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    Revue de la presse russe du 14 janvier

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    Livraisons de pétrole russe à la Biélorussie : répétition du scénario de 2007/ Des transactions entre la Russie et l'Iran réglées en devises nationales/ Vladimir Poutine accélère la restitution des biens religieux/ Chasser Napoléon de Moscou une nouvelle fois?

    Vedomosti
    Livraisons de pétrole russe à la Biélorussie : répétition du scénario de 2007

    La tension s'est de nouveau accrue dans le domaine des livraisons d’hydrocarbures en provenance de Russie. Cette fois-ci, non pas avec l'Ukraine, mais avec la Biélorussie et il s'agit non pas du gaz, mais du pétrole, lit-on jeudi dans le quotidien Vedomosti.

    Perspectives peu réjouissantes : les rapports privilégiés que la Russie entretient avec les anciennes républiques de l'URSS risquent de devenir encore plus complexes au sein de la nouvelle Union douanière.

    L’oléoduc Droujba  qui passe par la Biélorussie est la principale voie de transit des livraisons de pétrole russe vers l'Europe. Une partie du combustible est livrée aux raffineries de pétrole biélorusses dont les produits dérivés sont vendus en Europe. La Russie et la Biélorussie s'étaient entendues en 1995 sur une exemption d’impôts pour le pétrole livré à la Biélorussie, mais celle-ci devait verser à la Russie 85% de la taxe à l'exportation perçue sur les produits pétroliers livrés à l'Union européenne. Cet accord n'avait pas été appliqué par les Biélorusses et une guerre pétrolière avait éclaté en janvier 2007 : la Russie avait alors introduit des taxes à l'exportation. En réponse, les Biélorusses avaient accru les tarifs du transit de pétrole. La Russie avait revu sa position et baissé la taxe (un rabais de 64%), ce qui lui avait fait perdre en 2007-2008 et sur les neuf premiers mois de 2009 un total de 9,6 milliards de dollars.

    Mais, à la veille du Nouvel An, la république sœur a avancé un argument massue pour exiger de la Russie une annulation de toutes les taxes à l'exportation en invoquant la conclusion du traité de l'Union douanière qui suppose l'absence de barrières douanières. Il faut reconnaître que la position occupée par Alexandre Loukachenko aux négociations est devenue bien plus stable que lors de la guerre pétrolière d'il y a deux ans.

    Il n’était pas nécessaire d’être un génie pour prévoir cette suite d’événements. Comment les autorités russes ne l'avaient-elles pas prévu en signant l'Union douanière et, si elles l'avaient prévu, pourquoi n'avaient-elles pas fait preuve d’un peu plus de bon sens ? Quant à Loukachenko, il avait calculé d'avance la somme que le nouvel accord avec la Russie rapporterait à son pays.

    On a l'impression que Moscou cherche à conserver coûte que coûte l'illusion de son influence dans les pays de l'ex-URSS, même au prix des pertes budgétaires directes. Mais des pertes stratégiques l'attendent aussi : aux yeux des consommateurs européens, la réputation de la Russie est de nouveau compromise.


    Gazeta.Ru.
    Des transactions entre la Russie et l'Iran réglées en devises nationales

    L'Iran propose à la Russie de passer aux paiements en rials et en roubles lors de la réalisation des projets communs. A l’heure actuelle, du point de vue économique et politique, cela est plus avantageux pour Téhéran que pour Moscou estiment les experts, lit-on jeudi dans le quotidien Gazeta.Ru.

    Pour amorcer les préparatifs en ce sens, les parties vont préparer une base juridique en l'espace de quatre semaines. Le vice-ministre iranien du Pétrole, Hossein Nogrekar-Shirazi, a déclaré hier que divers projets étaient envisagés avec Gazprom, Lukoil, Gazprom Neft et Sibur. Selon le vice-ministre russe de l'Energie, Sergueï Koudriachov, les groupes de travail désignés mettront prochainement la dernière touche à l'élaboration d’un "carnet de route" pour la mise en œuvre des projets communs russo-iraniens, dont le montant pour les prochaines années pourrait s’élever à environ 20 milliards de dollars.

    « La logique de l'utilisation des monnaies nationales est parfaitement compréhensible : la Russie et l'Iran détiennent environ 18% des réserves mondiales de pétrole et 40% de celles de gaz » explique Igor Ladyguine, analyste chez TeleTrade D.J. Au contraire, Agvan Mikaelian, directeur général de Finexpertiza, se montre sceptique : « Il n'y a en ce moment pas de parité dans le volume des opérations d'export-import entre la Russie et l'Iran. Nous vendons à l'Iran plus que nous ne pouvons en recevoir ». « La Russie possède des technologies, c’est cela qui intéresse surtout l'Iran » estime Igor Ladyguine.

    La question est de savoir quel sera le rôle de la Russie dans les projets communs. S'il s'agit de poser des conduites d’hydrocarbures, alors le jeu n’en vaut pas la chandelle, en revanche, transporter du gaz par les tubes posés par nous, c’est autre chose. « Parmi les projets communs est envisagée la participation de la Russie au projet de gazoduc Mir joignant l'Iran à l’Inde via le Pakistan, voilà un marché prometteur ! » fait remarquer Igor Ladyguine.

    Selon l'expert, le risque principal relève avant tout du domaine politique. « Entreprendre actuellement des actions en ce sens présente trop de risques dans un contexte de confrontation croissante entre l'Iran, d'une part, et les Etats-Unis et leurs alliés, de l'autre. Des sanctions peuvent être prises à n'importe quel moment à l'encontre de l'Iran, ce qui entraînerait une répétition de la situation que connaît l'Irak » suppose Igor Ladyguine. En l’occurrence c'est encore l'Iran qui y gagnerait. Afin d’éviter de prendre de tels risques politiques, la Russie ne peut participer que dans un projet prévu sur le territoire de pays tiers, comme le Pakistan ou l’Inde, estime l'expert.

    Selon Alexandre Ossine, économiste de la société Finam Management, le but poursuivi à long terme par les structures russes et iraniennes est d'accroître les profits de leurs systèmes financiers sur les marchés internationaux. « Ce projet présente un intérêt mutuel pour la Russie et l'Iran pour les années à venir », résume-t-il.

    Kommersant.
    Vladimir Poutine accélère la restitution des biens religieux

     Le processus de restitution à l'Église de ses biens nationalisés par le gouvernement soviétique à partir de 1917 connaît un nouvel essor, lit-on jeudi dans le quotidien Kommersant.

     Le 13 janvier, la commission gouvernementale pour les associations religieuses a examiné la nouvelle rédaction de la loi « Sur la transmission aux organisations religieuses des biens destinés au culte ». Seuls ne seront pas restitués les biens d’une valeur spécifique, comme les monuments et ensembles inclus dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO (par exemple, la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux ou l'ensemble des églises du Kremlin de Moscou).
     La loi n'est pas encore adoptée, mais la restitution est déjà en cours. Ainsi, au cours des 15 dernières années, une bonne centaine d’églises ont été rendues à l'Église Orthodoxe Russe sur ordre du gouvernement. Lors de sa rencontre avec le patriarche Cyrille, le 5 janvier dernier, le premier ministre Vladimir Poutine a préconisé une accélération du processus et la mise en place d’un cadre juridique adapté.
     « Il est évident que ce projet de loi concerne en premier lieu l'Eglise orthodoxe russe dans la mesure où c’est à elle que sera transmise la majeure partie des biens religieux, estime le directeur de l'Institut de la religion et du droit, Roman Lounkine. Si la loi est adoptée sous cette forme, cela porterait atteinte aux droits des musées qui risquent alors de perdre une partie de leurs collections ». Les experts immobiliers, eux aussi, sont persuadés que si le projet de loi est accepté, l'Eglise orthodoxe russe a des chances de devenir le plus grand propriétaire des biens après l’État.
     16000 paroisses et 4696 cours de catéchisme orthodoxes fonctionnent actuellement en Russie, ainsi que 234 monastères et 244 couvents. L'Église Catholique romaine compte 220 paroisses, dont un tiers sans églises. En outre, on compte en Russie plus de 4000 mosquées et près de 70 synagogues. La surface des bâtiments religieux varie de 5 à 50 mille mètres carrés, celle des terrains de 0,3 à 10 hectares. Pratiquement aucun de ces biens ne constitue une propriété des organisations religieuses mais ils sont mis à leur disposition de façon illimitée et gratuite.
     « L'État ne devrait pas gaspiller un bien qui appartient au peuple, rétorque Vladimir Kachine, député de la Douma et vice-président du Comité Central du Parti communiste de la Fédération de Russie. Pourquoi devrait-on faire de l'Église un milliardaire de plus ? »
     « L’Eglise orthodoxe russe est l'institution sociale la plus désintéressée qui soit, et il est immoral de la suspecter d’un éventuel commerce immobilier », s'indigne le père Vladimir Viguiliansky, chef du service de presse au patriarcat de Moscou. « Pour le moment, nous ne songeons pas à étoffer notre budget en mettant des locaux en location, a déclaré le rabbin Zinovy Kogan, président du Congrès des communautés et organisations religieuses juives de Russie. Nous n'excluons cependant pas une telle éventualité, sauf dans le cas des locaux destinés à la prière ». Nafigulla Achirov, coprésident du Conseil des muftis de Russie soutient ses confrères : « Ce qui a été volé doit être rendu ».


