Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Excursion de David Miliband à Moscou

    Opinion
    URL courte
    0 2 0 0

    Nous avons un bouton avec l'Amérique, et bien que le "redémarrage" ne soit pas encore un fait accompli, des recherches sont menées énergiquement pour y parvenir. Entre nous et la Grande-Bretagne, il n'y a que le froid et nous n’en sommes même pas encore au "dégel"

    Nous avons un bouton avec l'Amérique, et bien que le "redémarrage" ne soit pas encore un fait accompli, des recherches sont menées énergiquement pour y parvenir. Entre nous et la Grande-Bretagne, il n'y a que le froid et nous n’en sommes même pas encore au "dégel". La tentative de réchauffer un peu les rapports russo-britanniques lors de la visite du ministre des Affaires étrangères britannique David Miliband à Moscou et de ses pourparlers avec Sergueï Lavrov, le 2 novembre, n'ont abouti à rien. Les choses se présentent de telle façon que les rapports entre la Russie et la Grande-Bretagne resteront à demi-gelés jusqu'à l'été prochain.

    L'été est le dernier délai des élections législatives en Grande-Bretagne. Elles seront probablement remportées par les conservateurs avec lesquels  Moscou devra établir de nouveaux rapports. Aussi étrange que cela puisse paraître, le "tango" diplomatique de Moscou et de Londres n'a pas été toujours difficile et maladroit lorsque les conservateurs arrivaient au pouvoir. C'est avec Margaret Thatcher, que personne ne peut égaler en conservatisme, que Mikhaïl Gorbatchev a commencé à établir de "nouveaux rapports" avec l'Occident.

    Nous avons toujours eu des rapports diplomatiques difficiles avec Londres. Nos relations diplomatiques et économiques (le chiffre d'affaires de nos échanges commerciaux atteint environ 100 milliards de livres sterling) ont toujours suivi des voies différentes: quand sur le plan économique, tout était à peu près normal, il y avait toujours des lacunes et des querelles interminables, sur le plan de la politique.

    Nous nous trouvons dans une situation paradoxale dans laquelle Vladimir Poutine, ex-président, et Dmitri Medvedev, président actuel, ont établi des rapports de travail tout à fait normaux et francs avec tous les "principaux" Européens, sauf avec la Grande-Bretagne. Ils peuvent être tous rangés soit parmi les conservateurs (par exemple, le président français Nicolas Sarkozy), soit à droite (comme le premier ministre italien Silvio Berlusconi), soit au centre-droit (comme la chancelière allemande Angela Merkel). Les travaillistes (socialistes) sont les seuls avec qui Moscou n'arrive pas à normaliser les rapports. Ces cinq dernières années, les rapports russo-britanniques ont été marqués par des extraditions de diplomates et d'agents secrets, la fermeture de représentations nationales et semi-nationales, des procès, des sanctions prises contre des personnalités officielles (refus de visas) et par le refus de Londres d'extrader des oligarques russes disgraciés ou très désagréables à Moscou, résidant dans la capitale britannique. D'ailleurs, les oligarques russes ne sont pas moins nombreux à Paris, en Suisse et en Espagne. Mais ils s'y conduisent autrement, peut-être, plus calmement. L'atmosphère y est probablement différente de celle de la Grande-Bretagne.

    David Miliband est le premier chef de la diplomatie britannique à se rendre à Moscou depuis cinq ans. Avant lui, Jack Straw s'était rendu en Russie en juillet 2004. Il était difficile de trouver pour le "dégel" russo-britannique une figure plus inconvenable que David Miliband.

    Par ironie du sort, il est arrivé à Moscou le 1er novembre, jour de l'empoisonnement de l'ex-agent du KGB Alexandre Litvinenko en 2006 au polonium-210 à Londres, comme l'affirment les Britanniques. L'affaire Litvinenko est le principal facteur d'irritation dans les rapports russo-britanniques et en l'évoquant, il est impossible de ne pas parler de David Miliband. Il a été nommé ministre des Affaires étrangères en juin 2007 et l'une de ses premières "affaires russes" a été l'extradition de plusieurs diplomates russes en réponse au refus de Moscou de satisfaire à l'exigence de Londres d'extrader Andreï Lougovoï. A présent, David Miliband a de nouveau exigé l'extradition de ce prétendu auteur principal et unique du meurtre de Litvinenko. Sergueï Lavrov lui a de nouveau répondu que ce n’était pas réaliste, car la Russie : a) n'a pas l'intention de modifier sa constitution pour cela; b) les éléments de l'affaire transmis par les Britanniques sont insuffisants. D'ailleurs, nous nous ressemblons en ce sens. Moscou a déjà maintes fois exigé l'extradition de Berezovski et de Zakaïev, mais Londres répond que le parquet général russe n'a pas fourni assez de documents pour leur extradition et ceux dont ils disposent ne donnent  pas de raisons pour l'extradition.

