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    Israël: le futur dans le passé?

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    Par Maria Appakova, RIA Novosti

    Par Maria Appakova, RIA Novosti

    Le coup d'envoi a été donné à la campagne électorale en Israël, alors que Tzipi Livni, nouveau leader du parti au pouvoir, n'a pu former une coalition gouvernementale. Il ne reste qu'à fixer la date des élections anticipées.

    Mais ce n'est là qu'une question d'ordre technique: une semaine plus tôt ou plus tard, cela n'a pas d'importance. L'important est ailleurs: le règlement de tous les problèmes fondamentaux, y compris la poursuite des négociations avec les Palestiniens et les Syriens, est reporté à des temps meilleurs. Le rêve du président américain George W. Bush de réconcilier Israéliens et Palestiniens avant la fin de son mandat présidentiel ne s'est pas réalisé. Son successeur aura peut-être plus de chances dans sa quête des lauriers de "faiseur de paix".

    Un nouveau maître de la Maison Blanche aux Etats-Unis, une nouvelle Knesset et un nouveau premier ministre en Israël: le moment est, semble-t-il, on ne peut plus propice à une intensification du processus de paix. Mais est-ce que les élections en Israël pourront effectivement changer radicalement la situation dans la région?

    Les élections législatives anticipées sont loin d'être une chose rare en Israël. Depuis 1988, la Knesset n'a plus réussi à aller au bout de son mandat de quatre ans. Les chassés-croisés gouvernementaux dans l'Etat hébreu sont d'ailleurs encore plus fréquents.

    Mais cela n'apporte pas toujours des changements radicaux aussi bien dans les affaires intérieures d'Israël que dans ses rapports avec le monde qui l'entoure, avant tout avec ses voisins arabes. Les prochaines élections mettront en évidence cette tendance d'une manière particulière. La modification du nombre de sièges de tel ou tel parti à la Knesset ne changera en rien la situation, et si l'on parvient à mettre en place une coalition, elle ne sera probablement pas stable. Et si tel ou tel gouvernement réussit toutefois à se maintenir, cela n'aura lieu qu'au prix d'un renoncement à toute décision pouvant susciter d'âpres débats.

    Les paramètres des accords de paix figurent parmi ces problèmes "névralgiques". Rares ont été les premiers ministres israéliens à avoir réussi à arriver à leurs fins en manoeuvrant habilement entre les différents blocs politiques. Ariel Sharon était à ce titre une exception. On dit que le rôle de leader charismatique pourrait également être joué par Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères dans le dernier gouvernement israélien, et nouveau leader du parti Kadima au pouvoir. Mais, pour cela, elle doit remporter les élections et essayer à nouveau de former un gouvernement. Sa première tentative en ce sens a échoué en raison des exigences démesurées du parti Shass en matière d'amendement du budget.

    Le rapport des forces à la nouvelle Knesset sera-t-il à l'avantage de Tzipi Livni? D'après les sondages, il est peu probable que le parti Kadima parvienne à devancer considérablement son rival le Likoud, parti dirigé par Benjamin Netanyahu. Par conséquent, on ne sait pas encore qui pourra former le gouvernement. Mais, même en cas de réussite, Tzipi Livni n'a pas beaucoup de choix: Avoda, son allié potentiel le plus proche, parti dont les points de vue sur le processus de paix sont les plus semblables, devrait perdre un grand nombre de sièges à la Knesset. Hélas, le sort des négociations dépendra à nouveau de petits partis, dont les appétits budgétaires ne changeront probablement pas beaucoup. Bien plus, de nombreux partis de ce genre ne semblent pas du tout prêts à faire des compromis, et leurs points de vue se rapprochent plus de ceux de Benjamin Netanyahu.

    Le leader du Likoud s'est déjà lancé dans la campagne électorale en exposant à la Knesset sa vision du processus de paix. M. Netanyahu dit aspirer à la paix aussi bien avec les Palestiniens qu'avec les Syriens, mais il juge impossible de restituer les hauteurs du Golan à la Syrie et la plus grande partie de la Cisjordanie à la Palestine, sans parler du partage de Jérusalem. En fait, cela signifie la fin du processus de négociations actuel et l'anéantissement de tout ce qui a été fait par le précédent premier ministre Ehud Olmert, avec Tzipi Livni, qui a participé à tous les pourparlers avec les Palestiniens. L'examen des détails du processus de paix a déjà atteint la ligne rouge que Benjamin Netanyahu promet pourtant à ses électeurs de ne pas franchir. Cela revient à perdre encore quelques années.

    En ce qui concerne le dossier syrien, il n'y aura rien à débattre si le sort des hauteurs du Golan est exclu de l'ordre du jour, bien que, semblait-il, ces négociations aient dernièrement bougé du point mort pour la première fois depuis huit ans. D'ailleurs, Benjamin Netanyahu n'est pas un exemple de fermeté. Il a déjà connu l'expérience de la signature d'accords avec les Palestiniens à l'époque où il était premier ministre (1996-1999). Bref, en cas de victoire du Likoud, le processus de paix ne devrait pas être entièrement gelé. Mais il pourrait revenir quelques années en arrière, reproduire le chemin récemment parcouru, pour en arriver finalement au même point qu'aujourd'hui: ou bien les décisions radicales et les compromis douloureux, ou bien, au mieux, un piétinement et, au pire, une nouvelle aggravation de la situation en matière de sécurité.

    Les Israéliens se trouvent enfermés dans un cercle vicieux: des dirigeants prêts à tels ou tels compromis, mais n'ayant aucune chance de faire adopter leurs promesses par la Knesset sont remplacés par d'autres, plus réservés au cours des négociations, mais qui, en fin de compte, cédant à la pression des circonstances ou des Etats-Unis (le plus souvent), en arrivent à la nécessité de rechercher des compromis. Le nouveau leader israélien parviendra-t-il à rompre ce cercle vicieux? Personne ne le sait vraiment.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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