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    Revue de la presse russe du 28 décembre

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    Le président Medvedev essaie de jouer le rôle d’un autre/ Dix années de «développement stable» ont montré à la Russie sa vraie place dans le monde/ Cette année, l'opposition a été victime de ses propres attentes/ Sberbank a présenté une facture à General Motors pour la rupture de la transaction d'achat d'Opel

    Vedomosti
    Le président Medvedev essaie de jouer le rôle d’un autre

    Le président russe essaie, depuis un an et demi, de trouver une image qui en ferait le premier personnage non seulement par ses fonctions, mais aussi dans la conscience sociale, lit-on lundi dans le quotidien Vedomosti.

    La semaine dernière, Dmitri Medvedev s'est créé une nouvelle image qui en réalité était jusqu’ici plutôt celle de Vladimir Poutine, à savoir celle d’un homme politique public ayant un penchant pour les expressions cinglantes, prétendant à être des aphorismes. Mais il ne réussira probablement pas à surpasser son coéquipier, car il lui faudrait pour cela aller jusqu'à employer des paroles obscènes.

    Pour le moment, Dmitri Medvedev n'a prononcé aucune phrase digne de rester gravée dans les mémoires. Dans son lexique, il n'y a eu rien du niveau de : "on va les buter jusque dans les chiottes", "mâcher la morve" et "ils n'auront pas les oreilles de l'âne mort". Cela s'explique de manière logique par une image intellectuelle d’un président enclin à s'adresser non pas à l'ensemble du peuple, mais à sa partie intelligente.

    Le style poutinien de Medvedev s'est manifesté avec éclat lors d'une récente réunion de la commission pour la modernisation et le développement technologique de l'économie. Au lendemain de l’annonce d'une réforme du ministère de l'Intérieur, le chef de l'Etat s'est mis tout à coup à apprendre aux responsables des compagnies publiques la manière de lui parler. "Je voudrais expliquer votre réplique", a déclaré le directeur général de la compagnie publique Rostekhnologuii, Sergueï Tchemezov, lors d'une réunion de la commission présidentielle. "Non, il ne faut pas l'expliquer, car ma réplique est déjà un verdict", a martelé Dmitri Medvedev. Vos répliques sont à vous, alors que ce que je dis sera gravé dans du granit".

    Qu'est-ce que c'est? Le premier jeu de rôle d’un candidat à l'élection présidentielle de 2012, ou bien le degré extrême d'une irritation provoquée par les hauts dignitaires qui ne sont toujours pas prêts à percevoir le chef de l'Etat comme l’autorité suprême? Quoi qu'il en soit, on constate l'irritation.

    Dmitri Medvedev a exclu Sergueï Tchemezov de la commission pour la modernisation, si chère au président, pour absentéismes injustifiés aux réunions. Mikhaïl Lessine, le conseiller du président et influent homme politique (ex-ministre de la Presse et de l'Information), a été congédié du Kremlin, selon la version officielle, pour business, selon la version informelle, pour avoir empêché Dmitri Medvedev d'appliquer sa politique à la télévision. Ces deux hommes sont proches de Vladimir Poutine.

    A la fin de l'année, on assiste même à des heurts publics entre l'équipe du Kremlin et celle du gouvernement : au sujet de l'impôt sur le transport, de la loi sur le commerce et à propos du gouvernement électronique. Ressentant l'irritation des chefs, les subordonnés cessent de se retenir.

    Il se peut que cela s'explique par la fatigue et qu'après les longues vacances du Nouvel An, on essaie de rétablir le "pouvoir à deux" sans conflits. Mais à l'approche de 2012, l’ambiance est lourde de suspicion et de nervosité.

    Vremia Novosteï
    Dix années de «développement stable» ont montré à la Russie sa vraie place dans le monde

    Dix années ont passés depuis que, sur le perron du Kremlin, Boris Eltsine avait transmis le pouvoir à Vladimir Poutine en lui disant: «Veillez bien sur la Russie!». Cela semble un bon délai pour s’interroger sur les progrès accomplis, lit-on lundi dans le quotidien Vremia Novosteï.
     Alors, il semblait qu’il suffise de se sortir de la fosse des dettes, de reprendre un peu son souffle, de mettre de l'ordre en Tchétchénie et au sein de Gazprom pour que tous les chemins s'ouvrent. Les plans de réformes d’envergure avaient l'air réalisables, aller de l’avant semblait la seule option possible.

