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    Les réformateurs japonais regardent du côté de leurs collègues russes et américains.

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    Comme toujours dans de tels cas, le contenu des entretiens qui ont eu lieu lundi à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères russe et japonais, n'a été divulgué que très partiellement.

    Comme toujours dans de tels cas, le contenu des entretiens qui ont eu lieu lundi à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères russe et japonais,  n'a été divulgué que très partiellement.

    Bien que l'on sache qu’une bonne partie de ces entretiens a été consacrée à la position de Tokyo sur les «négociations à six» à propos du nucléaire nord-coréen (pour être exact, le Japon freine constamment ces discussions, comme s’il n’y avait pas la Corée du Nord qui le fait). Et, bien entendu, les deux ministres n’ont pas manqué d’évoquer en passant le problème territorial (c'est-à-dire, la question des Kouriles du Sud) qui, depuis longtemps, a perdu de son acuité.
    A ce propos, répondant à une question de routine d’un journaliste japonais, Sergeuï Lavrov a signalé que "nous sommes ouverts même à des approches non stéréotypées (à l’égard de la question territoriale), et nous en avons également parlé aujourd'hui». Mais le ministre  russe et son collègue japonais, Katsuya Okada, n’ont pas pour autant révélé le fond de ces idées «non stéréotypées». D'ailleurs, elles ne semblent pas de nature à intéresser réellement qui que ce soit, il est clair qu’aucun progrès entre les deux pays concernant les  Kouriles n’est à prévoir, et que «les positions des parties divergent», et que finalement peu importe...
    La vraie intrigue de cette première visite ministérielle par le nouveau gouvernement japonais est ailleurs. Okada est coprésident de la commission intergouvernementale bilatérale pour les problèmes commerciaux et économiques. Et c’est en grande mesure pour rencontrer  son collègue russe, Victor Khristenko, ministre de l'Industrie et de l'Énergie, qu’il est venu à Moscou.
    De source japonaise, on apprend que Tokyo a été très étonné, lorsque la partie russe a d'abord annoncé qu’étant très occupé, Khristenko ne pourrait recevoir son visiteur japonais que dimanche soir. Ne s’agit-il pas d’une réponse à l'acte du parlement japonais qui a récemment annoncé que les Kouriles étaient un territoire sous occupation étrangère? Eh bien non, imaginez-vous, ce n’est pas une démonstration: depuis longtemps la question territoriale est solidement « parquée » dans nos relations sur une voie de garage et n'encombre pas les autres pistes.
    Dans ce cas, encore plus étrange est le destin du paquet de propositions d'investissements pour plusieurs milliards de dollars que ce même Khristenko avait amené à Tokyo, lors de sa visite au Japon au printemps dernier. Les Japonais ont l'impression que c’est à présent Moscou qui ne se presse pas de faire avancer ces initiatives.
    La partie japonaise non plus ne brûle pas d'enthousiasme sur les projets d'investissements en Extrême-Orient, même si cet enthousiasme grandit à mesure des progressions à l’ouest – disons que quelque part près de St-Pétersbourg, investir pourrait être intéressant. Du reste, les Chinois, concurrents des Japonais, sont du même avis.
    Juste au moment où le ministre japonais était à Moscou, le premier ministre russe Vladimir Poutine se trouvait à Vladivostok. Ce dernier a déclaré que la stratégie de développement de l'Extrême-Orient et de la région du Baïkal jusqu'en 2025 est prête. Or, semble-t-il, les relations avec nos voisins – que ce soit dans le cadre de cette stratégie ou en dehors – requièrent une plus grande attention, et cela sans aucun rapport avec les problèmes territoriaux.
    Ceci est d’autant plus évident depuis que Katsuya Okada est ministre des affaires étrangères dans le nouveau gouvernement japonais qui a, à sa tête, Yukio Hatoyama. Un réformateur est arrivé au pouvoir au Japon et tente d'élaborer une nouvelle stratégie de relations avec les réformateurs américains (l'administration Barack Obama) et les réformateurs russes (Dmitri Medvedev). Pour l’instant, certes, ce plan semble n’avoir rien de fondamentalement nouveau, sinon quelques gaffes et erreurs, mais c’est normal! Bien que, dans les rapports avec les États-Unis, il ne s’agisse plus de gaffes –des problèmes ont surgi concernant les bases américaines à Okinawa qu’il vaudrait mieux, probablement, faire déménager dans une autre île, non japonaise : à Guam. C’est justement à l’adresse de Hatoyama que les habitants de la Maison Blanche (celle de Washington) ont fait remarquer qu’il ne savait pas trop de quoi entretenir le président américain lors de leur récente entrevue. Côté Moscou, tout est calme. Alors rien de spécial à se dire?
    Le  point sur la situation intérieure au Japon est fait par un ancien envoyé du Japon à Moscou,  Akio Kawato, personnalité unique en son genre (il a écrit un livre en russe!). A présent, outre l'enseignement et l'écriture, il s'est passionné pour les blogs et envoie parfois à ses amis russes des missives dans leur langue maternelle. Voici ce qu'il a écrit la semaine dernière:
    «Je ne m’attendais pas qu’à un âge si avancé,  je trouve mon pays traverser un temps trouble. Le Japon se trouve à la croisée des chemins à plusieurs égards : le sort de son alliance avec les États-Unis, les grandes lignes de notre politique étrangère, la perspective de notre économie et la future orientation de notre civilisation et de nos valeurs. L’été passé, le Japon s’est doté d’un nouveau gouvernement avec, à sa tête, le Parti démocrate du Japon (PDJ) qui représente un mélange de socialistes, de reste du mouvement étudiant des années 60, de syndicalistes et d’électeurs sans-parti qui ont souffert des réformes dures de l’ancien premier ministre Koizumi … Toute cela me rappelle l'Union Soviétique à la fin des années quatre-vingt, quand les Russes avaient imputé tous les malheurs dans la vie au règne du Parti communiste de l'Union Soviétique (PCUS)…
    Il est vrai, la majorité silencieuse de la société soutient l’ancienne politique dans le domaine de la sécurité, et même dans les rangs du PDJ, la position du premier ministre Hatoyama n'est pas appuyée sans réserve (entre autres, tout le monde a vraiment du mal à comprendre ce que  Hatoyama pense réellement de notre politique de sécurité) …
    Personnellement, j’ai voté PDJ par curiosité. Je voulais voir ce qui arriverait avec le changement de gouvernement (depuis l'après-guerre, il n’y a pas eu de vrai changement de gouvernement au Japon). Or, le résultat se trouve même un peu trop séduisant : une sorte de montagne russe.
    Tantôt je plonge dans un profond désespoir, et l’instant  d’après je refais surface et je pense que nos toutes-puissantes entreprises nous sauveront tous».
    Les montagnes russes dans les relations avec le nouveau Japon? Ben, quoi, ce serait plutôt intéressant. Et il se peut bien qu’il en soit  bientôt ainsi.



    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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