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    Revue de la presse russe du 17 septembre

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    MOSCOU, RIA Novosti

    Vremia novosteï

    Gaz: Bakou et Gazprom discutent d'éventuelles opérations d'échange

    Bakou propose d'approvisionner en gaz le Daghestan voisin en échange de livraisons de gaz russe au complexe chimique Petkim, situé dans l'ouest de la Turquie et dont la Compagnie pétrolière nationale azerbaïdjanaise (SOCAR) est depuis peu copropriétaire, lit-on mercredi dans le quotidien Vremia novosteï.

    Cela assurerait aux deux parties un avantage en matière de transport du gaz. Il s'agit apparemment de volumes initiaux de 1 à 1,5 milliard de m3 par an.

    Selon les estimations d'Elchar Nassirov, vice-président de la SOCAR chargé des investissements et du marketing, le Daghestan a des besoins à hauteur de 3 milliards de m3 de gaz naturel par an, sa propre extraction se situant à environ 1,5 milliard de m3. Il n'a pas précisé les besoins de Petkim. Cependant, on sait que ce dernier a demandé fin août à un organisme turc approprié l'autorisation d'importer un milliard de m3 de gaz (probablement, en provenance d'Azerbaïdjan). Un peu plus tôt, le 30 juin, le consortium SOCAR-Turcas-Injaz avait signé avec le gouvernement turc un accord sur le paiement de la transaction d'achat du bloc de contrôle de Petkim. Aux termes de l'accord, sur la somme prévue de 2,04 milliards de dollars pour 51% des actions du complexe, le premier versement effectué s'est élevé à 1,66 milliard de dollars, le reste devant être versé dans les trois ans.

    "Il est notoire que le gaz turkmène passe au Daghestan en contournant la Caspienne et, pour le livrer à la Turquie, il faut franchir quelques milliers de kilomètres, qu'il s'agisse du gaz azerbaïdjanais ou russe, a expliqué Elchar Nassirov. C'est pourquoi cet échange a été proposé. Pour l'instant, il n'y a pas de réponse positive, mais Gazprom nous a proposé de livrer tout simplement du gaz au Daghestan. Nous étudierons cette question, après quoi nous informerons les dirigeants de Gazprom."

    Au sein du monopole gazier russe, on a refusé de commenter les détails des négociations, qui en sont au stade initial, mais une source interne s'est toutefois déclarée satisfaite du lancement d'un dialogue concret. "Il s'agit déjà d'une conversation concrète, et non de l'étude de projets virtuels", a-t-il déclaré, faisant allusion au gazoduc Nabucco pour lequel les Européens recherchent activement des ressources gazières, sans succès pour le moment.

    D'ailleurs, pour l'instant, la discussion sur cette opération de swap n'est pas très convaincante d'un point de vue économique. Certes, Gazprom peut se permettre d'acheter du gaz azerbaïdjanais au prix européen, mais le livrer par la suite au Daghestan serait insensé, car ce ne sera pas rentable. Le prix de mille m3 de gaz pour l'industrie de la région est de 1.806 roubles (environ 71 dollars). Alors que le prix européen dépasse actuellement les 500 dollars. Il en est de même pour les livraisons de gaz russe à Petkim. La distance à parcourir est bien plus grande que jusqu'au Daghestan et l'itinéraire est coûteux, car il passe par le fond de la mer Noire, par le gazoduc Blue Stream.

    Vedomosti

    Ioukos: refus de liberté conditionnelle pour une ex-employée enceinte

    Svetlana Bakhmina, ancienne juriste de Ioukos, restera en détention pour au moins quelques mois encore, lit-on mercredi dans le quotidien Vedomosti.

    Le juge n'a pas seulement laissé derrières les barreaux l'ancienne employée de l'ex-empire pétrolier de Mikhaïl Khodorkovski: il a également, en fait, condamné à la détention son troisième enfant jusqu'à sa naissance.

    Svetlana Bakhmina n'est ni un assassin, ni un voyou. Juriste de formation, elle avait travaillé chez Ioukos en qualité de chef adjoint du département juridique. Elle avait été condamnée pour avoir détourné des actions de Tomskneft et pour fraude fiscale; les sanctions disciplinaires dont elle avait été frappée ont été levées, et l'administration pénitentiaire a relevé son comportement exemplaire. Elle travaille dans la section de la discipline et de l'ordre. Svetlana Bakhmina a plaidé coupable et s'est repentie. Néanmoins, le tribunal du district de Zoubovo-Polianski (Mordovie) a refusé de la mettre en liberté conditionnelle, peut-être afin de marquer le coup pour l'Année de la famille...

    Le problème ne se borne pas au sort de l'ancienne juriste de Ioukos et de ses proches. Refusant de libérer Svetlana Bakhmina, l'Etat envoie un signe clair aux employés de toutes les compagnies (comptables, juristes, financiers et directeurs): pour le montage de toutes sortes de schémas fiscaux, ils seront condamnés aux mêmes peines, ou presque, que les dirigeants et propriétaires des compagnies qui les ont élaborés. Enfin, comme l'a montré l'expérience de Mme Bakhmina, les enfants ne permettent pas de se soustraire à la longue durée de détention pour crimes économiques. Qui plus est, la détention est encore plus pénible dans ce cas.

