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    ABM en Europe: la nouvelle approche d'Obama

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    Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

    Par Andreï Fediachine, RIA Novosti

    Au mécontentement évident de Varsovie, partiel de Prague, des républicains du Congrès et des néoconservateurs des Etats-Unis, sur un fond d'excitation nerveuse qui règne dans plusieurs capitales est-européennes, le président Barack Obama a revu, comme il l'avait promis, la décision de George W. Bush de déployer un système européen de défense antimissile (ABM) en Pologne et en République tchèque.

    Il convient de signaler tout de suite que la Russie ne devrait pas trop se leurrer à ce sujet. En effet, la décision d'Obama tient compte des vives protestations de Moscou. Mais elle ne s'explique nullement par le caractère conciliant de la nouvelle administration qui a cédé aux arguments et aux protestations du Kremlin. Les considérations étaient bien plus complexes. Le 44e président des Etats-Unis est effectivement disposé, semble-t-il, à changer l'approche de "son Amérique" à l'égard de la politique mondiale et à mieux tenir compte des réalités du monde qui a muté, tout en préservant, naturellement, les intérêts américains. Il est fort possible que cela entraîne le "redémarrage" réel dans nos relations, car jusqu'à maintenant rien ne fonctionne encore dans ce sens.

    Malheureusement, dans nos premières appréciations du geste de la nouvelle administration (à en juger par ce qui est déjà écrit et dit), on y retrouve notre art sempiternel bien russe, d'arracher au contexte un petit détail et de le présenter comme l'essentiel, en occultant totalement ce qui est en fait l'essence. Il ne faudrait pas faire l'amalgame des choses bien différentes car le renoncement au déploiement du radar en République tchèque et de 10 missiles intercepteurs en Pologne ne signifie pas de renoncer à la création du bouclier antimissile européen. Ni Obama lui-même, ni le Secrétaire à la Défense Robert Gates (hérité de George W. Bush), ni le général James Cartwright (principal architecte de la défense antimissile américaine, également hérité de George W. Bush) n'ont affirmé cela.

    Selon Obama, le bouclier balistique européen par l'architecture de son système, moderne et technologiquement parfaite, fournira une défense plus souple, plus efficace, moins coûteuse et plus solide face aux menaces auxquelles sont exposés les Etats-Unis, leurs forces en Europe et leurs alliés.

    On peut dire que George W. Bush voulait revêtir le bouclier antimissile européen de "tissus" lourds datant du face-à-face nucléaire, alors qu'Obama propose maintenant un habit plus léger et moderne, mais non moins solide. Qui plus est, le "décor" d'Obama est perfectionné conformément aux impératifs du temps. Il a fait preuve, en ce sens, d'un pragmatisme pratique, à la différence de la rigidité idéologique de George W. Bush. Mais, à y regarder de plus près, il y a peu de changements stratégiques puisqu'il s'agit toujours d'un bouclier antimissile pour l'Europe, mais sous une nouvelle apparence. D'ailleurs, Barack Obama a laissé entendre lui-même que, si l'Iran s'obstine à développer son programme nucléaire, l'administration reviendra sur sa décision. Mais les changements actuels constituent déjà un progrès important et une base pour l'élargissement du dialogue. Les Européens en la personne de la chancelière allemande Angela Merkel, du président français Nicolas Sarkozy et du premier ministre britannique Gordon Brown ont salué ce tournant de Barack Obama.

    En principe, Obama a employé une tactique habile. D'une part, il a montré que le temps de l'irritation du grand ours russe était révolu et que les Etats-Unis étaient plus enclins à la realpolitik dans les rapports avec le Kremlin. Les affirmations, selon lesquelles il aurait oublié, ou peu s'en faut, l'Europe de l'Est et qu'il était allé jusqu'à "apaiser" son révisionnisme impérial sont plutôt incorrectes. Il convient de ne pas confondre, là non plus, les jeux de Bush exploitant l'attitude antirusse des présidents et des premiers ministres de l'ancien "camp socialiste" (Pologne, pays baltes, Ukraine, Géorgie, etc.), ainsi que sa volonté d'alimenter et de cultiver cette attitude antirusse et de satisfaire tous ses caprices, et le rapport réel entre le poids et la place de Moscou, d'une part, et de l'Est européen, d'autre part, dans l'équilibre mondial.

    Cette reconsidération s'effectue, semble-t-il, sous Obama. A présent, tout dépendra de ce que les Etats-Unis demanderont à Moscou, et dans quelles proportions, en échange de la prise en considération des inquiétudes russes. Et, bien entendu, de l'évaluation des projets d'Obama par les experts militaires russes. Nous devons y bien réfléchir. Le plan d'Obama représente quand même des concessions (sinon à la Russie, du moins, à la grande réalité). Nous nous sommes retrouvés dans une situation sans issue, en liant la défense antimissile et les réductions dans le cadre d'un nouveau traité START. A présent, si nous rejetons la dernière révérence d'Obama, il est clair qui sera jugé responsable de l'échec des négociations sur une nouvelle réduction des armes nucléaires. Il faudrait, bien sûr, accepter ce plan "en grandes lignes" et, profitant de son caractère flou, améliorer les choses dans nos propres systèmes de défense antimissile, car, comme on le dit, il y a des lacunes sérieuses dans ce domaine.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

     

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