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    Du métronome invisible de la flotte russe

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    La Marine de guerre russe se dote de nouveaux navires. En plus de la construction de nouveaux bâtiments, des navires de guerre jadis retirés du service reviennent dans la flotte.

    La Marine de guerre russe se dote de nouveaux navires. En plus de la construction de nouveaux bâtiments, des navires de guerre jadis retirés du service reviennent dans la flotte.

    On apprend que le « Vice-Admiral Koulakov », le grand navire de lutte anti-sous-marine (ASM), doit revenir dans la Flotte du Nord dans les mois à venir. Le deuxième navire du projet 1155, l' « Admiral Koulakov », entré en service en 1982, a fait partie de la Flotte du Nord jusqu'en 1991. En mars de la même année, il a été retiré du service pour subir des réparations moyennes qui ont mué ensuite en grandes réparations et ont duré 18 ans.

    Le sort de ce navire reflète celui de la Russie moderne. En 1993, ses travaux ont été de fait interrompus faute de financement. A la fin des années 90, selon les informations disponibles, le navire a été presque entièrement pillé. Il fut alors question de sa liquidation. Les véritables travaux de réparation du navire ont commencé vers le milieu des années 2000.

    Fin novembre, l'amiral Viatcheslav Popov, ex-commandant de la Flotte du Nord, a fait une déclaration d'où il ressortait que la Russie pourrait perdre, ces dix prochaines années, la majeure partie des navires de surface de construction soviétique et rester pratiquement sans flotte.
     

    "L'argent affecté ne suffit pas pour construire en série de nouveaux navires de classe maritime et océanique lointaine et pour maintenir, en même temps, la capacité combative des navires existants", a déclaré l'amiral.

     Les navires soviétiques construits entre les années 70 et le début des années 90 du siècle dernier constituent actuellement l'épine dorsale de la Marine de guerre russe. On peut prolonger leur service par des réparations, mais il est impossible de l'accroître indéfiniment. Par conséquent, le remplacement des navires de surface devient un problème urgent.

     Cette question concerne tout particulièrement les navires de la zone océanique, qui constituent la base de la puissance combative de la flotte de surface. La Marine de guerre compte actuellement, y compris les bâtiments stockés, une trentaine de navires de classe océanique (de classe croiseur-frégate), mais ils doivent être remplacés dans les dix, au maximum, quinze prochaines années, sinon la Marine de guerre russe risque de se transformer définitivement en flotte côtière de troisième ordre, incapable ni de protéger les intérêts de l'Etat au-delà de ses eaux territoriales, ni même de défendre leur propre littoral.
     
    En fait, on ne construit que des navires de classe maritime et côtière (des corvettes, des vedettes), et à un rythme lent. Les corvettes du projet 20380 se distinguent par une capacité combative assez grande, mais elles ne peuvent pas remplacer les grands navires. Parmi les navires lourds de combat en voie de construction pour la Marine de guerre, on peut citer deux frégates du projet 22350, dont la première doit être mise en service en 2011 et la deuxième a été mise en chantier à l'automne 2009. Si le renouvellement continue à ce rythme, d'ici 2025, la flotte comptera au maximum 15 à 20 corvettes et 7 à 8 frégates de nouvelle génération, ce qui ne permettra de créer de puissantes escadres sur aucun théâtre d'opérations, compte tenu de l'immense étendue des frontières maritimes de la Russie.

    Pour redresser la situation, il est nécessaire non seulement d'accroître le nombre et la cadence de construction des navires de classe corvette-frégate, mais aussi de passer à la construction de plus grands navires de classe destroyer, pour remplacer ne serait-ce que partiellement les grands bâtiments existants.
     
    Il est également nécessaire de continuer de réparer et de moderniser les navires existants pour prolonger la durée de service des bâtiments de combat les plus puissants (par exemple, le porte-avions Admiral Kouznetsov et les croiseurs lance-missiles des projets 1144 et 1164) jusqu'à 2025-30.
     
    Par ailleurs, la Russie se heurte non seulement au problème du sous-financement, mais aussi à celui de la dégradation de l'industrie et de la désintégration de certains maillons de la production, ce qui se répercute très négativement sur les capacités de construction des navires de combat. Pour mettre fin à cet état des choses observé ces vingt dernières années, il ne suffit pas d'accroître les dépenses pour la défense. Il faut prendre des mesures urgentes en vue de rétablir l'industrie des constructions navales dans son ensemble, y compris le système de formation de cadres et beaucoup d’autres choses qui ont été détruites.

    Dans ces conditions, la coopération avec les constructeurs de navires étrangers peut être très bénéfique. La question de l'utilité d'acquérir à l'étranger tels ou tels navires (par exemple, le Mistral) peut être discutée de points de vue différents, mais il faut développer la coopération avec les ingénieurs étrangers de constructions navales en vue de former des ouvriers et des ingénieurs, de maîtriser des méthodes modernes pour élaborer des projets et construire des navires et des machines de guerre de classes différentes et, enfin, acquérir des équipements modernes: tout cela est vital.

    Nous observons aujourd’hui le point culminant des effets négatifs de la destruction méthodique du complexe militaro-industriel des années 90 du siècle dernier, mise en œuvre afin de « se réconcilier définitivement avec le monde entier ». Pour surmonter ces effets négatifs, la Marine a besoin d’une politique ferme et persévérante, embrassant tous les secteurs connexes, de l'enseignement au domaine judiciaire. Il reste de moins en moins de temps pour élaborer cette politique et l’appliquer: un métronome invisible donne des signaux de plus en plus distincts à la Marine de guerre russe.

     Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

     

     

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