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    Victoire sur le nazisme: anatomie d'une parade

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    Trait d'union entre présent et passé, la traditionnelle parade militaire du 9 mai sur la place Rouge, qui marquait les 65 ans de la victoire sur l'Allemagne nazie, n'a pas fait exception à la règle en permettant d'appréhender les ambitions russes sur l'échiquier mondial.

    Trait d'union entre présent et passé, la traditionnelle parade militaire du 9 mai sur la place Rouge, qui marquait les 65 ans de la victoire sur l'Allemagne nazie, n'a pas fait exception à la règle en permettant d'appréhender les ambitions russes sur l'échiquier mondial.

    Par-delà les lignes de fracture

    Premier constat, la présence sur la place Rouge, et ce pour la première fois, de troupes de quatre pays de l'Otan, la France étant représentée par le régiment de chasse Normandie-Niemen qui était notamment intervenu lors de la bataille de Stalingrad.

    Signe palpable d'une volonté de surmonter les malentendus, alors que Moscou considère toujours l'Alliance comme la principale menace à sa sécurité. Preuve aussi que le réchauffement initié dans le sillage du processus de Corfou, visant à tourner la page du conflit russo-géorgien, porte ses fruits.

    On y lit surtout un effort visant à inscrire clairement le rôle des alliés dans la logique historique, là où la réciproque n'a jamais été vraiment de vigueur. Moscou, en effet, cultive un certain ressentiment vis-à-vis du club occidental qui, réuni à Omaha Beach, avait à peine évoqué le sang versé russe.

    Les missiles Iskander, dissimulés dans d'énormes camions servant de pas de tir, rappellent toutefois que la tension russo-occidentale était à son comble il n'y a de cela pas si longtemps: ce sont précisément ces projectiles que le président Medvedev avait menacé de déployer dans l'enclave de Kaliningrad, frontalière de l'Union européenne, en réponse au projet de déploiement d'éléments du bouclier antimissile américain Pologne.

    Les 75 soldats du Bataillon de représentation de l'armée polonaise, premier pays de l'Otan à pénétrer sur la place mythique, revêtent une résonance particulière en regard des événements récents: le président polonais Lech Kaczynski, sa femme, et de nombreux membres de l'élite polonaise ont trouvé la mort dans le crash de leur avion à Smolensk, une tragédie que la Russie a tenté, avec succès, de tourner à l'avantage de relations bilatérales souvent minées par le poids de la guerre mondiale et ses suites.

    La présence d'unités de l'Otan "prouve clairement notre solidarité et que les valeurs humaines communes sont de plus en plus importantes pour le développement du monde contemporain", a relevé le président russe Dmitri Medvedev après le défilé.

    L'Eurasie à l'honneur

    "Tous les peuples de l'ex-URSS se sont battus pour [la victoire], les alliés l'ont rendue possible", a commenté le président Medvedev avant le coup d'envoi du défilé saturé de symboles de l'URSS. La mise en valeur du rôle "soviétique" dans son ensemble, et la présence en force de dirigeants de la Communauté des Etats indépendants, qui s'étaient réunis à la veille de la parade, montrent toutefois où la Russie porte ses vues stratégiques.

    On y perçoit notamment la volonté de Moscou de fédérer les anciennes républiques soviétiques et de rasseoir son rôle de leader dans cette région stratégique qu'est l'Asie centrale, zone tampon avec l'Afghanistan prise au confluent des intérêts russes, américains et chinois. Donnée géostratégique importante, de nombreux Etats centrasiatiques sont réunis au sein de l'Organisation du traité de sécurité collective (ODKB), parfois qualifiée d'"OTAN russe".

    Medvedev et Hu, assis côte à côte, ont en outre rendu palpable l'entente des partenaires stratégiques de l'espace eurasien: entretenant des relations complexes et non dénuées de rivalité, Russie et Chine sont unies au sein de l'Organisation de coopération de Shanghai.

    Défendre le bilan de la guerre

    Le discours de M. Medvedev a lui réitéré les lignes de forces de la politique étrangère russe, en mettant l'accent sur la notion d'union, renforcée par la présence otanienne. "Tous les peuples de l'ex-URSS se sont battus pour [la victoire], les alliés l'ont rendue possible. Notre front commun témoigne de notre volonté commune de défendre la paix, de ne pas tolérer de révision du bilan de la guerre, et de ne pas permettre de nouvelles tragédies".

    Le "bilan de la guerre", dont la défense est le leitmotiv de la diplomatie russe, c'est notamment une donne géopolitique qui a fait de la Russie, héritière de l'URSS, le pays le plus vaste du monde, doté de réserves d'hydrocarbures gigantesques. Et dont l'immensité fait parfois grincer des dents. En témoignent notamment les prétentions territoriales japonaises sur l'archipel des Kouriles du Sud, quatre îles passées sous le contrôle de l'URSS au lendemain de la guerre, et que Tokyo insiste pour récupérer sous son giron.

    Le "révisionnisme" gronde également au sein même de l'Union européenne, dans les pays baltes, où des défilés de vétérans des Waffen SS se répètent à Riga. La présence du président letton Valdis Zatlers sur la place Rouge, tout comme celle de son homologue estonien Toomas Hendrik Ilves (les relations s'étaient aggravées en avril 2007 quand un monument au soldat libérateur soviétique avait été démantelé au centre de Tallinn) pourrait augurer une embellie dans les relations entre la Russie et ses proches voisins.

    "Ce n'était qu'un simple pas, nous devons être courageux et entreprendre de telles démarches pour l'avenir", a commenté M. Zatlers.

    La présence de chefs d'Etats baltes est donc cruciale. Et alors que navires russes et ukrainiens paradaient conjointement plus au sud à Sébastopol (Crimée), sur fond de lune de miel entre Kiev et Moscou faisant suite à des années de tension, les autorités russes délivraient à la communauté internationale un double message: si l'heure est à la détente avec l'occident, la Russie va tout mettre en œuvre pour restaurer son influence au sein de l'espace postsoviétique.

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