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    Le Kremlin : la forteresse devenue symbole

    Le Kremlin : la forteresse devenue symbole

    © Sputnik . Vladimir Vyatkin © RIA Novosti . Vladimir Vyatkin
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    Le terme russe de Kremlin signifiait à une époque ‘’ forteresse ‘’, pas seulement dans la capitale mais également dans toutes les villes russes. Mais aujourd’hui, en prononçant ce terme, nous ne faisons pas référence aux murs d’une forteresse avec des tours et des remparts, mais au gouvernement russe et à la Russie.

    Le terme russe de Kremlin signifiait à une époque ‘’ forteresse ‘’, pas seulement dans la capitale mais également dans toutes les villes russes. Mais aujourd’hui, en prononçant ce terme, nous ne faisons pas référence aux murs d’une forteresse avec des tours et des remparts, mais au gouvernement russe et à la Russie. En effet, au cours de l’existence de l’Empire russe, le Kremlin de Moscou est devenu à la fois le symbole du pouvoir et le gardien des reliques impériales. Mais en fait, contrairement à l’opinion publique, la fusion des notions de Kremlin et de pouvoir russe s'est produite assez récemment, et ce sont les étrangers, venus en Russie, qui furent à l’origine de cette idée, pas les Russes.
       
    La Russie ancienne n'était pas un Etat centralisé avec le pouvoir absolu d’un seul dirigeant, mais un conglomérat de villes indépendantes. Dans la Russie pré-mongole, on en comptait près de 400. Les Scandinaves ont même surnommé notre pays de Gardarika, le pays des villes. Mais il serait plus approprié de dire des villes-forteresses, car le complexe de fortifications, de remparts, de murs percés de meurtrières (au début en bois, puis en pierre) et de tours, était l'attribut incontournable de toute ville russe. Les localités dépourvues de remparts de défense, quelle que soit leur taille, n’étaient jamais qualifiées de villes.
       
    La forteresse située à l’intérieur d’une ville était appelée différemment : detinets (ce terme est toujours employé dans certaines langues slaves), grad, krom, etc. Le terme de kremlin, ou plus précisément kremnik, n’apparaît qu’en 1317. Les historiens ne sont pas unanimes sur l'origine de ce terme. Selon la version la plus répandue, le mot kremlin tire son origine des pins de silex, nom donné aux arbres haut, droits et solides qui poussent en lisière d’une forêt. Leurs troncs ont été utilisés pour la construction des forteresses. Les rondins étaient conservés dans l’eau, ce qui les durcissait, et on les appelait kremnevka.
       
    Cependant, en Russie ancienne, le kremlin n’était jamais considéré comme un symbole du pouvoir princier, et encore moins du pouvoir centralisé. Les princes vivaient en dehors des fortifications de la ville. Ainsi, le palais du prince représentait le symbole du pouvoir. Et les vieux kremlins étaient plutôt des symboles de l’indépendance des villes.
       
    Non seulement à Novgorod, où la république a survécu jusqu’à la fin du XVe siècle, mais également dans d’autres villes de la Russie pré-mongole, le pouvoir du prince était limité par l’assemblée populaire, qui se réunissait dans l'enceinte du kremlin de la ville. Ce n’est pas par hasard que la destruction des murs de la forteresse était un symbole de subordination de la ville aux envahisseurs étrangers ou au suzerain.

    L’invasion tataro-mongole et l’élévation de la principauté de Moscou qui l’a suivie ont foncièrement changé la logique de développement de l’Etat russe, en adoptant le paradigme impérial pour des siècles, une combinaison étrange entre le patrimoine de l’Empire byzantin, le despotisme oriental et la protestation populaire cachée. Moscou devenait un centre de pouvoir absolu de l’Empire russe naissant, et le Kremlin était le centre de Moscou.
       
    Au XVIIe siècle déjà, le kremlin de Moscou avait perdu son rôle d'enceinte de défense. Les spécialistes militaires étrangers faisaient remarquer son inadaptation pour des combats avec des canons, mais il était de facto devenu la citadelle du pouvoir absolu.
       
