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    La politique de confrontation de l'Iran: est-ce sérieux?

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    La communauté internationale a reçu une nouvelle stupéfiante en provenance d'Iran: le gouvernement a autorisé la construction de dix autres usines d'enrichissement de l'uranium, dont cinq doivent être construites immédiatement.

    La communauté internationale a reçu une nouvelle stupéfiante en provenance d'Iran: le gouvernement a autorisé la construction de dix autres usines d'enrichissement de l'uranium, dont cinq doivent être construites immédiatement.

     Cette décision ne fait que confirmer les appréhensions existantes sur l'activité clandestine de la République Islamique d'Iran dans le domaine  nucléaire. Si ce n'était pas le cas, il aurait nécessité du temps pour choisir les terrains de construction appropriés et préparer la documentation indispensable.

    Comme on le lit dans la résolution du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, ces actions de l'Iran font douter de l'absence d'autres sites nucléaires (non déclarés), d'autant plus dans les conditions de la suspension sur le territoire de l'Iran du Protocole additionnel (de 1997) à l'Accord conclu avec l'AIEA sur la mise en œuvre des garanties. Il faut y ajouter l'absence de coopération avec l'Agence afin d'éclaircir certaines questions sur les activités précédentes de l'Iran (les essais d'explosifs et du matériel de haute tension pour l'activation des détonateurs, la mise au point du détonateur électrique et la conception d'une tête du missile balistique, ainsi que la mise en œuvre du Projet Green Salt (Sel Vert).

    Bien entendu, cette résolution de l'AIEA revêt un caractère de recommandation, mais son adoption témoigne de l'isolement politique croissant de la République Islamique d'Iran. La résolution a été soutenue par 25 des 35 pays membres du Conseil des gouverneurs de l'AIEA. Cuba, le Venezuela et la Malaisie ont voté contre son adoption, la Turquie, le Pakistan, l'Afghanistan, le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Egypte se sont abstenus.

    Bien entendu, la réaction de Téhéran à la résolution adoptée a été exagérée. Et ce pour les raisons suivantes: premièrement, l'Iran était certain de son impunité, car les grands pays ne sont pas majoritaires au Conseil des gouverneurs de l'AIEA. Auparavant, Téhéran avait lutté âprement pour le retour de son "dossier nucléaire" à l'Agence, y voyant la possibilité d'éviter une "pression grossière de l'Occident".

    Deuxièmement, en plus de l'usine de Natanz, les Iraniens  préparaient depuis plusieurs années d'autres sites pour l'extension  éventuelle de l'enrichissement de l'uranium. Le site nucléaire près de Qom n'était que l'un d'entre eux. Les inspecteurs de l'AIEA qui ont visité ce site nucléaire ont émis des doutes sur le début de sa construction (cela a probablement eu lieu plus tôt) et supposé l'existence d'autres sites semblables.

    Dans ces conditions, Téhéran a décidé de détériorer sciemment les relations avec cette organisation internationale. Acceptant formellement en octobre 2009 de transférer à l'étranger 80% de ses stocks d'uranium faiblement enrichi (UFE) en vue de recevoir le combustible nucléaire pour le réacteur de recherche nucléaire de Téhéran, l'Iran s'est mis à dresser artificiellement des obstacles à la mise en œuvre de la transaction qui semblait avantageuse pour ses propres intérêts. L'AIEA a tâché de tenir compte au maximum des intérêts de l'Iran et lui a proposé des compromis. Dans ce contexte, seule la détérioration des relations avec l'AIEA permet de refuser de transférer les stocks d'UFE. La résolution adoptée par l'AIEA est un bon prétexte à cela.

    Il ne fait pas de doute que Téhéran crée avec persévérance le cycle complet de combustible nucléaire, base scientifique et technologique pour la création de l'arme nucléaire. Les dirigeants iraniens voudraient avoir la possibilité de fabriquer cette arme, mais pourront-ils s'arrêter devant une certaine "ligne rouge"? Cette question a une importance de principe pour tous les pays voisins, dont la Russie.

    Malheureusement, il n'est pas certain que Téhéran pourra s'arrêter à temps. Ce qui le retenait jadis, c'était la possibilité du règlement violent du problème nucléaire par les Etats-Unis et (ou) Israël. Cependant, Washington est actuellement préoccupé par les problèmes de son retrait graduel d'Irak et d'une certaine stabilisation en Afghanistan. Les actions militaires d'Israël auraient actuellement un contexte international assez défavorable.

    Par conséquent, la communauté internationale ne peut que prendre de nouvelles sanctions contre l'Iran aussi bien par le Conseil de sécurité de l'ONU que par certains Etats et groupes d'Etats. Il faut espérer que l'Iran n'osera pas rompre les relations avec l'AIEA. Téhéran peut en être dissuadé par ses propres réserves restreintes d'uranium naturel, son manque de technologies modernes, surtout dans l'industrie du gaz, l'usure de son parc d'avions, son infrastructure arriérée, l'aggravation de ses problèmes sociaux et beaucoup d'autres choses. Dans ce cas, il est nécessaire que la communauté internationale fasse preuve de souplesse et commence à intégrer peu à peu l'Iran dans le système existant des contacts d'abord économiques, ensuite politiques.

    Vladimir Evseïev est docteur ès sciences techniques, chercheur au Centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales (IMEMO) de l'Académie des sciences de Russie.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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