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UE-Russie: l'énergie en commun

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Par Aymeri de Montesquiou, sénateur du Gers, pour RIA Novosti

Par Aymeri de Montesquiou, sénateur du Gers, pour RIA Novosti

Les relations entre l'Union Européenne et la Fédération de Russie se sont concrétisées cette année en de nombreuses rencontres. La crise géorgienne, le déploiement des systèmes ABM américain sur le territoire européen et les spéculations relatives à l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN sont autant de sources de tension. Dans ce contexte, la reprise du dialogue institutionnel attendue lors du prochain sommet de Nice du 13 novembre aura pour toile de fond le réalisme économique et la conscience de nos interdépendances.

Les économies européennes et russe jouissent de larges complémentarités qui se sont exprimées lors du voyage du Premier Ministre François Fillon à Sotchi, en septembre dernier. La France et la Russie ont souligné leurs convergences de vues sur l'indispensable effort d'investissement en matière d'efficacité énergétique. La France dispose à cet égard d'atouts importants : les entreprises associées à l'ensemble composite énergétique français sont à même d'apporter des réponses en termes de savoir-faire d'exploitation et d'innovation qui seules permettront à la Russie de rendre performant un système aujourd'hui caractérisé par le gaspillage d'énergie.

Bien qu'en phase de ralentissement, vraisemblablement autour de 5% en 2009, la croissance russe limite à terme les capacités d'exportations énergétiques dont l'Europe a besoin, et réciproquement. L'investissement en efficacité énergétique constitue donc l'un des enjeux fondamentaux des prochaines années. Depuis un an, l'ambition d'un dialogue global structuré et ambitieux et la nécessité d'un accord renforcé remplaçant l'accord de partenariat et de coopération qui a expiré en 2007, ont été contrecarrées par l'expression de défiances héritées du passé.

Qu'adviendra-t-il à Nice ? Nul ne peut le prédire, mais le prochain sommet doit être l'occasion de mesurer et de rechercher une réponse appropriée à l'impact de la crise financière sur les relations économiques entre l'Union Européenne et la Fédération de Russie, particulièrement en ce qui concerne les investissements dans le secteur énergétique.

La financiarisation moins avancée de l'économie russe a, dans un premier temps, laissé à penser que ce pays serait moins durement touché par la contraction à l'échelle mondiale du secteur financier. Les banques jouent en effet en Russie un rôle traditionnellement moins important dans le financement de l'investissement. Les financements bancaires russes sont principalement de court-moyen termes et leur développement a davantage permis de doper la consommation des ménages que de financer l'économie.

Il convient cependant d'affiner l'analyse. La part d'autofinancement, qui assurait encore 80 % de l'investissement en 2003, est sensiblement plus importante en Russie que dans les économies occidentales et les entreprises exportatrices, dominées par le secteur énergétique et l'aluminium, continuent d'assurer la plus grande part de l'investissement.

Au cours des deux mois écoulés, un reflux net supérieur à 50 milliards de dollars de capitaux en Russie a été observé. Celui-ci risque d'entraîner un ralentissement sensible des importations, les banques russes qui en assurent le financement se refinançant traditionnellement sur des marchés internationaux aujourd'hui asséchés. Ce ralentissement affectera nombre d'entreprises européennes exportatrices ainsi que leurs homologues importatrices russes.

De plus, une crise de financement de l'investissement importante et durable dans le secteur énergétique aurait des conséquences plus lourdes encore sur les économies de Russie et d'Europe. Certaines grandes entreprises, telle Nord Stream AG (société commune de Gazprom Basf et E.ON chargée de la section maritime du gazoduc appelé à relier la Russie à l'Allemagne) ont tenu à rassurer les opinions publiques sur la poursuite de leurs projets en Russie, les autorités russes ont par ailleurs adressé des messages de soutien aux investisseurs.

Toutefois, la chute des cours du brut si elle se poursuit, affectera l'économie et des reports massifs d'investissement sont à craindre. La capitalisation boursière des sociétés russes a souffert : l'indice Index RTS composé de cinquante sociétés cotées à Moscou, marqué par la surpondération des valeurs énergétiques, a connu une baisse quasi-continue et de grande ampleur depuis fin mai, passant de plus de 2400 points à moins de 600 points le 23 octobre dernier.

Dès la mi-octobre, les opérateurs impliqués dans la récente privatisation du secteur électrique russe ont ainsi interpellé l'État fédéral sur une possible remise en cause des plans publics d'investissements annoncés. Le lancement du projet d'oléoduc dit BTS 2, débouchant sur le port baltique d'Oust Louga et considéré comme améliorant la sécurité énergétique européenne, a quant à lui été reporté d'un an par l'opérateur Transneft.

Ces reports et ralentissements de l'investissement prennent une signification particulière dans un pays où l'âge moyen du capital installé dépasse 30 ans dans l'industrie, et où le taux moyen d'usure des immobilisations atteint 70 à 80% dans certaines branches.

Les difficultés de financement du fonds de roulement des entreprises sont d'ores et déjà perceptibles, les contraignant à des cessions d'actifs et à une remise en cause des politiques de développement. Le risque que les efforts récemment engagés en faveur de l'efficacité énergétique et du développent durable dans ce pays s'en trouvent affectés est donc réel.

Au total et dans ce contexte, il apparaitrait utile et mutuellement profitable que l'Union Européenne et la Fédération de Russie se dotent d'une politique concertée de soutien aux investissements, intégrant les investissements en faveur de l'efficacité énergétique et du développement durable. Dans cet esprit, il convient certainement de rappeler que le rapport Mandil sur la sécurité énergétique de l'Union européenne a souligné l'importance du secteur des services communaux et notamment des réseaux de chaleur dont la réhabilitation ou l'optimisation relèvent d'une réelle urgence.

Ce plan de soutien, qui ne porterait pas sur les risques d'exploitation relevant de la responsabilité des entreprises, permettrait de garantir les risques sur le capital investi. À cet égard, si l'intervention accrue de l'État fédéral russe auprès de Banques de développement est certainement une voie possible, la prise en compte des garanties municipales et régionales russes par les partenaires européens de la Russie reste encore très sous exploitée, notamment dans les relations économiques franco-russes.

Il est indispensable que de telles initiatives figurent à l'agenda de Nice. Laisser passer cette opportunité donnerait à la Chine toute latitude pour resserrer encore d'avantage ses liens avec la Russie et favoriser ses intérêts gaziers.

* Le sénateur du Gers Aymeri de Montesquiou est chargé des questions énergétiques à la commission des affaires européennes du Sénat.

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