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    Divorce à la soudanaise

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    On pourrait bien sûr attendre la fin du mois de janvier pour les informations préliminaires et la mi-février pour les informations officielles définitives sur le référendum sud-soudanais qui s’est tenu du 9 au 15 janvier concernant le "divorce" d’avec le Nord, mais pourquoi?

    On pourrait bien sûr attendre la fin du mois de janvier pour les informations préliminaires et la mi-février pour les informations officielles définitives sur le référendum sud-soudanais qui s’est tenu du 9 au 15 janvier concernant le "divorce" d’avec le Nord, mais pourquoi? Si dès le lendemain du référendum sur la division du pays, les principaux observateurs internationaux ont parlé du succès, de l’objectivité, de l’ordre et de "l’honnêteté" de l’événement?

    Il est bien sûr étrange d’entendre des évaluations aussi rapides en provenance d’un des pays les plus pauvres d’Afrique, pratiquement privé d’industrie, d'infrastructure, notamment de routes, ignorant pratiquement ce qu’est la communication (le téléphone, le télégraphe, Internet), un pays dont les habitants sont majoritairement analphabètes.

    Le divorce assuré

    Mais à notre époque changeante, il est habituel de voir l’instauration miraculeuse de l’ordre et de la loi dans les régions qui n’ont connu pendant des générations que des guerres civiles et/ou des révoltes et des massacres (par exemple, le Kosovo). Les détails ne doivent pas ternir le tableau d’ensemble de la réussite du plébiscite. Et la mission de surveillance de l’Union Européenne, et les observateurs du Centre Carter en la personne de l’ancien président américain ont déclaré que le référendum "était crédible et bien organisé."

    Selon les conditions du plébiscite, le "divorce" pourrait être "prononcé" si plus de 60% des électeurs exprimaient leur volonté (plus de 80% de la population du Sud sur environ 8 millions d’habitants y ont participé) et si plus de 50% des participants disaient "oui" à la rupture avec le Nord musulman et à la formation d’un Etat indépendant.

    A en croire les observateurs, l’aspiration à la séparation a été pratiquement unanime, jusqu’à 90% dans certaines régions. Il ne reste donc plus qu'à annoncer le résultat positif de la "procédure de divorce" après le décompte final.

    C’était inévitable à terme, et les Soudanais eux-mêmes ne sont pas plus responsables de la division du plus grand pays d’Afrique en deux parties inégales (économiquement, démographiquement et religieusement) que les anciens propriétaires et les anciens rivaux ayant participé à la confrontation idéologique globale. A l’aide et avec le soutien des armes d’une partie ou de l’autre (l’Occident ou le bloc soviétique), les Soudanais étaient en guerre avec de courtes interruptions pratiquement depuis l’indépendance en 1956. La cohabitation pour la population du Nord (majoritairement musulmane) et du Sud (majoritairement chrétienne et non musulmane) est devenue insupportable au point que le succès du plébiscite était assuré. Le Nord imposait avec trop d’insistance l’islamisation et l’arabisation au Sud.

    La question pétrolière pourrait tout gâcher

    Désormais, si tout se déroule selon les plans et conformément à l’accord de paix et de règlement de 2005, le 9 juillet 2011, un 193ème Etat (selon la liste de l’ONU) sera proclamé à Juba, la capitale du Sud. Une partie de l’Etat aura la taille de trois Frances et l’autre, le Sud, d’une seule. Après cette "opération", l’Algérie deviendra le plus grand pays d’Afrique, suivi de la République démocratique du Congo.

    Théoriquement, le pays numéro 193 pourrait être comme "un coq en pâte", ayant d’importantes ressources pétrolières. Près de 90% des 450-500.000 barils de pétrole/ jour sont extraits au Sud. Mais ce pétrole est raffiné dans les ports du Nord aux fins de son exportation. Ainsi, pendant un certain temps, le Nord et le Sud devront partager: l’un fournira le pétrole, l’autre le transportera et le raffinera. Une telle répartition des parts du gâteau pétrolier souffre déjà d’un déséquilibre et cela représente une bombe à retardement et la cause d’importants désaccords. Au Soudan, cela ne peut signifier qu’une seule chose: le retour à la guerre civile. Mais les deux parties sont si fatigués des guerres et ont tellement épuisé leurs ressources que c’est peu probable: les armes et les moyens de faire la guerre sont désormais inexistants. Toutefois on ne sait jamais: on dit que, contrairement aux accords, le Sud a déjà stocké sur son territoire d'importantes réserves d’armes. En cas d’attaque soudaine du Nord.

    Les réserves de pétrole au Soudan sont loin d’être inépuisables. Les experts des compagnies pétrolières BP et Total indiquent que les réserves de matières premières au Soudan pourraient s’élever à 6-7 milliards de barils dans le meilleur des cas. Il est tout à fait probable qu’il y a en fait bien moins d’hydrocarbures. Selon les estimations de certains experts, l’exploitation commerciale pourrait continuer pendant environ dix ans. Personne ne peut prédire ce qui se passera ensuite. L'essentiel est que la situation n’empire pas, que le pétrole ne devienne pas une pomme de discorde entre les deux parties géographiques du pays en engendrant une guerre sanglante.

    Ainsi, la première tâche de l’ONU est de faire en sorte que le recalibrage économique (pétrolier) du Soudan soit effectué progressivement et ne provoque pas de troubles politiques. Il faudra habituer un pays plus grand que la moitié de l’Europe occidentale à la division et à la coexistence des deux moitiés. Sinon il explosera et entraînera derrière lui la moitié de l’Afrique.

    La Chine, grande amie des Soudanais

    La Chine pourrait apporter son aide. Les Chinois occupent une place particulière dans le "pays des noirs", comme les arabes appellent le Soudan. Ils ont réussi à établir des relations avec Khartoum et Juba de manière aussi habile qu’ils ont gagné l’amour et du Nord, et du Sud. Ils n’ont pas été effrayés par la guerre civile, ou le manque de fiabilité des parties en guerre: les Chinois investissaient des sommes astronomiques dans l’infrastructure soudanaise, construisaient des routes et des gazoducs, des écoles, des hôpitaux, des écoles primaires, des stades et des magasins. Au cours des 15 dernières années, la Chine a investi près de 15 milliards de dollars. Lorsque la compagnie pétrolière américaine Chevron est partie (elle a été la première à trouver du pétrole dans le pays), elle était immédiatement remplacée par la China National Petroleum Corporation (CNPC).

    Il y a environ 12 ans, la Chine n’était pratiquement pas visible au Soudan. Aujourd’hui, elle représente 50% des exportations soudanaises. Elle possède d’importantes parts au sein des quatre consortiums exploitant le pétrole au Nord et au Sud du pays: entre 40% et 47% dans trois d’entre aux, et 95% dans le quatrième. La Chine a déjà construit des gazoducs reliant le Sud au port pétrolier de Port-Soudan, et prélève 65-80% de la production quotidienne de pétrole! Et elle n’a pas l’intention de céder sa place à qui que ce soit.

    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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