    Les rapports entre David Miliband et Sergueï Lavrov sont très mauvais. Les Britanniques affirment même qu'en septembre de l'année dernière, aussitôt après le début de la guerre en Ossétie du Sud, Miliband a téléphoné à Lavrov et l'a sermonné pour mauvaise conduite. Lavrov se serait mis en colère et aurait refusé d'écouter ces sermons. Moscou affirme que cela n'a pas eu lieu. Connaissant Lavrov-diplomate, il est effectivement difficile d'y croire. Lavrov est considéré dans le monde diplomatique comme un diplomate très expérimenté et habile. Connaissant Lavrov-homme et Miliband-diplomate, il est facile d'y croire. Miliband est devenu secrétaire au Foring Office à l'âge de 41 ans: il est le plus jeune ministre britannique des Affaires étrangères de ces 30 dernières années. Les Britanniques s'efforcent actuellement de le recommander au poste de haut représentant de l'UE pour la politique étrangère de l'Union européenne réformée. Mais, puisque Miliband ne s'est distingué en rien comme ministre, il n'accédera probablement pas à ce poste.

    En fait, il est temps de changer nos rapports avec la Grande-Bretagne. Moscou et Londres doivent oeuvrer en ce sens, car l'un et l'autre ont leur part de responsabilité dans ces rapports "mi-sains" et "mi-malades". Pour être juste du point de vue historique, il faut dire que le Royaume-Uni a toujours devancé les autres du point de vue des ambitions impériales. Par conséquent, il devrait faire les premiers pas.

    Dans nos rapports avec la Grande-Bretagne, nous n'avons "guéri" que pour de brèves périodes, lorsque les deux parties avaient réussi à surmonter l'anachronisme historique, l'antagonisme et l'arrogance nationale (ou impériale, ce qui est la même chose), à ne pas jouer des coudes et à ne pas s’évincer l'un l'autre des "sphères d'intérêts", etc. La Grande-Bretagne a toujours considéré la Russie (puis, l'URSS) comme un "fait désagréable" de la diplomatie mondiale, sur lequel on peut fermer les yeux, si son soutien est nécessaire, mais qu'il ne faut nullement tolérer. Les problèmes dans nos rapports ne datent pas d'hier ni de dix ans. Puisque les intérêts de l'empire britannique et de l'empire de Russie (ensuite de l'URSS) se trouvaient très souvent, si l'on peut s'exprimer ainsi, dans des régions voisines ou contiguës (Asie centrale, Balkans, Asie), des heurts ont régulièrement eu lieu entre eux. Ou bien ils y ont été entraînés, ce qui, d'ailleurs, ne change rien à l'affaire.

    En fait, la visite du ministre britannique n'était pas obligatoire pour les ententes intervenues à Moscou entre Miliband et Lavrov. Une déclaration sur le soutien à la non-prolifération, la stabilisation en Afghanistan, le soutien aux plans de réenrichissement de l'uranium iranien en Russie n'avaient pas besoin de cette visite.

    Mais il y a eu tout de même un fait agréable durant l'excursion de David Miliband. On dit qu'il a dû rencontrer Sofia Miliband, 87 ans, et prendre du thé avec elle dans son appartement de  Moscou. Sofia est cousine au troisième degré (second cousin twice removed) de David Miliband dans la deuxième génération, probablement, par la lignée féminine. David Miliband est issu d'une famille de Juifs polonais qui s'étaient enfuis du ghetto de Varsovie après la Première Guerre mondiale, s'étaient établis en Belgique avant d'émigrer en Angleterre après le début de la Seconde Guerre mondiale. A propos, son père (Adolf Miliband a changé son prénom pendant la guerre, pour devenir Ralph) était un des éminents théoriciens des socialistes britanniques de gauche. Sofia Miliband s'était manifestée il y a un mois, au cours de la visite à Moscou d'Edward, dit Ed, frère de David. Ed est ministre de l'Energie du cabinet britannique.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik