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    L'opération « Countenance » et le souvenir iranien de la Seconde Guerre mondiale

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    Les événements qui se produisent actuellement en Iran, à l’instar de l'assassinat d'un célèbre atomiste iranien dans un acte terroriste ou de l'ultimatum posé aux puissances occidentales (accepter, avant fin janvier, les conditions iraniennes sur le programme nucléaire de Téhéran) – semble signifier que la politique étrangère iranienne est devenue politique intérieure.

    Les événements qui se produisent actuellement en Iran, à l’instar de l'assassinat d'un célèbre atomiste iranien dans un acte terroriste ou de l'ultimatum posé aux puissances occidentales (accepter, avant fin janvier, les conditions iraniennes sur le programme nucléaire de Téhéran) – semble signifier que la politique étrangère iranienne est devenue politique intérieure.

    N'importe quelle action dans ce domaine fait partie d’une lutte intérieure qui est en train de se transformer en guerre civile.

    C'est probablement dans cette optique qu'il faut considérer le fait que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ait demandé un dédommagement aux pays de la coalition antihitlérienne qui avaient participé à l'occupation de l'Iran en 1941 connue comme l'opération « Countenance »

    Cette opération fut effectuée par l'URSS et la Grande-Bretagne du 25 août au 17 septembre 1941. Elle avait pour but de garantir la sécurité de l'itinéraire méridional des livraisons effectuées à Moscou dans le cadre du prêt-bail et d'exclure les actions éventuelles de l'Iran aux côtés des pays de l'Axe hitlérien.
    En outre, l'introduction de troupes sur le territoire de l'Iran devait parer à une éventuelle agression de la Turquie, car Ankara aurait pu, à en juger par son état d'esprit, faire partie de l'Axe.

    L'occupation fut lancée après le rejet du chah d'Iran, Reza Pahlavi, de laisser la Grande-Bretagne et l'URSS déployer leurs troupes sur le territoire iranien, et ce malgré le traité soviéto-iranien de 1921 prévoyant le droit de l'Union Soviétique d'introduire ses troupes en cas d'apparition d'une menace aux frontières de l'URSS.

    Bref, les Alliés furent contraints d'effectuer une véritable opération militaire dans laquelle furent engagées trois armées soviétiques venant du Nord, ainsi que trois divisions, deux brigades et un régiment de l'armée britannique.
    Les forces iraniennes étaient bien inférieures à celles des Alliés : Téhéran ne put opposer que cinq divisions aux troupes soviétiques et britanniques.

    Les pertes totales essuyées par les Alliés au cours de l'invasion ont été relativement faibles : environ 50 tués et plus de 4000 blessés et malades du côté de l'URSS et 22 tués et un peu plus de 40 blessés et malades du côté des troupes britanniques.

    Les combats n'avaient pas duré longtemps : le nouveau gouvernement iranien donna l'ordre de cesser la résistance.
    Le 29 août, les troupes iraniennes se rendirent aux Britanniques et le 30 août, à l'Armée Rouge. A ce moment-là, les Alliés pénétrèrent dans le territoire iranien.

    L'accord sur le déploiement des troupes des Alliés sur le territoire iranien fut signé 8 septembre 1941 et le lendemain, il entra en vigueur.
    Le chah Reza Pahlavi, qui refusa d'accepter l'entrée des troupes des Alliés, fut contraint d'abdiquer. L'année suivante, son fils, Mohammad Reza Pahlavi, devint chah (sans l'accord de l'URSS et de la Grande-Bretagne). L'ancien souverain quitta l'Iran. Il est mort en 1944 à Johannesburg (Afrique du Sud).

    Les rôles des Alliés furent partagés : l'URSS contrôlait le Nord de l'Iran, les ports de la Caspienne et la frontière irano-turque, la Grande-Bretagne, le Sud, les ports de l'Iran méridional et les champs de pétrole.

    Il convient de signaler que la situation dans cette région était assez tendue en 1941, malgré son éloignement : des insurrections pro-allemandes eurent lieu dans les pays voisins, l'Irak et la Syrie. Les Allemands avaient fourni des armements aux insurgés, y compris de l'artillerie, des armes légères et des avions.

    Les aspirations pro-allemandes furent assez fortes en Iran et en Turquie, ce qui laissait supposer des actions éventuelles aux côtés des pays de l'Axe et nécessitait de prendre des mesures appropriées.

    La neutralité de l'Iran assurée par l'opération « Countenance » exerça une grande influence sur le cours de la Seconde Guerre mondiale.
    Les champs pétroliers de l'Iran et de l'Irak du Sud jouèrent un rôle important dans l'approvisionnement des Alliés en carburant et l'itinéraire du prêt-bail qui passait du port irakien de Bassorah vers le Nord via l'Iran fut la route principale par laquelle l'URSS recevait l'aide des Alliés pendant la guerre.
    L'une des principales conférences des Alliés a eu lieu en 1943, à Téhéran, la capitale iranienne, où Staline, Roosevelt et Churchill prirent des décisions qui déterminèrent l’étape finale de la guerre.

    L'occupation de l'Iran dura jusqu'en 1946 et son achèvement fut l'une des premières pages de la "guerre froide": craignant les provocations possibles de la part des Alliés d'hier dans la Seconde Guerre mondiale, l'URSS ne se hâtait pas de retirer ses troupes, ce qui entraîna une longue confrontation diplomatique.

    Revenant aux événements de 1941, il faut bien dire qu'ils n’étaient pas uniques en leur genre. Les forces alliées débarquèrent en Islande, en Afrique du Nord, etc. Et, jusqu'à présent le bien-fondé de telles actions, dans un contexte de guerre, n'a été mis en doute par personne.

    Il est assez difficile de parler du préjudice causé à l'Iran par l'occupation.
    D'une part, il y a certainement eu violation de la souveraineté du pays, mais elle a été provoquée par la violation de l'accord signé plus tôt par l'Iran.
    D'autre part, l'infrastructure créée lors de l'occupation et le matériel fourni à ce pays ont largement contribué à son développement ultérieur.

    Quoi qu'il en soit, les exigences de dédommagements avancées 65 ans après la fin de la guerre ne peuvent être qualifiées que de nouvelle extravagance des dirigeants iraniens qui n'ont d'ailleurs rien à voir avec la dynastie Pahlavi, alors au pouvoir, et dont le souvenir a été méthodiquement effacé en Iran après la révolution islamique de 1979.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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