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    Les seniors n'ont plus choix: il faudra travailler plus longtemps

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    Pour les experts tout est clair, ils en ont discuté autour de tables rondes, et voici leur verdict: l'âge de la retraite en Russie ne peut pas ne pas être élevé.

    Pour les experts tout est clair, ils en ont discuté autour de tables rondes, et voici leur verdict : l'âge de la retraite en Russie ne peut pas ne pas être élevé.

    Mikhaïl Dmitriev, président du Centre de Recherche Stratégique, a participé à ce genre de réunions. « On n’a plus le choix désormais, dit-il. Les demandes actuelles d'augmenter les retraites sur fond de croissance de la longévité et de brusque réduction de la population active n'ont pas laissé le choix au gouvernement. Il faudra bien élever l'âge de la retraite, mais, pour l’instant, le gouvernement ne veut pas en entendre parler ».

    Qu’y aurait-il à craindre en l’occurrence ? Cela fait des années que le sujet fait l’objet d’un débat. En apparence, dans des conditions de manque de moyens dans le système de retraite, l’élévation de l'âge de la retraite semble être un outil simple et évident permettant de réduire le nombre des retraités (et donc ce poste de dépenses budgétaires) et de faire croître l’offre sur le marché du travail ainsi que les entrées fiscales.
    Certes, cette décision pourrait présenter des avantages, mais elle risque aussi d’engendrer une foule de problèmes.

    Établi dès 1932, l'âge de la retraite pour les Russes est resté inchangé depuis et est un des plus bas au monde. Les femmes peuvent prendre leur retraite à 55 ans, les hommes à 60. Mais si, il y a 70 ans, l'État pouvait bien se le permettre, ce n’est plus le cas à présent, semble-t-il. En 1939, par exemple, la part des personnes âgées de 60 ans et plus constituait 6,7%, alors qu’en 2002 ce taux était déjà de 18,5%. De plus, en 1939, pour 1 000 personnes en âge de travailler il y en avait 164 ayant atteint l'âge de la retraite, contre 335 en 2002.

    Selon les données de l'ONU, au cours des trois dernières années en Russie l'espérance de vie chez les hommes est passée de 59 à 62 ans et celle des femmes est supérieure à 74 ans, ce qui fait qu’à l’heure actuelle un retraité russe est entretenu par 1,7 travailleurs. Et ce rapport va aller en s'aggravant.

    Quelles seraient les conséquences de l’élévation de l'âge de retraite ? On pourrait croire qu'il faudrait créer plus de postes de travail puisque le pays n’est pas en manque de main-d'oeuvre. Au contraire, il y a deux millions de chômeurs, et les emplois devraient donc plutôt être accordés partiellement aux travailleurs moins âgés, ou, pour être plus précis, à ceux qui viennent tout juste de finir leur formation. En outre, vu qu’en général les gens approchant l'âge de la retraite ne possèdent pas les compétences désormais indispensables, il faudrait mettre en place pour eux tout un système de formation et de reconversion. Il est clair également qu’il faudrait consacrer beaucoup d’efforts pour combattre le comportement vieux jeu de certains employeurs pratiquant à l’heure actuelle en toute liberté et en toute impunité la discrimination des travailleurs en fonction de d’âge. Et il est tout aussi clair que les employeurs offriraient une résistance acharnée.

    Mais si tout était si simple que ça, il ne serait même pas question d’engager les gens «d’un certain âge» à revenir sur le marché du travail. Le problème est que la situation sur ce marché doit changer dès les prochaines années. «Au cours des dix dernières années, la population en âge de travailler s’est accrue au rythme de 2% par an, explique Mikhaïl Dmitriev. Tandis que maintenant, cette population (de 20 à 55 ans) décroît de 1% par an, soit 500 à 600 mille personnes». Dans ces conditions, l'économie ne pourra tout simplement pas se développer parce qu'il serait impossible de créer de nouveaux emplois ou de nouvelles entreprises, le manque de main-d'œuvre se ferait ainsi sentir, pronostique l'expert. Il y aura donc de la place aussi pour les spécialistes d'un certain âge.