    Mais en réalité on a repris le mouvement en cercle. A tel point que la seule réforme structurelle menée à bien – celle dans le secteur de l’énergie – est actuellement en pleine régression. Effectivement, pendant ces années nous avons bien appris à faire l’assemblage de voitures conçues dans d'autres pays. Nous avons appris à acheter ces voitures à crédit. D’une manière générale nous avons appris à acheter à crédit biens des choses. Nous avons appris à comparer le rendement des comptes bancaires en roubles, en dollars et en euros. Nous avons créé un nouvel avion, et assemblé quelques sous-marins.

    En se calmant par des palabres sur le développement du système politique, on est revenus au monopartisme. Sous prétexte de la nécessité d’une stabilité politique, on a vidé de sens les élections au niveau fédéral. Sous prétexte de la nécessité d’une discipline bureaucratique, on a supprimé les élections des gouverneurs. Sans nul prétexte, ayant simplement reçu en 1999 une inoculation d'opposition de la part de la chaîne NTV, on a exclu la possibilité même d'existence d’une télévision indépendante. De l'axiome affirmant que le propriétaire privé est plus efficace que l'État, on est passé aux tentatives quotidiennes de démontrer le théorème selon lequel l'État serait au moins plus équitable. On l’a constaté nous-mêmes et montré aux autres : on peut vivre sous une corruption totale.

    Or, ce n’est pas l'essentiel. L'essentiel c’est qu’après dix ans de «développement stable», et de conditions de vie incroyablement confortables à cause de la conjoncture mondiale, on s’est habitués, sans seulement s’en apercevoir, à l’idée qu’il n’y a pas de sens de scruter l'horizon. Nous connaissons exactement notre place : nous avons un grand passé, et l’avenir nous offre une chance de devenir une vraie puissance régionale. On admet que, par le niveau de développement économique, on ne rattrapera probablement jamais la plupart de ceux qui nous devancent.
     Il est même amusant qu’à l'issue de la décennie post-Eltsine, le pouvoir ait lancé le slogan «La Russie, en avant!» La modernisation est vitale pour le pays, mais pour le moment il n'y a aucune motivation apparente pour se mobiliser en vue de cet objectif.

    Moskovski komsomolets
    Cette année, l'opposition a été victime de ses propres attentes

    La campagne de protestation suite aux élections du 11 octobre a été l'un des événements les plus marquants de l'année qui se termine, lit-on lundi dans le quotidien Moskovski komsomolets.

    Quelques jours après les élections, les partis lésés de l'opposition parlementaire – le KPRF (le Parti communiste), Russie Juste et LDPR (le parti libéral-démocrate de Russie) – ont quitté la salle de la Douma (chambre basse du parlement russe) déclarant que des irrégularités massives sans précédent avaient eu lieu au cours du vote.

    Cependant, les preuves des "irrégularités sans précédent" et des "fraudes massives" n'ont toujours pas été fournies.

    A ce jour, le KPRF a déposé 17 plaintes aux tribunaux, Russie Juste, 14, LDPR, aucune. "Il n'y a pas eu de plaintes massives. Pour l'instant, elles revêtent un caractère de griefs isolés", a déclaré le politologue Dmitri Badovski, le membre de la Chambre sociale.

    "L'opposition qui se réfère actuellement aux sondages de l'opinion ne les avaient même commandés avant les élections, rappelle directeur général du VTsIOM (le Centre russe d'étude de l'opinion publique) Valeri Fedorov. Avant les élections, seuls les résultats de deux sondages avaient été publiés (les deux réalisés par le Centre Levada). Leurs conclusions ne divergent pas beaucoup des résultats du vote".

