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    Elargissement de l'UE: cinq ans après

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    Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

    Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

    L'Union européenne a amorcé le 2 mars à Prague, dans le cadre d'une grande conférence ministérielle organisée par la présidence tchèque de l'UE, la préparation de la célébration du 5e anniversaire du "grand pas" vers l'Est, le plus important élargissement de l'UE, intervenu en 2004: 10 nouveaux pays l'avaient alors rejointe simultanément, ce qui avait porté de 15 à 25 le nombre de ses membres.

    Leur adhésion à l'UE a, bien sûr, procuré d'immenses avantages à ces pays. C'est incontestable. Le niveau de vie s'est considérablement élevé dans tous les pays de la "Grande vague": alors qu'en 1999 il ne s'établissait qu'à 40% de la moyenne européenne, à la fin de l'année dernière, il s'était hissé à 52%.

    Mais le fait est que les nouveaux pays membres ont reçu de l'Europe bien plus qu'ils ne lui ont donné, si l'on excepte, naturellement, les territoires. Et ils voudraient en recevoir encore davantage, surtout dans le contexte de la crise financière. Mais ces nouveaux venus ont une notion assez étrange du rapport entre droits et obligations. Ils réclament une voix politique qui ne correspond nullement, pour ne pas dire plus, à leur poids économique, financier, démographique et territorial, sans parler de l'ancienneté. La mentalité d'offensé datant de "l'époque soviétique" se manifeste chez eux sous la forme d'une obsession malsaine et peu compréhensible, et d'un rejet total de la Russie. Du fait de cette aversion invétérée, la Vieille Europe est contrainte de déployer des efforts bien plus importants qu'elle ne le souhaiterait pour "ramener à la raison" ses membres postcommunistes. Il en a été ainsi, par exemple, lors du blocage du lancement des négociations sur un nouvel accord de partenariat et de coopération UE-Russie, alors que l'ancien accord avait déjà expiré en décembre 2007. Des obstacles ont d'abord été dressés par la Pologne, puis par la Lituanie. Bruxelles a dû consentir bien des efforts pour les amener à lever leurs objections, avant que les négociations ne démarrent en septembre dernier.

    Des différences de niveau de vie, de mentalité politique et culturelle ont toujours existé entre l'Ouest et l'Est: cinq années d'appartenance à l'UE n'ont pu modifier ce qui s'est créé au fil des décennies. Mais, dans les conditions de la crise actuelle, ces différences se transforment en nouvelle barrière. Par une ironie du sort, alors que cette année marque le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin (octobre 1989), ce mur acquiert, semble-t-il, des contours nouveaux, économiques. Il s'est simplement déplacé un peu plus vers l'Est, ses frontières allant de la Baltique à l'Adriatique, en épousant approximativement la ligne suivante : Pologne - République tchèque - Hongrie - Slovénie - Bulgarie. La situation économique des membres de l'UE appartenant à l'Europe centrale et orientale est actuellement si catastrophique que les capitales du "G4" - Paris, Berlin, Londres et Rome - commencent déjà à craindre que l'Est n'entraîne l'ensemble de l'Ouest dans l'abîme de la faillite bancaire et de la récession économique. En observant aujourd'hui la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovénie, la République tchèque et la Slovaquie, l'UE commence déjà à les comparer à l'Argentine, en référence à l'effondrement de la monnaie nationale et à la faillite économique de ce pays en 2001.

    Cette disparité économique menace de se propager au plan de la politique étrangère. La Grande Europe est certainement liée par le Traité de Maastricht, la zone euro, de nombreux autres accords et un esprit européen commun. Mais lorsque certains ont dans leur poche des livres ou des euros et d'autres n'ont que des dettes, de quelle politique étrangère commune peut-on parler ?

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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