    L'affaire Ioukos fournit de nombreux exemples de cruauté extraordinaire à l'égard de ceux qui y figurent. On se souvient qu'en janvier dernier, la Cour suprême a refusé de libérer Vassili Aleksanian, ancien vice-président de la compagnie, qui n'a pas encore été reconnu coupable et qui, en moins de deux ans passés en détention, est devenu aveugle et a été atteint de plusieurs maladies mortelles. Néanmoins, le cas de Svetlana Bakhmina est particulier, c'est un nouveau signal envoyé par l'Etat aux entreprises et à la société dans son ensemble.

    RBC Daily

    L'UE prête à coopérer avec Gazprom

    La Commission européenne a autorisé Enia S.p.A et des structures contrôlées par Gazprom à racheter le fournisseur italien Enia Energia, lit-on mercredi dans le quotidien RBC Daily.

    Les membres de la Commission ont également qualifié hier de conforme à la loi l'accord entre le géant russe du gaz et l'italien Eni, qui réalisent à parité le projet de gazoduc South Stream. De l'avis des experts, l'approbation de la Commission européenne atteste que, malgré la crise sud-ossète, l'UE est prête à coopérer avec le holding russe et qu'il n'est question, pour l'instant, d'aucun "isolement".

    Eni Energia va donc être rachetée par trois compagnies à la fois: le holding italien Enia S.p.A, l'autrichien Centrex Europe Energy & Gas AG (fondé par Gazprombank) et ZMB GmbH (contrôlé par Gazprom). La Commission européenne a établi que cet achat ne créerait pas d'avantages concurrentiels, car ni Centrex, ni Gazprom, ni aucune compagnie contrôlée par eux ne détiennent une part importante sur les marchés du gaz et des capacités de production en Italie. En outre, Gazprom ne livre à l'Italie qu'une partie insignifiante de tout le gaz italien importé. Enia S.p.A ne satisfait de même qu'une petite partie des besoins du pays en combustible bleu.

    En effet, la dernière acquisition de Gazprom n'est pas considérable, reconnaît Svetlana Savtchenko, directrice du département des projets d'investissement de la compagnie 2K Audit - Delovye konsoultatsiï, mais n'importe quel actif énergétique européen est très important pour Gazprom, car le renforcement de sa présence sur le marché énergétique de l'UE est une des priorités du holding gazier russe.

    Svetlana Savtchenko estime que l'approbation aussi bien de ce rachat en Italie que de l'accord sur le South Stream est une surprise particulièrement agréable, car elle prouve, une fois de plus, que, malgré la crise sud-ossète, l'UE est prête à coopérer avec le holding russe, et pas seulement au niveau de l'achat des volumes nécessaires de gaz, ce qui prouve qu'il n'est pour l'instant question d'aucun "isolement".

    L'accord sur le South Stream a été approuvé grâce, pour beaucoup, aux importants efforts déployés par les compagnies allemandes et italiennes, qui ont des liens avec la Commission, estime Dmitri Abzalov, expert du Centre de conjoncture politique de la Russie. Elles ont été rejointes par des compagnies autrichiennes, ce qui s'explique par l'éventuelle création en Autriche d'un des centres de distribution du gaz dans le cadre du South Stream. En outre, la Commission commence à comprendre qu'il n'y a pas d'alternative au projet russe, que le Nabucco piétine et, de plus, suppose l'utilisation du gaz iranien. Mais l'attitude de l'Union européenne à l'égard du président iranien est froide, pour ne pas dire plus, c'est pourquoi elle a choisi de deux maux le moindre, a résumé Dmitri Abzalov.

    Kommersant

    Ukraine: l'Europe s'éloigne mais reste en vue

    Il est peu probable que les politiques ukrainiens qui ont fait une croix sur la coalition "orange" se soient souciés du développement tranquille et progressif du pays, lit-on mercredi dans le quotidien Kommersant.

    Le pays qui a le niveau d'inflation le plus élevé en Europe n'a évidemment pas besoin d'une nouvelle crise parlementaire. De plus, compte tenu de la tension qui augmente en Crimée, l'Ukraine ne peut se permettre aucune paralysie dans le domaine de la sécurité. "L'avenir européen", sans parler du Plan d'action pour l'adhésion à l'OTAN, peut être considéré comme renvoyé aux calendes grecques, car l'Occident ne négocie pas sur ce genre de questions avec un pays sans gouvernement stable. Pourtant, l'Ukraine a eu objectivement une chance de se rapprocher de l'UE: après le conflit en Géorgie, les pays occidentaux ont en effet sérieusement examiné la possibilité d'envoyer à Kiev un signal fort.

    L'organisation de nouvelles élections, elle aussi, semble peu convaincante. La population est fatiguée de l'interminable succession des campagnes électorales, et il n'est pas certain qu'elle soutienne les partis principaux. Dans ces conditions, Notre Ukraine, la formation du président Iouchtchenko, pourrait disparaître de la scène politique, quant au Bloc Ioulia Timochenko et au Parti des régions de Viktor Ianoukovitch, ils ne peuvent pas non plus être certains d'un succès étourdissant.