    "Cette année, l'opposition est devenue victime de ses propres attentes, estime Dmitri Badovski. L'année avait commencé comme celle de la crise et tous les partis d'opposition avaient, au début de l'année, une tendance à estimer que l'existence de problèmes économiques et de difficultés sociales leur assureraient beaucoup de voix, même sans rien faire de particulier et sans avoir à déployer d'efforts supplémentaires. Ces espoirs ne devaient pas se justifier. Lorsque tout le monde a compris que la crise avait éclaté, la requête sociale a été adressée principalement au pouvoir en place. Les citoyens en ont appelé avant tout au pouvoir en place, à sa capacité de minimiser les effets de la crise et d'assurer l'accomplissement des engagements sociaux".

    "Là où l'opposition a mené une campagne électorale intense, le tableau s'est avéré plus diversifié qu'à Moscou. Les résultats des élections qui ont eu lieu sont l'indice du travail et du professionnalisme des partis politiques", résume Gueorgui Fedorov, directeur exécutif de l'association des ONG pour la défense des droits électoraux, Contrôle civil.

    Vedomosti
    Sberbank a présenté une facture à General Motors pour la rupture de la transaction d'achat d'Opel

    La banque russe Sberbank, membre du consortium pour l'achat de 55% actions d'Opel, demande à Général Motors une compensation pour les dépenses occasionnées dans la préparation de la transaction qui n’a pas aboutie, lit-on lundi dans le quotidien Vedomosti.

    "Les négociations ont duré neuf mois, les 9000 pages paraphées du contrat étaient prêtes pour la signature, mais, deux jours avant la conclusion de la transaction, GM y a renoncé", se désole le patron de la banque russe. Si GM n'accède pas à la demande de Sberbank, la banque est prête à défendre ses droits au tribunal, a déclaré Guerman Gref à la chaîne de télévision Vesti.

    Le consortium américain avait annoncé son intention de vendre 55% des actions d'Opel et du britannique Vauxhall en février dernier. En septembre, GM avait reconnu la victoire remportée par le consortium du canadien Magna et du russe Sberbank et signé un mémorandum avec eux. Les partenaires avaient proposé 500 millions d'euros pour l'actif (il était prévu d'investir cet argent dans le développement d'Opel). La transaction devait être approuvée par le conseil des directeurs de GM, mais le 3 novembre, il avait tout à coup refusé de vendre cette unité.

    Cette décision avait surpris les acheteurs d'Opel et les autorités de la Russie et de l'Allemagne. Le premier ministre russe Vladimir Poutine avait même déclaré que GM avait manifesté une "attitude négligente" à l'égard de la Russie et le codirecteur de Magna, Siegfried Wolf, et Guerman Gref avaient annoncé leur intention de demander des compensations aux Américains.

    Hier, les représentants de GM et du Magna n'ont pu être contactés. Chris Gabby, le président de GM chargé de la Russie et de la Communauté des Etats indépendants (CEI), a déclaré en novembre au quotidien Vedomosti que sa compagnie n'avait enfreint aucun engagement pris devant les partenaires. L'accord entre GM, Magna et Sberbank ne mentionne pas de sanctions en cas de rupture de la transaction, avait déclaré Guerman Gref, mais les juristes estiment qu'il est tout de même possible d'obtenir des compensations. Il n'a pas précisé la somme que compte recevoir Sberbank, mais Siegfried Wolf avait évalué en novembre le préjudice à 100 millions d'euros. "J'espère que nous pourrons nous arranger à l'amiable", a fait remarquer Guerman Gref.

    Si la transaction devait être conclue selon le droit anglo-saxon (en vigueur aux Etats-Unis), la signature de l'accord préalable n'imposait pas aux parties l'obligation de conclure la transaction, par conséquent, il est impossible d'exiger des compensations, indique le partenaire de Baker & McKenzie, Sergueï Voïtichkine. Cependant, si elle devait être conclue selon le droit européen, on peut obtenir des compensations des dépenses consenties pour la préparation de l'achat (les services des juristes, des conseillers, etc.), estime Sergueï Voïtichkine. Mais, dans le cas de la vente d'Opel, il peut s'agir au maximum de 10 millions d'euros, estime-t-il.

    Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti

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