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Israël affûte ses armes en prévision d'une frappe contre l'Iran

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Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti

Les frappes aériennes israéliennes contre les sites nucléaires iraniens ne sont plus qu'une question de temps. Bien entendu, si l'Iran persiste à développer ses propres technologies d'enrichissement de l'uranium. C'est un article du New York Times sur les récents exercices des forces navales israéliennes dans l'Est de la Méditerranée qui arrive à cette conclusion. Ces exercices ont fait beaucoup de bruit et suscité de nouvelles thèses de la part des experts sur l'éventualité d'un raid aérien contre les ouvrages nucléaires de l'Iran. Cette fois, le rôle de l'exécutant est réservé à Israël. Des "officiels anonymes de l'administration américaine et du Pentagone" ont déclaré au New York Times, qui avait "découvert" ces exercices, qu'ils devaient être considérés comme une "répétition d'un bombardement potentiel" des sites nucléaires iraniens.

Certains détails de ces deux semaines d'entraînement sont particulièrement significatifs: y ont participé plus de 100 chasseurs F-16 et F-15, ainsi que des hélicoptères et avions ravitailleurs qui ont volé sur 1.500 km, ce qui correspond à la distance entre Israël et le complexe iranien d'enrichissement de l'uranium à Natanz.

Et ce n'est pas tout: le premier ministre israélien Ehud Olmert a reçu ces jours-ci le principal "cerveau" du raid aérien israélien contre le réacteur irakien Osirak en 1981. Citons encore les derniers pronostics de John Bolton, ancien secrétaire d'Etat adjoint chargé des questions du contrôle des armements. D'après lui, Israël portera un coup dès cette année, mais après l'élection présidentielle aux Etats-Unis, afin de ne pas brouiller les cartes des républicains.

Comme on dit, le diable se cache dans les détails. Le fait qu'une nouvelle fuite du Pentagone et de l'administration américaine ait été organisée par des officiels, bien "qu'anonymes", la rend bien plus précieuse que les prédictions apocalyptiques d'attaque contre l'Iran faites par le célèbre journaliste d'investigation américain Seymour Hersh. Mais le commentaire de ces officiels "anonymes" est pour le moins curieux. D'après eux, le but de ces exercices était de montrer aux Etats-Unis et à d'autres pays qu'Israël est prêt à employer la force, s'il s'avère impossible de persuader Téhéran par des moyens diplomatiques de renoncer à l'enrichissement de l'uranium.

Bref, le commentaire va droit au but, surtout si l'on remplace "Etats-Unis" par "Iran". En fait, Israël a de nouveau rappelé à l'Iran et au reste du monde qu'il était prêt à empêcher Téhéran par tous les moyens possibles de développer ses propres technologies d'enrichissement de l'uranium.

Cette position d'Israël est évidente et argumentée. Que lui reste-t-il à faire si le guide spirituel et le président d'un pays qui développe ses propres technologies nucléaires, technologies qui lui permettront de créer une bombe atomique à la simple condition d'en avoir la "volonté politique", ne cessent de déclarer qu'il faut rayer l'Etat d'Israël de la carte du monde? Qui plus est, les dirigeants iraniens invitent les leaders du Hamas à lutter les armes à la main pour libérer la Palestine, naturellement, contre Israël.

Quelque chose saute aux yeux ces derniers temps dans la confrontation entre Israël et l'Iran. C'est d'abord un changement considérable de ton dans les déclarations d'Ehud Olmert à l'adresse de Téhéran, et ce, depuis sa récente visite aux Etats-Unis. C'est au cours de cette visite qu'Hillary Clinton et Barack Obama ont tous deux assuré Israël, leur "allié le plus fidèle" au Proche-Orient, de leur soutien inconditionnel en cas de son conflit armé avec l'Iran (John McCain, lui, n'a jamais laissé planer aucun doute sur ce soutien). Il est peu probable que les déclarations des démocrates s'expliquent uniquement par la campagne présidentielle. Ehud Olmert s'est également assuré ce soutien de la part du président Nicolas Sarkozy et du premier ministre britannique Gordon Brown.

La question de savoir s'il faut bombarder ou non les sites nucléaires iraniens a toujours été douloureuse pour Israël. Les experts israéliens n'ont jamais caché leur crainte que le pays ne se retrouve seul face à un Iran nucléaire. Et il y a de quoi. L'apparition d'une bombe atomique en Iran aurait un arrière-goût de verdict pour l'Etat hébreu. C'est pourquoi la question de savoir qui bombardera l'Iran, les Etats-Unis eux-mêmes ou Israël, a toujours été à l'ordre du jour dans les relations entre Tel-Aviv et Washington.

A en juger par l'article du New York Times, un consensus a été trouvé. Le problème est réglé. Quant à l'article en lui-même, il est, dans une certaine mesure, un avertissement lancé aussi bien à l'Iran qu'à la communauté mondiale. D'autant que les exercices et leur "couverture" médiatique ont coïncidé avec une nouvelle tentative de persuader l'Iran de renoncer à l'enrichissement de l'uranium. Quelle sera à présent la réaction des principaux intéressés?

Un nouveau "paquet de propositions" a été remis ces jours-ci à Téhéran par le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune Javier Solana. Ces propositions, qualifiées de "carotte", ont été élaborées par les six médiateurs internationaux chargés du dossier iranien (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU plus l'Allemagne). Elles prévoient, entre autres, d'apporter un soutien à l'Iran dans la construction d'un réacteur à eau légère sur la base de technologies modernes, des garanties dans le domaine des livraisons de combustible nucléaire, ainsi que d'autres préférences. L'Iran bénéficierait d'avantages dans les domaines du nucléaire civil, du commerce, des finances, de l'agriculture et des hautes technologies. Ces propositions sont, semble-t-il, très attrayantes, et les six fondent sur elles un espoir particulier.

Cependant, Téhéran s'en tient à sa position. Il considère toute exigence de mettre fin aux travaux d'enrichissement de l'uranium comme inadmissible. Sa dernière réponse est la suivante: "Pour l'Iran, l'arrêt de l'enrichissement de l'uranium se trouve au-delà de la ligne rouge. Nous devons posséder cette technologie".

Fait paradoxal: si l'Iran atteint un certain niveau sur le plan des technologies d'enrichissement de l'uranium, il s'agira également pour Israël d'une "ligne rouge", au-delà de laquelle le développement de la situation peut être suicidaire pour lui. C'est pourquoi des frappes aériennes ne sont pas du tout exclues.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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