    Vremia Novosteï

    Chasser Napoléon de Moscou une nouvelle fois ?

    L'Eglise Orthodoxe Russe propose de faire renaître la tradition de célébrer l'anniversaire de la Retraite de Russie. Pourquoi, nous obliger, deux cents ans après, le jour de la Noël orthodoxe, à un regain de patriotisme, à plus forte raison, au niveau d'une fête nationale ? lit-on jeudi dans le quotidien Vremia Novosteï.

    Comment la célébration de la retraite des troupes de Napoléon pourrait-t-elle bien contribuer aujourd’hui au rapprochement entre la Russie et la France et, d'ailleurs aussi l'Europe dans son ensemble ? L'effet risque d’être plutôt inverse. Est-ce si nécessaire au pouvoir actuel qui a quand même réussi à former ces dernières années des groupes de jeunes gens aux humeurs anti-américaines, anti-estoniennes, anti-polonaises, anti-géorgiennes et anti-ukrainiennes ? Pourquoi ne pas y ajouter aussi des humeurs anti-françaises et, d'une manière générale, anti-européennes ?

    Ces dernières années, nos dirigeants les plus haut placés n'ont pas hésité à mettre à profit la formule connue, selon laquelle le principal "occidentaliste" de la Russie est son président (le premier ministre, le tsar). Cela, dit-on, faciliterait les contacts avec les partenaires occidentaux : « Vous voulez qu'on vous fasse des concessions, que nous adoptions vos valeurs, que nous apprenions grâce à vous à instaurer la démocratie ? Je suis votre seul interlocuteur, car, pour l'instant, tout cela reste étranger au peuple russe ». Cela signifie donc que tous les autres contacts, surtout au niveau des organisations non gouvernementales (ONG), n’ont pas lieu d’être et sont nuisibles. Bref, mieux vaut éviter de s'ingérer dans les affaires intérieures russes, quelles qu'elles soient, car ces ingérences sont vouées à l’échec.

    L'Eglise Orthodoxe Russe ou certains de ses représentants ont le don de deviner les désirs du pouvoir laïque, sans qu’il ne soit bien besoin de les formuler. Dans un passé récent l'Eglise Orthodoxe Russe a connu l’histoire bien pénible de la coexistence avec un régime totalitaire et a appris là bien des choses. Or aujourd’hui on se demande bien quel bénéfice elle a tiré de cette expérience. Il serait bon que nous autres Européens envisagions l'avenir, de même que les Français qui, pour la première fois depuis de nombreuses décennies, n'ont pas célébré le 11 novembre, la victoire remportée lors de la Première Guerre mondiale sur l'Allemagne, l'ennemi héréditaire.


    Ces textes tirés de la presse russe n'engagent pas la responsabilité de RIA Novosti

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