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    Phobos, l'aventure reprend

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    Par Iouri Zaïtsev, expert de l'Institut d'études spatiales, pour RIA Novosti

    Par Iouri Zaïtsev, expert de l'Institut d'études spatiales, pour RIA Novosti

    Il y a 20 ans, en juillet 1988, les deux sondes interplanétaires Phobos étaient envoyées depuis le cosmodrome de Baïkonour. Le principal objectif de ce programme était d'étudier Phobos (en grec, la peur), un des deux satellites de Mars. Cette mission devait être polyvalente. Il était en effet prévu d'étudier également la Planète rouge depuis l'orbite de la sonde, ainsi que le Soleil, et d'effectuer des mesures de plasma sur l'itinéraire du vol et dans l'espace circummartien. Dans le cas où l'étude de Phobos par le premier appareil se serait avérée fructueuse, un des objectifs facultatifs consistait à étudier avec la seconde sonde spatiale l'autre satellite martien, Déimos (la terreur). Les deux sondes furent dotées d'appareils scientifiques complexes conçus grâce aux efforts communs de 14 pays et de l'Agence spatiale européenne.

    Malheureusement, ce programme ne put être entièrement réalisé. Début septembre 1988, la liaison avec Phobos-1 fut interrompue en raison d'une erreur de l'opérateur qui transmettait les ordres à l'appareil. Le système d'orientation se débrancha, et les batteries solaires se détournèrent de l'astre. Les systèmes de bord reçurent de moins de moins d'énergie et, au moment où le problème fut constaté, la sonde interplanétaire n'était plus à même de réagir aux puissants signaux radio envoyés depuis la Terre et d'accomplir telle ou telle instruction.

    Phobos-2, arrivée jusqu'à Mars, a pu réaliser un important volume de mesures. Cependant, après s'être approchée du satellite naturel de la Planète rouge afin d'envoyer sur sa surface des sondes spéciales et d'en effectuer une étude complexe, comprenant notamment des prises de vue vidéo, le contact avec elle fut perdu.

    L'échec essuyé doit être attribué aussi bien au fameux "facteur humain" qu'à un dysfonctionnement des appareils. En fait, le projet Phobos fut, pour l'astronautique russe, le point de départ d'une crise qui a persisté pendant des années.

    La préparation de la mission martienne suivante, Mars 96, dura environ huit ans en raison du désordre général et du chaos économique provoqués par les processus de restructuration en cours dans le pays.

    De par la composition et la masse de ses appareils scientifiques, la nouvelle sonde interplanétaire ne possédait alors aucun analogue parmi les moyens automatiques d'exploration de l'espace lointain. Mais, en raison d'une panne du booster, elle n'atteignit même pas la trajectoire du vol vers Mars.

    L'astronautique russe connut alors une période noire. Le financement des explorations planétaires était minime, tandis que les Américains et les Européens lançaient régulièrement des sondes vers Mars. Les sondes américaines sillonnent depuis plusieurs années la surface de la Planète rouge: il s'agit de "cousins" d'un robot russe qui n'a jamais volé dans l'espace et qui a trouvé refuge au musée de l'Institut d'études spatiales de l'Académie russe des sciences.

    A présent, la situation s'améliore, semble-t-il. Un programme national d'étude de Mars comportant plusieurs étapes doit commencer par le lancement, en octobre 2009, de la sonde interplanétaire Phobos-Grunt. Le coût de la mission, grâce à la construction de l'appareil spatial sous forme de module et à l'utilisation maximale de solutions techniques éprouvées, sera d'environ 1,5 milliard de roubles (40,7 millions d'euros), ce qui est relativement peu, en comparaison avec les standards mondiaux. A la différence de Mars-96, la nouvelle sonde sera mise sur orbite non pas par une fusée Proton, lourde et onéreuse, mais par le lanceur de classe moyenne Zenit. L'objectif principal du projet est de rapporter sur Terre des échantillons de sol de la surface du satellite de Mars.

    Phobos, malgré ses petites dimensions (seulement 20 km de diamètre), est un corps spatial extrêmement intéressant pour toutes sortes d'études, qui permettront d'en savoir plus sur les origines de la Terre et des autres planètes du Système solaire, et de percer bien d'autres mystères encore. Le fait est que, tout au long de leur existence, les planètes ont subi de nombreux changements liés à l'activité volcanique, au réchauffement interne, etc. Les petits corps célestes ont été épargnés par ces effets. Par conséquent, l'étude des vestiges de matière de Phobos permettra de comprendre la nature de la matière initiale, à partir de laquelle se sont formées les planètes du Système solaire.

    Pour effectuer les mesures au cours du vol interplanétaire et à la surface du satellite de Mars, un grand nombre d'appareils scientifiques seront installés sur la sonde. Il s'agira, entre autres, d'appareils destinés à étudier les propriétés du sol "sur place" et à sonder Mars à distance à partir de l'orbite de Phobos-Grunt. Un des objectifs de ces expériences est de choisir les régions les plus prometteuses pour les études suivantes prévoyant la descente d'appareils spatiaux sur la surface de Mars.

    Bien que la liste définitive des appareils scientifiques de la sonde ne soit pas encore bouclée, le plan général de la mission est déjà établi. Le vol vers Mars durera environ 10 mois. Une fois à proximité de la planète, la sonde restera pendant quelques mois sur une orbite proche de celle de Phobos et procèdera à son exploration.

    Il est prévu par la suite d'assurer une descente sur le satellite martien, où le prélèvement d'échantillons de sol sera l'un des principaux objectifs. Après les avoir expédiés à bord d'un appareil récupérable, la sonde continuera son travail et devra envoyer aux chercheurs pendant au moins un an des informations sur Phobos et sur Mars.

    La deuxième étape du programme russe d'études martiennes concernera l'exploration des régions de la surface de la planète choisies au cours de la mission Phobos-Grunt. A cette fin, un véhicule spécial (marsokhod) pourrait être envoyé sur Mars.

    La troisième étape sera la mission Mars-Grunt. Son principal objectif sera de rapporter sur Terre des échantillons de matière martienne.

    Selon Gueorgui Polichtchouk, constructeur général et directeur général de NPO Lavotchkine, qui coordonne la construction des appareils spatiaux pour Phobos-Grunt, il n'existe aujourd'hui aucun obstacle technique sérieux au succès de la mission. La préparation du projet touche à sa fin.

    L'étude de Phobos, niche délaissée des chercheurs occidentaux, représente un remarquable champ d'activité pour leurs collègues russes. Mais, si le projet n'est pas réalisé en 2009 et reporté à plus tard, la configuration de la Terre et de Mars du point de vue balistique sera moins favorable. En outre, les pertes scientifiques, mais aussi morales et politiques, seront alors considérables, car, une fois de plus, la Russie échouera à remplir ses engagements devant ses partenaires étrangers.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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