    L’élévation de l'âge de retraite est également susceptible d'influencer de façon significative la vie politique du pays. Plus que cela, cela peut changer le système entier des rapports sociaux. Ici, l’essentiel c’est de savoir comment les gens de chez nous perçoivent la retraite, c’est-à-dire comme une invite à la misère et aux privations, ou comme un repos tant désiré. Beaucoup se sentiraient trompés : ceux qui auraient vraiment attendu le moment où ils pourraient se retirer. Les autres verraient dans cette innovation un nouvel espoir de poursuivre une vie normale. Cela dépend ici beaucoup du point de savoir où habite la personne en question : dans une «ville-monoindustrielle» où il peut ne pas y avoir de travail du tout, ou dans une grande mégalopole pleine de chances et possibilités.

    D'autres changements sont possibles. Les jeunes ménages, par exemple, ne devront plus compter sur les grands-parents pour élever leurs petits, car ceux-là auront un emploi salarié. D’ailleurs, armés de statistiques démographiques, les adversaires de l’élévation de l'âge de retraite cherchent à prouver qu’une telle mesure ne serait de mise qu’à l’égard des femmes, car nombre d’hommes ne parviennent même pas jusqu'à l’âge de la retraite, et cela signifie qu’ils ne seraient plus motivés de cotiser pour la retraite.

    Enfin, on peut pronostiquer un certain "retour" des personnes d’âge moyen à leur rôle normal, c'est-à-dire, respecté et crucial, dans la société. Ceci avait posé de grands problèmes dans les années 1990, et nul n'a pas encore prouvé que cela n’a pas vraiment entravé le développement du pays.
    Entre-temps, à en juger par les actions du gouvernement, une certaine décision importante au sujet d’une future élévation (ne serait-ce, éloignée) de l'âge de retraite est d’ores et déjà prise. La logique même des événements ne permet pas aux futurs retraités de se bercer d’illusions et de compter sur le maintien en l’état du système de retraites actuel.

    Rappelons que l’an 2010 verra une majoration des retraites sans précédent dans l'histoire de la Russie contemporaine. Étant de 4,4 mille roubles à la mi-2008, la retraite moyenne sera augmentée jusqu'à presque 8 mille roubles en 2010. De plus, le coefficient de substitution, à savoir le rapport entre la moyenne des retraites et celui des salaires, sera nettement amélioré. Si en 2007, il était de 22,8%, en 2010 il excédera 36,2% et « frôlera » les 40% recommandés par l'Organisation Internationale du Travail.

    Cette augmentation sans doute bien nécessaire des paiements nécessitera des dépenses considérables : 1,9 billions des roubles, soit environ 4% du PIB 2010. A la source d'augmentation des retraites seront les revenus budgétaires provenant des exportations de gaz et de pétrole et, à partir de 2011, aussi des entrées supplémentaires à raison de 1,6% du PIB dues à l'augmentation - de 20 à 26% - du taux des cotisations au Fonds de retraite.
    Mais, d’après les calculs du Centre de Recherche Stratégique, pour maintenir le niveau des pensions à environ 40% du salaire au cours des années prochaines, le gouvernement aurait à augmenter le budget du Fonds de retraite de quelque 20%. Et encore, faut-il trouver ces moyens au-delà des sources prévues dans le budget sur trois ans. Il est possible de le faire en augmentant soit les impôts, soit les sommes des cotisations d'assurance, soit grâce à la privatisation de la partie de la propriété restant entre les mains de l'État, soit en stimulant une retraite bénévole plus tardive (plus tard le travailleur part à la retraite, plus le montant de la retraite est important). Ou bien il faut élever l'âge de la retraite.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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