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    Les États-Unis et l’OTAN enlisés en Afghanistan

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    Situation en Afghanistan (728)
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    Le général David Petraeus, le nouveau commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, a reçu un lourd héritage après le licenciement de son prédécesseur, le général McChrystal.

    Le général David Petraeus, le nouveau commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, a reçu un lourd héritage après le licenciement de son prédécesseur, le général McChrystal. Non seulement la répression de l’opposition talibane est un échec, mais le premier semestre de 2010 en Afghanistan est qualifié de période la plus sanglante de la guerre d’Afghanistan depuis son début en 2001. Cela a été déclaré le 12 juillet par la plus grande organisation afghane de la protection des droits de l’Homme Afghanistan Rights Monitor qui, depuis le premier jour de l’invasion, fait le compte des victimes civiles du conflit national. Au premier semestre de cette année, 1074 civils ont été tués et 1500 ont été blessés. Durant la même période de 2009 le nombre de victimes était de 1059. David Petraeus a officiellement pris ses fonctions le 4 juillet.

    Chose habituelle, les politiques commencent la guerre et les militaires la perdent. L’opération Enduring Freedom en Afghanistan n’échappe pas à la règle. Le bouc émissaire a déjà été trouvé au cas où. Ce rôle a été joué par Stanley McChrystal qui commandait les forces de la coalition il y a peu. Le général quatre étoiles qui, avant la mission en Afghanistan, avait commandé les forces interarmées américaines chargées des opérations spéciales, est l’auteur de la stratégie actuelle des États-Unis (et de l’OTAN) en Afghanistan, toutes les qualités requises pour être un bouc émissaire.

    Le nouveau commandant des forces de coalition en Afghanistan, le général David Petraeus, a raison de dire que la campagne militaire en Afghanistan a atteint un stade décisif. Et il faut le comprendre ainsi : soit il réussit à briser la politique de demi-mesures de l’administration de Barack Obama, soit les États-Unis et l’OTAN vont s’enliser dans le bourbier afghan. Par « bourbier » on sous-entend une situation afghane qui se perpétue.

    Petraeus n’a pas encore pris le mors aux dents, contrairement à son prédécesseur Stanley McChrystal qui a dit tout ce qu’il pensait des résidents de la Maison blanche quant à leur compétence dans les questions militaires et à la situation en Afghanistan. Mais tout porte à croire que cela ne va pas tarder. Petraeus a déjà déclaré que la stratégie de son prédécesseur Stanley McChrystal ne subirait pas de changements. C’est-à-dire sans aucun changement, et non pas sans changements visibles.

    De plus, Petraeus a fait comprendre à la Maison blanche qu’à l’exemple de Stanley McChrystal il n’avait pas l’intention d’écouter les conseils des civils, en estimant qu’une telle coopération est loin d’être nécessaire. Or c’est précisément pour avoir refusé la participation des civils dans la campagne afghane que Stanley McChrystal a été limogé par Barack Obama.

    Une question vient alors à l’esprit. Probablement les différents entre les conseillers militaires et civils de Barack Obama d’une part et ceux qui élaboraient et mettaient en œuvre la nouvelle stratégie d’autre part sont-ils plus graves et un simple jeu de chaises musicales ne suffirait pas à régler la situation ? C’est probablement le cas.

    La stratégie de McChrystal pour la résolution du problème afghan est simple dans le principe : réduire au minimum les pertes parmi la population civile en menant des opérations militaires via les forces internationales d’assistance et de sécurité (FIAS), reprendre l’initiative et obliger l’opposition armée à négocier, préparer l’armée et la police afghane au transfert du contrôle total de la situation dans le pays.

    Il paraît clair que, dans sa stratégie, McChrystal ne donne pas la priorité à « l’initiative », comme il faudrait le faire dans une opération militaire, mais à la sécurité de la population civile. Il a même instauré des restrictions quant à l’utilisation de l’aviation et de l’artillerie de soutien pendant les opérations militaires afin de minimiser les pertes engendrées parmi la population civile.

    Tout le monde comprend ce que cela représente. McChrystal a pratiquement commencé la lutte pour s’assurer la sympathie du peuple en Afghanistan. Toute sa « nouvelle stratégie contre l’insurrection », et c’est précisément le nom que lui donne le club d’experts de l’OTAN, est dirigée vers la protection de la population civile. Pour « protéger la population afghane des insurgés » McChrystal a sacrifié « l’initiative », y compris le contrôle des provinces. Ici on joue le tout pour le tout, et il reste à s’assurer le concours de la population. Les simples Afghans sont-ils prêts à se rallier autour du projet de McChrystal pour l’amélioration de leur vie ?

