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    Zone euro. Ne rien faire plutôt que de mal faire

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    Hier, les ministres de l’Économie et des Finances des 27 pays de l’Union Européenne ont étudié les moyens pour surmonter la crise économique. Finalement, les dernières réformes adoptées pour l’unification des économies européennes et le respect de la discipline budgétaire par les membres de l’UE ont été approuvées.

    Hier, les ministres de l’Économie et des Finances des 27 pays de l’Union Européenne ont étudié les moyens pour surmonter la crise économique. Finalement, les dernières réformes adoptées pour l’unification des économies européennes et le respect de la discipline budgétaire par les membres de l’UE ont été approuvées.

    Mais ce jour a été également marqué par un événement qui rime peu avec les déclarations concernant la réduction des économies européennes au même dénominateur : les ministres des Finances de l’UE ont approuvé l’adhésion de l’Estonie, qui n’a pas la plus forte des économies, à la zone euro.

    Dans ce contexte, on entend surtout les cris des experts qui affirment que seul un effondrement de la zone euro pourrait sortir l’Europe de la crise.

    Les bureaucrates européens ne laissent pas passer l’occasion de rappeler que le projet UE est politique. L’intégration intense de l’espace européen est la garantie principale que les évènements de la Seconde guerre mondiale de se répéteront plus. Les partisans de l’intégration européenne considèrent que l’absence de grandes guerres dans l’Ancien Monde depuis plus d’un demi-siècle est le principal succès de cette intégration. De plus en plus d’experts craignent cependant que la masse de problèmes engendrés par la mésalliance économiques entre les riches et les pauvres membres de l’Union Européenne ne conduise à des conséquences très déplorables.

    Le problème de l’intégration économique est aggravé par la poursuite d’objectifs complètement différents par les membres potentiels à l’étape même de la formation de la zone euro. L’Allemagne, la France et le Benelux (la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg), dotés d’économies fortement orientées vers les exportations, comptaient obtenir et ont effectivement obtenu un avantage concurrentiel colossal pouvant vendre leur production sans se soucier des fluctuations monétaires. Quant aux pays pauvres comme la Grèce ou les pays d’Europe de l’Est, ils espéraient pouvoir bénéficier des crédits à faible taux en dépit de la faiblesse de leurs économies ; ils y sont parvenus.

    Finalement, comme l’ont noté les experts britanniques du cabinet d’analyses Capital Economics, dans les dix dernières années, la capacité concurrentielle de l’Allemagne par rapport aux pays PIIGS (le Portugal, l’Italie, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne) a augmenté d’un tiers. Le niveau de vie en Allemagne, au Benelux et dans les pays scandinaves, selon le bilan de 2009, s’est avéré supérieur de 15-35% par rapport à la moyenne en UE. En même temps, « les pauvres » européens sont tombés dans le gouffre des crédits à faible taux dont ils sont incapables de sortir par leurs propres moyens.

    Dès que la Grèce a commencé à rencontrer des problèmes, beaucoup d’experts, y compris George Soros, le fameux spéculateur financier et Nouriel Roubini, professeur à l’université de New-York, ont commencé à parler de la possibilité d’un effondrement de la zone euro, et certains, comme par exemple, les experts de Capital Economics, affirmaient qu’une telle issue serait favorable pour beaucoup de membres de l’Union Européenne. Plusieurs scénarios ont été étudiés, M. Roubini parlait de « l’exclusion » hors de la zone euro de la Grèce, de l’Espagne et d’autres pays-membres peu compétitifs économiquement. D’autres estimaient qu’au contraire les économies fortes, telles que l’Allemagne et la France, devaient s’isoler pour éviter ainsi de rembourser les dettes des autres pour sauver la zone euro. Et la dépréciation des monnaies des pays PIIGS augmenterait la compétitivité de leurs exportations.

    La complexité technique de la sortie de l’espace monétaire unique semblerait être l’argument le plus logique contre la désintégration de la zone euro. Selon George Soros, l’absence de procédure de sortie de la zone euro constituerait presque le problème principal du projet de l’Union Européenne. Quoi d’autre gênerait une désintégration raisonnable ? La menace de conflits armés ? Il semblerait que la bureaucratie supranationale surestime quelque peu son rôle pour le maintien de la paix sur le continent. L’absence de conflits sociaux et intergouvernementaux sérieux durant les dernières décennies en Europe résulte plutôt des processus économiques, plus précisément du transfert en Asie de la grande partie du potentiel industriel de l’Europe. Après tout, en exportant les usines sur le continent asiatique, les européens y ont en même temps exporté toute une série de problèmes sociaux, économiques et écologiques.

    Mais il existe des raisons purement économiques à la sauvegarde de la zone euro et de la monnaie unique. Selon Nikolaï Kachtcheïev, le directeur du département analytique du Trésor de la Sberbank, la zone euro demeure et se développe car « le marché mondial des capitaux a absolument besoin d’une alternative au dollar ». Rappelons qu’en mai 2010, le président américain Barack Obama a personnellement appelé les dirigeants français et allemand pour leur demander instamment d’accélérer le processus de coordination d’aide à la Grèce. Par ailleurs, les experts étrangers ont fait remarquer un fait intéressant : les intérêts de la bureaucratie européenne et des groupes financiers internationaux pourraient bien aller à l’encontre des intérêts économiques des pays membres de l’Union Européenne.

    Actuellement, la seule alternative à l’effondrement de la zone euro reste la création d’un système fiscal unique et d’un espace politique unique. Mais certains économistes avouent que ce système ne serait efficace qu’à condition de renforcer le rôle des pays économiquement forts en leurs attribuant le droit de dicter la politique fiscale aux plus faibles, par exemple. Cela pourrait pourtant conduire à la centralisation antidémocratique de l’Europe.

    Toutes les autres démarches contre la crise des fonctionnaires de l’Union Européenne sont plutôt une lutte contre les conséquences de la crise européenne, et non pas contre les raisons qui l’ont engendrée. Telle semble être la proposition de Jean-Claude Trichet, le directeur de la Banque Centrale Européenne, de mettre fin à l’oligopole des trois principales agences de notation Fitch, Standard & Poor’s et Moody’s. Soit disant, l’abaissement des notes souveraines de la Grèce et ensuite du Portugal et de l’Espagne fait par ces agences a conduit à la panique à la bourse européenne. La proposition récente de la banque italienne UniCredit d’institution volontaire d’un fond de stabilisation à hauteur de 20 milliards d’euro pour soutenir le secteur financier des économies problématiques a été considérée par les experts comme étant une mesure inefficace. En effet, que représentent 20 milliards d’euro par rapport aux 750 milliards d’euro dont parlaient les gouvernements européens et le Fond monétaire international?

    Dans l’ensemble, ce genre de mesures n’est rien d’autre que la préservation du système actuel et, par conséquent, des problèmes économiques. Et les prévisions négatives concernant la stagnation en Europe qui pourrait s’étendre sur plusieurs années pourraient s’avérer tout à fait exactes.

    Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur

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