    Dans les années à venir, l'Ukraine connaîtra très probablement une sorte d'interrègne, où les vieux slogans et concepts sont déjà morts, où les anciens politiques manifestent une impuissance de plus en plus prononcée, et où les nouveaux visages et idées se font attendre. Des élections sans amendement de la Constitution n'ont pas beaucoup d'importance dans la situation actuelle, où la lutte se fait seulement pour le pouvoir, et non pour un programme de développement du pays. En outre, des élections visant à amender la Constitution, supprimer de facto le poste de président et installer un système bipartite qui scinderait le pays en deux seraient trop risquées.

    Il n'est cependant plus possible d'annuler les changements structurels qui se sont produits en Ukraine après la "révolution orange", ou à cause d'elle. Aucune "coalition pro-Kremlin", comme des observateurs malveillants ont surnommé l'alliance potentielle du BIT et du Parti des régions, ne consentira aujourd'hui à placer l'Ukraine dans une situation de subordination par rapport à la Russie, ce qui s'explique par plusieurs raisons. Premièrement, la transition entamée vers les prix mondiaux pour les hydrocarbures est irréversible, ce qui rend inutile toute expression de loyauté politique. Deuxièmement, c'est le verdict des urnes et non la référence à l'étranger qui s'est imposé comme le moyen universellement reconnu pour la résolution des conflits politiques, bien qu'il ne soit pas toujours efficace. Troisièmement, les simples Ukrainiens, tout comme les cercles dirigeants, envisagent en effet un "avenir européen", ce qui sera essentiel dans la formation de nouveaux leaders.

    Par Arkady Moshes, directeur du programme russe de l'Institut finlandais des relations internationales.

    Nezavissimaïa gazeta

    Un nouvel obstacle pour le Nabucco

    La guerre géorgienne pourrait obliger l'UE à réviser sa stratégie visant à diminuer sa dépendance croissante envers les importations de gaz russe, car la Géorgie est l'élément-clé de tous ces projets, lit-on mercredi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

    La Russie a de facto établi un contrôle efficace sur les gazoducs et oléoducs qui traversent la Géorgie, en se réservant le droit d'y bloquer le transport des hydrocarbures. Moscou a montré qu'il était capable de couper ces livraisons. Bien que la guerre, courte mais intense, n'ait pas menacé le gazoduc sud-caucasien, ou les oléoducs Bakou-Soupsa et Bakou-Tbilissi-Ceyhan, ce dernier ayant une capacité d'un million de barils par jour, la Russie a fait émerger les risques de la stratégie de l'UE qui se fonde sur le transport par la Géorgie des hydrocarbures azerbaïdjanais, et potentiellement kazakhs et turkmènes.

    Si le conflit n'a pas augmenté le risque de ce pari sur la Géorgie en tant qu'Etat-clé pour le transit, il a au moins accentué le sentiment de risque sur ce point. A long terme, les conséquences psychologiques pourraient, plus que la guerre elle-même, nuire à l'apparition du corridor énergétique Asie centrale-Occident à travers le Caucase.

    Bien que le conflit en Géorgie n'ait pas d'influence directe sur l'itinéraire du gazoduc Nabucco (qui va de la Turquie vers l'Autriche), le niveau élevé de risque pour la sécurité dans ce pays représente encore un obstacle à surmonter pour ce projet soutenu par l'UE. Le fait que la Russie peut à tout moment provoquer des défaillances ou un arrêt total du fonctionnement du gazoduc sud-caucasien, dont le gaz passera ensuite dans le Nabucco, est en mesure de forcer l'Union européenne à réexaminer la question suivante: le soutien politique apporté au projet Nabucco est-il capable de garantir une plus grande indépendance énergétique envers la Russie?

    Un sentiment de risque accru pour les livraisons de gaz par le Nabucco pourrait tout simplement provoquer l'effondrement du projet, ce qui sera encore plus probable dans le cas d'une hausse du coût de construction du gazoduc, qui fera plus de 3.000 km. Le Nabucco pourrait également se heurter à des difficultés financières supplémentaires, dans la mesure où ses actionnaires seront contraints de résoudre un double problème: des crédits et une assurance plus chers en raison des risques élevés pour la sécurité, liés notamment à la situation en Géorgie, et des risques commerciaux plus importants concernant le remplissage du gazoduc.

    Les risques plus élevés du transit géorgien et les faibles perspectives de réalisation du Nabucco augmentent l'attrait du projet South Stream proposé par Gazprom, qui doit passer par le fond de la mer Noire en Bulgarie pour se diviser en deux branches acheminant le gaz en Europe du Sud et en Europe centrale. La demande de gaz en Europe peut justifier soit la construction du South Stream, soit celle du Nabucco, mais pas les deux. Il semble que, si la Commission européenne et les gouvernements des pays de l'UE ne se prononcent pas unanimement pour le Nabucco, ce projet n'ait aucun avenir.

    Ces articles sont tirés de la presse et n'ont rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

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