    Toutefois, les Russes n’avaient jamais attribué à leur kremlin principal de caractéristiques symbolique, et encore moins mystiques. A l’époque de l’invasion de Napoléon, le commandement russe a abandonné Moscou et son kremlin afin de préserver son armée. En fait, ni dans la Russie d’avant la révolution, ni même en Union Soviétique, le terme de ‘’ kremlin ‘’ n’était utilisé en tant que synonyme des mots pouvoir et Etat. C’est une notion purement occidentale. L’écrivain et voyageur français, le marquis Adolphe de Custine fut l’un des premiers à avoir identifié le kremlin de Moscou non seulement à Etat, mais également au paradigme gouvernemental russe.

    Après avoir visité la Russie de Nicolaï I, il a écrit et publié le livre La Russie en 1839. Le point de vue critique et parfois trop subjectif de Custine à l’égard de notre pays, ne se distinguait pas par son originalité. L’Etat russe était la cible traditionnelle des critiques européennes, mais Custine a été le premier à faire remarquer le symbolisme particulier du Kremlin. ‘’ Si le géant qu'on appelle l'Empire russe avait un cœur, je dirais que le Kremlin est le cœur de ce monstre. ‘’

    L’écrivain n’était pas le moins du monde troublé par le fait qu’à l’époque la capitale de l’Empire russe se trouvait à Saint-Pétersbourg, et non à Moscou, et que la résidence impériale principale était au Palais d’hiver de la capitale du Nord, et non pas au Kremlin de Moscou : ‘’ Le Kremlin est un palais idéal pour un tyran. Le tsar est celui qui vit au Kremlin. Le Kremlin est la maison du tsar. ‘’ En décrivant l’architecture du Kremlin, tarabiscotée et inhabituelle pour les Européens et qui ne ressemble ni à l’Orient, ni à l’Occident, le Français le qualifie ‘’ d'œuvre d’un être surhumain ‘’, ‘’ de maison de fantômes ‘’ et ‘’ de monument d’architecture satanique. ‘’

    L’ère de l’Empire russe s’est achevée en automne 1917, remplacée par une époque courte mais brillante et tragique de l’URSS. La capitale du nouvel Etat soviétique est revenue de Petrograd à Moscou.

    Depuis, et jusqu’à ce jour, le Kremlin est la résidence de travail du chef d’Etat, de Dmitri Medvedev, à l’heure actuelle. A l’époque soviétique, les dirigeants de l’URSS y vivaient au début, bien que ce ne soit plus le cas depuis des décennies. Au même endroit se rassemblait le parlement soviétique, le Soviet Suprême. Aujourd’hui, le parlement russe a déménagé dans d’autres établissements, en dehors des murs.

    Les temples et les musées très célèbres occupent la majeure partie du Kremlin de Moscou. En particulier, le Fonds des Diamants, où sont gardés les trésors des tsars russes.

    Mais revenons aux singularités des la symbolique.

    En fait, le Kremlin est devenu le centre de l’Etat encore en hiver 1917-1918, mais dans le pays, le terme de ‘’ kremlin ‘’ n’était toujours pas employé pour désigner le pouvoir ou l’Etat. Les autorités soviétiques cherchaient toujours à souligner le caractère collectif des décisions prises. Pour cette raison, les organismes exécutifs étaient appelés bureau politique, Comité central du PCUS, congrès des députés du peuple ou, à la rigueur, secrétaire général élu, et non pas kremlin.

    Aux yeux de l’Occident, qui était particulièrement critique envers l’Empire russe, l’Union Soviétique est devenue une incarnation du mal presque absolu. En le kremlin de Moscou est devenu la citadelle centrale de ‘’ l’Empire du mal ‘’ (ce terme a été mis en circulation par Ronald Reagan au milieu des années 80), l'incarnation de toutes les craintes et préjugés.

    C’est la presse américaine qui a introduit dans le langage courant les expressions ‘’’ les intentions du Kremlin ‘’, ‘’ le Kremlin a décidé ‘’, etc. Les auteurs américains écrivaient des livres avec des titres comme ‘’ les conspirations du Kremlin. ‘’

    Evidemment, l’Union Soviétique leur rendait la monnaie de leur pièce, mais l’empire capitaliste possédait plus de centres symboliques. La Maison Blanche est le symbole du pouvoir gouvernemental, Wall Street est le symbole du pouvoir de l’argent, le Pentagone était le symbole de la soldatesque.

    Après l’effondrement de l’URSS, beaucoup de tabous idéologiques ont été levés. Les journalistes russes ont activement commencé à copier les méthodes de leurs collègues occidentaux, dont l’une consistait à employer des termes de Moscou et de Kremlin pour définir l’Etat et le pouvoir central du pays.



    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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