contrôle de Gaza. Le Hamas y fait la loi et Mahmoud Abbas ne peut lui retirer le pouvoir, puisque ce mouvement a d'abord remporté une victoire légale sur le Fatah avant de déclencher une émeute armée.

    En théorie comme en pratique, l'armée israélienne pourrait renverser le régime du Hamas dans la bande de Gaza et remettre le gouvernail au Fatah avec à sa tête Mahmoud Abbas, mais ce dernier ne l'acceptera pas, de crainte d'être accusé de collaborationnisme par les habitants de Gaza ainsi que par tous les Arabes.

    La vieille "feuille de route" proposée par le Quartette des médiateurs pour le Proche-Orient (Etats-Unis, Russie, ONU et Union européenne) en 2003 prévoyait que toutes les parties opposées reconnaissent mutuellement leur droit à l'existence, qu'elles renoncent à la violence et qu'Israël remette graduellement sous le contrôle des Palestiniens les territoires occupés pendant la guerre de 1967. Aujourd'hui, la situation est tout à fait différente: la Palestine est divisée, la bande de Gaza est gouvernée par le Hamas qui ne peut à priori pas reconnaître Israël. Le fait est que ses idéologues s'en tiennent toujours à la thèse d'origine de la Charte de l'Organisation de libération de la Palestine, adoptée en 1964 et qui prévoyait la destruction de "l'Entité sioniste" (Etat d'Israël), document publiquement rejeté (dans cette version) par Yasser Arafat.

    Certes, l'administration Bush peut élaborer une nouvelle "feuille de route", mais Washington ne pourrait l'appliquer que sur la moitié du territoire de la Palestine contrôlée par Mahmoud Abbas et le Fatah. Ce scénario est possible, mais il n'apporterait la paix qu'à la partie du peuple palestinien qui se trouve en Cisjordanie.

    Il n'y aura pas de guerre civile entre le Fatah et le Hamas, ne serait-ce qu'en raison de l'existence d'un puissant tampon entre les deux enclaves palestiniennes: Israël. Dans ce cas, la bande de Gaza resterait un territoire séditieux se trouvant entre Israël et l'Egypte. Il ne fait aucun doute qu'au cours des négociations, George W. Bush, Hosni Moubarak et Ehud Olmert ont débattu de l'introduction dans la bande de Gaza de forces de paix interarabes, dont l'ossature serait constituée de militaires égyptiens. Il ne faut pas oublier qu'avant la guerre de 1967 la bande de Gaza appartenait réellement à l'Egypte, qu'elle était gouvernée par une administration égyptienne. L'histoire pourrait se répéter.

    Une variante idéale pour l'administration Bush consisterait à jeter les bases d'un nouvel accord de paix au Proche-Orient qui pourrait être baptisé conventionnellement Camp David 2, par analogie avec les accords-cadres égypto-israéliens conclus en 1978 sous l'égide des Etats-Unis. Si George W. Bush propose ce scénario, les républicains pourront un tant soit peu compenser l'échec de leur politique proche-orientale en Irak.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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