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    L'Europe des retraites ou les leçons de français

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    Le président Nicolas Sarkozy a remporté "la bataille des retraites" contre les syndicats. Cependant, cette victoire anéantit toutes ses chances de remporter le Grand prix de 2012, à savoir la prochaine présidentielle. C'est l'illustration parfaite de la manière de gagner une bataille et de perdre la guerre.

    Le président Nicolas Sarkozy a remporté "la bataille des retraites" contre les syndicats. Cependant, cette victoire anéantit toutes ses chances de remporter le Grand prix de 2012, à savoir la prochaine présidentielle. C'est l'illustration parfaite de la manière de gagner une bataille et de perdre la guerre.

    Cette semaine, la France a débouché sur la dernière ligne droite des "confrontations" provoquées par la réforme des retraites. Après l'adoption par le Sénat le 22 octobre de la réforme de Sarkozy, le projet de loi sera soumis au comité de conciliation du parlement. Le vote final aura lieu soit mardi 26, soit mercredi 27 octobre. À l'issue de ce vote, les amendements au Code des retraites entreront en vigueur : la retraite à 62 au lieu de 60 ans, la retraite complète à 67 au lieu 65 ans. Aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

    Les syndicats promettent toutefois d'organiser encore quelques Journées d'action, le 26 octobre et le 6 novembre, et de poursuivre "le banquet". Mais ce dernier a peu de chances d'être cautionné par les masses : les protestations trop longues donnent généralement des résultats inverses. Et les manifestations actuelles ont déjà atteint "leur paroxysme" qui marque l'aliénation de l'opinion publique. C'est un axiome.

    Compte tenu de l'ambition hypertrophiée, du caractère et de l'expérience de Sarkozy, et des lois élémentaire de la politique (ne jamais plier sous la pression des foules étant une clause essentielle du code de conduite politique), il ne fallait pas s'attendre à autre chose. Ses actions auront certes des effets secondaires, mais uniquement sur sa  propre santé politique. En ayant semé le vent en 2010, il récoltera la tempête à l'élection de 2012, dans deux ans. Cela ne concerne que le problème de la France. Mais ce n'est pas le cas des retraites en Europe en général.

    Merci à Sarkozy et aux Français. Ils nous ont ouvert les yeux sur le processus qui s'accélère et qui dure depuis plusieurs années dans l'Ancien Monde, celui de la délimitation des frontières de l'État social, ou comme on l'appelle, de l'État-providence. Il ne risque pas de s'effondrer, mais ses territoires se réduisent par rapport aux années 70 et 80 du siècle dernier. Il s'agit, bien sûr, de l'ensemble des privilèges et des prestations sociales (des allocations de chômage à la gratuité de l'éducation et des soins médicaux etc.). Le droit légitime de percevoir sa retraite dans les délais prévus est loin d'être la dernière des composantes d’un tel État social.

    D'un point de vue de la comptabilité, Sarkozy n'a rien fait de particulièrement révolutionnaire. Il était évident, bien avant l'élection de Sarkozy, qu'il existait trop de bénéficiaires de prestations sociales en France. Selon les statistiques, le déficit de la caisse nationale des retraites de France s'élève aujourd'hui à 32 milliards d'euros, ce qui représente 1,7% du PIB. En l'absence de changements, en 2020 il pourrait doubler en atteignant 3% du PIB. Aucun gouvernement ne pourrait y faire face. Il est donc nécessaire soit de restreindre l'accès à la retraite, soit de limiter le nombre de bénéficiaires. À défaut de mettre en œuvre la seconde solution, il a fallu recourir à la première méthode.

    Il ne s'agit pas de ce que Sarkozy a fait, mais de comment il l'a fait. Sans même consulter formellement les syndicats et l'opposition. Par conséquent il a "récolté" les émeutes et sa réputation a été souillée d'une marque indélébile, celle d'étrangleur des prestations sociales. Personne n'oubliera cela. Il s'agit de la première leçon de la "tragédie des retraites" aussi bien pour la France que pour l'Europe en général, où les problèmes des retraites feront surface à coup sûr.

    Cela concerne également la Russie où, d'une part, on déclare qu'il n'existe aucun plan d'augmentation de l'âge de la retraite, et, d'autre part, on dit qu'il sera tout de même nécessaire de le faire. Par ailleurs, au printemps 2007, avant les élections, Sarkozy affirmait : "le droit à la retraite doit demeurer fixé à 60 ans". Qui serait assez fou pour dire le contraire avant les élections ?!

    Mais dans notre pays, il est très impudent de parler des futures réformes des retraites (après les élections, évidemment). Quelle que soit la référence, nous sommes toujours aussi loin des normes européennes. Voire très loin. Prenons l'exemple de la Grande-Bretagne, soit dit en passant, la plus en retard sur les autres membres de la famille européenne retraitée. La retraite britannique s'élève à 30,8% du salaire moyen. C'est très peu. En France, ce taux atteint 51,2%. la Grèce détient le record avec 95,7%, suivie par le Luxembourg (88,3%), les Pays-Bas (81,9%), l'Espagne (81,2%), le Danemark (79,8%), l'Italie (67,9%), l'Allemagne (39,9%). Le taux moyen en Europe s'élève à 60%.

    Puisqu'il est impossible d'avoir un tableau représentatif en se référant exclusivement aux statistiques en pourcentage, voici un exemple permettant de faire une comparaison. Les Britanniques ont finalement commencé leur propre réforme des retraites. L'âge de la retraite passera à 65 ans, aussi bien pour les hommes (65 actuellement) que pour les femmes (60 ans actuellement), en 2020, et à 68 ans en 2046. La retraite hebdomadaire devrait passer de 98 au taux unitaire de 140 livres. Cela signifie qu'un retraité(e) recevra 7.280 livres par an, et un couple – 14.650 livres. En roubles, cela représente plus de 27.000 roubles (!) par mois pour un retraité, et plus de 54.000 roubles pour un couple. Le Livre vert comportant ces propositions gouvernementales sera rendu public en décembre. Compte tenu des pourcentages ci-dessus, il serait facile de calculer les revenus des retraités aisés (par rapport à ces pauvres britanniques avec leurs retraites s’élevant à 30,8% du salaire moyen) au Luxembourg, au Pays-Bas ou en Suède. Mais je ne recommande pas cet exercice mathématique. Pourquoi gâter encore plus son humeur après les calculs des revenus "sordides" en Grande-Bretagne?

    D'autres pays européens suivent ou s'apprêtent à suivre la "voie française". En Allemagne, la réforme des retraites prévoit l'augmentation de l'âge de la retraite de 65 ans actuellement à 67 ans en 2029. En Espagne, où en 2049 une personne sur trois aura 65 ans ou plus, l'âge de la retraite passera de 65 à 67 dès 2013. Les Pays-Bas feront la même chose d'ici 2025. En Grèce, l'âge limite (actuellement 65 ans pour les hommes et 62 ans pour les femmes) atteindra 65 ans pour tous en 2013.

    Bien sûr, tout cela est inévitable. Mais à l'heure actuelle, peu de personnes sont conscientes que l'extension de "l'âge actif", de 2-5 ans, ou plus, conduira automatiquement à un autre problème. L'augmentation de l'âge de la retraite repoussera également la libération des emplois pour la jeune génération. Par conséquent, le problème du chômage des jeunes sera aggravé, or c'est un phénomène tout aussi dangereux. Ainsi, nous semblons condamnés à nous frayer un chemin avec des béquilles entre les problèmes.

    Ce texte n'engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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