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    Noursoultan Nazarbaïev : la reconstruction sur les ruines de l'empire

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    Noursoultan Nazarbaïev, le président du Kazakhstan, qui fêtera le 6 juillet ses 70 ans, a manqué de peu l'obtention du titre officiel de Chef de la Nation.

    Noursoultan Nazarbaïev, le président du Kazakhstan, qui fêtera le 6 juillet ses 70 ans, a manqué de peu l'obtention du titre officiel de Chef de la Nation. Une loi spéciale, acceptée à l'unanimité par le parlement, a été préparée mais le chef d'État l'a décliné.

    Noursoultan Nazarbaïev  dirige le pays depuis 20 ans, réprimant sans cesse les dérives à la manière du Turkmenbachi (nom donné au dictateur turkmène, Saparmourat Niazov, mort en 2006). Il n'a nul besoin d'un titre oriental glorifiant et luxurieux avec des monuments, des rues, des places et des villes en son nom. Il est le réel leader de la nation, le père du peuple, « le roi, le dieu et le chef militaire » du Kazakhstan.

    En 2000 déjà, le parlement avait voté la loi constitutionnelle « Sur le premier Président de la République du Kazakhstan », avec des phrases aux accents pathétiques telles que : « Le premier Président de la République du Kazakhstan, en raison de sa mission historique, a le droit à vie de s'adresser au peuple Kazakh, aux institutions gouvernementales et aux fonctionnaires avec des initiatives concernant les questions de haute importance vis-à-vis de la structure gouvernementale, des politiques intérieure et extérieure et de la sécurité du pays, devant faire l'objet d'étude par les institutions et les fonctionnaires compétents ».

    De plus, Nursultan Nazarbaev est à la tête du parti dirigeant Nur Otan (la lumière de la Patrie) qui contrôle intégralement la chambre basse du parlement (bien qu'il existe certains députés sans-parti, il n'y a aucune opposition). Enfin, son immunité et son statut d'irremplaçable sont assurés de manière législative : il n'existe aucune limite au nombre de mandats présidentiels. À vrai dire, le président a étouffé l'idée de la présidence à vie. De tels extrêmes monarchiques ne sont pas à son goût.

    Néanmoins, Noursoultan Nazarbaïev  a, bien sûr, fondé un système gouvernemental autoritaire. Il n'avait pas d'autre modèle, il n'existait aucune base pour une démocratie du type occidental dans cette région. Et l'exemple tragique du Kirghizstan voisin montre le résultat de la moindre indulgence.
    Au Kazakhstan la situation n'a pas toujours été stable et pacifique. La population a du tempérament, surtout la jeunesse qui a initié des émeutes en décembre 1986, encore à l'époque soviétique, qui ont fait plusieurs victimes. Les émeutes ont commencé suite à la nomination de l'étranger Guennadi Kolbine au poste de premier secrétaire du comité centrale du parti communiste du Kazakhstan. Noursoultan Nazarbaïev a pris sa place en 1989, en commençant doucement mais sûrement à renforcer sa position au pouvoir et à construire son propre état, au fur et à mesure de l'accélération des processus centrifuges en URSS. Après Gorbatchev il est devenu président du Conseil suprême, puis président. Il n'a pas voulu quitter à tout prix l'Union soviétique au profit de l'indépendance mais il a toujours et sans tarder répondu aux défis de l'époque.
    Après la signature des accords de Beloveja, il est devenu l'un des principaux créateurs et idéologues de la CEI, comprenant que la république n'était pas prête à devenir autonome. Il n'est pas dans son habitude d'agir sans réfléchir ou de faire des manœuvres audacieuses, il est plutôt partisan d'un développement linéaire mais continu.

    Et l'autoritarisme de Noursoultan Nazarbaïev fonctionne de la même manière : calme, modéré, civilisé, voire même éclairé. Noursoultan Nazarbaïev  et son gouvernement sont entièrement concernés par la phrase d'Alexandre Pouchkine : « Le gouvernement est l'unique Européen ». Dans ce cas précis, ce n'est pas tout à fait une métaphore car le Kazakhstan est non seulement membre de l'OSCE mais, à l'heure actuelle, il en est président.
    Noursoultan Nazarbaïev  prend très au sérieux ses obligations envers l'Europe. Il tend également vers la modération et l'exactitude en utilisant un pouvoir presque illimité. Le président ne peut pas se permettre d'oublier l'importance de l'image de son pays. Bien que cela soit loin d'être une façade, une décoration ou une vitrine pour l'extérieur. Le président du Kazakhstan est loin d'être aussi simple, il se distingue des autres dirigeants asiatiques.
    Les courtisans aiment dans leurs éloges comparer Noursoultan Nazarbaïev aux grandes figures du passé, y compris à Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque. Le président du Kazakhstan est également obligé de construire l'État actuel sur les ruines de l'empire, mais contrairement à Atatürk il a dû se battre pour cela.
    On pourrait citer toute une série de créateurs asiatiques de la modernisation autoritaire, des dompteurs de ce qu'on appelle des « tigres économiques », à l'instar de Lee Kuan Yew, l'auteur du « miracle de Singapour ». Noursoultan Nazarbaïev a des chances de rejoindre ces rangs, à condition d'avoir suffisamment de dévouement, de temps et de forces.

    Dans le domaine de la diplomatie, le Kazakhstan maintient des relations stables et bonnes avec Moscou et Pékin. Le Pape et Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, lui rendent des visites officielles. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des relations étroites et à longue terme avec les États-Unis et l'OTAN. En vingt ans Nursultan Nazarbaev n'est jamais entré en conflit avec quiconque. Il est respecté et apprécié en tant que partenaire par les plus incompatibles chefs politiques. Il a acquis une importante autorité internationale. Et se tient à niveau égal avec les représentants de l'élite mondiale.
    Cela pourrait étonner, compte tenu de son origine prolétaire et paysanne. Il est né dans une famille de paysans et il a longtemps travaillé à l'usine. Ses « universités » se limitent à l'école communiste d'agriculture. Mais de toute évidence, son talent inné s'est fait connaître. Il a su construire l'un des plus stables états dans l'espace de l'ex-URSS et il le dirige avec assurance.
    Cependant, le modèle autoritaire du pouvoir a un défaut inévitable : le caractère irremplaçable du leader et le problème du successeur. Beaucoup de choses, voire absolument tout, repose sur la personnalité du dirigeant. Noursoultan Nazarbaïev  n'a pas encore l'intention de lâcher le gouvernail mais il sera confronter au problème de sa succession.

    En Asie, même dans les pays démocratiques tels que l'Inde, le pouvoir est souvent transmis de façon héréditaire. Mais Noursoultan Nazarbaïev  n'a que trois filles et le mari de l’ainée, Rakhat Aliev qui avait commencé une carrière prometteuse, a provoqué un drame familial. Il a non seulement divorcé mais il a également adhéré à l'opposition et se cache à l'étranger.
    Les autres successeurs possibles ne sont pas à l'étude au niveau politique du Kazakhstan. Quoi de plus normal. Les leaders tels que Noursoultan Nazarbaïev, aussi irréprochables et indépendants, n'apparaissent pas sur commande et naissent rarement.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur

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