    Je suis convaincu qu’ils le sont. Je suis tout autant convaincu qu’ils n’auront pas le temps de se rallier. Le président américain Barack Obama leur a laissé trop peu de temps pour cela. Barack Obama a annoncé le début du retrait des troupes d’Afghanistan pour juillet 2011, tandis que « la stratégie d’Obama » développée pour lui par McChrystal n’avait été approuvée pour la mise en œuvre que fin 2009. Pendant ce laps de temps très court les États-Unis et l’OTAN n’auront même pas le temps de mettre en œuvre un onzième du plan de McChrystal.

    Le plan couvre 11 domaines de la vie civile des Afghans, en agissant sur lesquels « la stratégie anti-insurrection » de McChrystal compte affaiblir le soutien des talibans de la part de la population. 1 – Assurer la sécurité de la population ; 2 – promouvoir les initiatives d’information ; 3 – développer un système juridique local facile d’accès ; 4 – obtenir la responsabilité et la transparence du gouvernement afghan ; 5 – respecter et soutenir les élections ; 6 – s’opposer à l’intransigeance parmi la population ; 7 – créer des emplois permanents ; 8 – développer le secteur agricole et commercial ; 9 – organiser des lieux de commerce sans la participation des insurgés ; 10 – lutter dans l’ensemble contre le trafic de stupéfiants, la corruption, les terroristes et le crime organisé ; 11 – réintégrer les sceptiques dans l’Etat et la société.

    Stanley McChrystal est le Don Quichotte en Afghanistan et « sa nouvelle stratégie », sa Dulcinée et bien sûr belle et noble. Ses postulats appellent à la lutte contre la violence en créant des conditions de vie décentes. Les postulats les plus violents concernant les terroristes parlent de « l’opposition à l’intransigeance parmi la population ». Tout cet ensemble de valeurs est couronné par « la réintégration des sceptiques dans l’Etat et la société ». Comprenez bien : « des sceptiques » et pas comme nous avons pris l’habitude de l’entendre et de le lire « ceux qui acceptent la constitution afghane, déposent les armes et rompent tout lien avec Al-Qaïda ».

    Pourtant la stratégie de McChrystal est loin d’être utopique. Mais deux conditions doivent être réunies pour sa mise en œuvre. Premièrement, un délai sans ultimatum. Deuxièmement, des forces et des moyens. En quantité nécessaire. Et au bon moment, pas six mois ou un an plus tard.

    Barack Obama a mis beaucoup de temps pour envoyer le contingent supplémentaire de 30 000 hommes en Afghanistan. Cela aurait pu convenir il y a un an, mais à l’heure actuelle, ce n’est qu’une demi-mesure. Pour reprendre avec assurance l’initiative, un renfort de 100 000 hommes, voire plus, est aujourd’hui nécessaire. C’est en tout cas l’avis du général français Vincent Desportes, directeur du Collège interarmées de défense, qui forme le personnel de commandement supérieur pour l’armée française. « La demie-guerre » en Afghanistan est impossible, il faut soit envoyer 100 000 hommes, soit n’envoyer personne ».

    Et la date de juillet 2011 pour le retrait des troupes annoncée par la Maison blanche n’est d’aucune manière compatible avec les délais du retrait définitif qui dépendent strictement de la stabilité de la situation et de la capacité de l’armée et de la police afghanes de contrôler la situation de manière autonome. C’est un non-sens qui rebute même les principaux partenaires des États-Unis au sein de l’OTAN en Afghanistan. Selon Karl-Theodor zu Guttenberg, le ministre allemand de la Défense, la désignation des délais de retrait des troupes est la plus inutile des choses pour l’OTAN. Il serait préférable de se concentrer sur la date initiale de passation aux Afghans des responsabilités en matière de sécurité.

    Henry Kissinger a encore mieux défini le problème américain en Afghanistan en déclarant que la stratégie de la Maison Blanche en Afghanistan doit s’adapter à la réalité du moment. Actuellement c’est justement cette dernière qui est le talon d’Achille de la stratégie de Barack Obama, stratégie couleur de bourbe.

    Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur

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