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    Présidentielle afghane: un nouveau scrutin organisé

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    Par Ivan Zakhartchenko, observateur international

    Par Ivan Zakhartchenko, observateur international

    La nouvelle élection présidentielle en Afghanistan a été prévue pour le 7 novembre, mais une question se pose : est-elle capable de rendre aux Afghans la confiance dans le processus même d'élection démocratique du président du pays et n'entraînera-t-elle pas une situation plus complexe?

    L'élection présidentielle du 20 août a été remportée par le président actuel Hamid Karzaï. C'était la première élection présidentielle en Afghanistan depuis trente ans. Il n'est pas difficile de deviner que l'annonce d'un second tour en raison des fraudes révélées au premier tour doit être attribuée uniquement aux débats qui ont eu lieu aux Etats-Unis, dont la nouvelle administration avec à sa tête le président Barack Obama ne prendra la décision d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan qu'en cas d'apparition dans ce pays d'un gouvernement legal, capable d'assurer la stabilite et l'unité nationale. Il est à noter qu'il s'agit là d'un renfort de 40000 hommes. Washington ne tiendrait absolument pas à les envoyer pour lutter contre les talibans dans des conditions entachées de fraudes massives et de manipulations des bulletins de vote. La Maison Blanche voudrait être certaine que les troupes américains défendront en Afghanistan la démocratie, et non pas le gouvernement qui reste au pouvoir grâce à un vote frauduleux.

    Le président Hamid Karzaï a accepté de fixer un nouveau scrutin après que la vérification partielle de 10% des bulletins suspects avait montré qu'il pouvait recueillir 49,67% des voix, alors qu'il fallait en recueillir 50% plus une voix pour gagner la présidentielle. Après le dépouillement des résultats du vote du 20 août, Hamid Karzaï avait reçu 55% des voix et son principal opposant Abdullah Abdullah, seulement 28%. Les observateurs n'excluent pas que le nouveau scrutin soit de nouveau contesté avec acharnement par les opposants au vainqueur et qu'il s'avère aussi malhonnête que le vote précédent. Qui plus est, l'élection peut être assombrie par des violences ou compliquée par les froids attendus dans les régions montagneuses. Selon les informations en provenance d'Afghanistan, il neige déjà dans certaines régions et leur population est coupée du reste du monde.

    Par ailleurs, les habitants craignent beaucoup pour leur sécurité, car, après l'élection précédente, les talibans ont coupé les doigts barbouillés des électeurs illettrés qui avaient apposé leurs empreintes en guise de signature.

    En tant qu'alternative au nouveau tour, on a émis l'idée de partager le pouvoir entre les deux camps en créant une coalition entre Karzaï et Abdullah, mais nul ne sait combien de temps prendraient leurs négociations à ce sujet et quel en serait le résultat. D'autant plus que les représentants du camp d'Abdullah ont déclaré qu'ils n'avaient pas l'intention de partager le pouvoir avec Karzaï, puisque la loi électorale de l'Afghanistan ne le prévoit pas. Il existe aussi une autre voie, dont on parle en Afghanistan : convoquer la Loya Jirga, grande Assemblée des doyens des tribus afghanes. S'ils prennent une décision sur le pouvoir dans le pays, même sur la réconciliation avec les talibans, ce sera également une "décision légitime" qui inspirerait probablement une plus grande confiance aux habitants locaux que le résultat de l'élection.

    On ne sait pas encore si cela ferait l'affaire des Etats-Unis pour renforcer leur présence militaire en Afghanistan, mais il se peut qu'on revienne encore à cette variante, si la nouvelle élection échoue.

    Cependant, il ne faut pas oublier que les lacunes qui se forment en Afghanistan à cause du manque de pouvoir sur les lieux sont inévitablement comblées par le pouvoir d'arbitraire et de criminalité.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

     

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