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    Nucléaire: les Six et l'Iran se retrouveront à Istanbul

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    Nucléaire iranien (2014) (1478)
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    Cette semaine à Istanbul se tiendra une réunion des Six médiateurs internationaux sur le dossier nucléaire iranien, la première depuis une interruption relativement longue.

    - Cette semaine à Istanbul se tiendra une réunion des Six médiateurs internationaux sur le dossier nucléaire iranien, la première depuis une interruption relativement longue. Que pouvons-nous attendre de cette rencontre?

    - Je pense qu’il ne faut pas s’attendre à quelque chose d’extraordinaire: il n’y aura aucun progrès exceptionnel, mais le plus important est qu’une certaine communication dans les négociations des Six se renouvelle et que l’Iran y participe, car ceci a été précédé d’une période de refroidissement brutale, des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies, etc. Elles ont constitué une surprise très désagréable pour l’Iran, car la diplomatie iranienne, très habile et très subtile, était convaincue jusqu’au dernier moment qu’elle réussirait à détruire la cohésion au sein du CS. Cela a été suivi d’une période de menaces, de refus, de blocus, etc. En bref, l’action du renouvellement en soit est une bonne chose, mais il ne faut pas s’attendre à des résultats tangibles.

    - Pourquoi est-ce un thème aussi crucial dans les relations internationales? En effet, c’est un thème important mais à quel point? Car il existe également d’autres pays nucléaires tels que l’Inde, le Pakistan, Israël. Bien sûr, le régime de non-prolifération est en train de s’effondrer, et c’est une préoccupation sérieuse pour les puissances nucléaires, pour les superpuissances. Mais pourquoi précisément l’Iran?


    - Il existe à cela plusieurs raisons. La première est la nature du régime iranien, la base du pouvoir en Iran. C’est un exemple rare d’Etat théocratique au XXIe siècle, et cette nature n’est pas comprise par l’Occident. En fait, la Russie ne la comprend pas non plus mais elle est plus habituée à accepter les pays tels qu’ils sont. Et cette nature du régime engendre des craintes que le régime soit imprévisible et puisse se comporter de manière inhabituelle. On accuse sans cesse Ahmadinejad d’être un fanatique fou. Parfois ces accusations sont accompagnées d’arguments, mais on les entend sans cesse et cela influe sur la psychologie de ce problème. Deuxièmement, c’est lié au fait que les relations entre l’Iran et les Etats-Unis ont une histoire longue et jalonnée de moments extrêmement désagréables. La révolution iranienne elle-même était antiaméricaine: le renversement du shah, la prise de l’ambassade américaine et des otages. Aujourd’hui on parle de WikiLeaks, or les Iraniens ont été les premiers à lancer quelque chose d'analogue dans l’espace public en 1979. Cette volonté de revanche n’a pas disparu et l’establishment américain, bien que plus de 30 ans se soient écoulés, ne peut toujours pas avoir une attitude purement rationnelle envers l’Iran. Et enfin la troisième raison, et ce n'est pas la moins importante, concerne le facteur israélien. Le régime iranien se déclare publiquement antisémite. Ahmadinejad a déclaré à plusieurs reprises qu’Israël n’avait pas sa place au Proche-Orient. Compte tenu de l’histoire du peuple juif, ce dernier prend de telles menaces au sérieux. Israël lutte effectivement contre l’Iran nucléaire, et vu qu’Israël a de l’influence aux Etats-Unis, ce thème ne reculera pas au second plan.

    - Et quelle est la place de la Russie dans cette situation, et comment évoluera la politique russe à l’égard de l’Iran cette année? En 2010 cette attitude a considérablement changé en passant de la réticence à la coopération avec l’Occident.

    - Si aucun cataclysme ne survient dans les relations aussi bien Iran-Russie qu’Etats-Unis-Russie, je pense que la logique sera la même qu’en 2010. Et la logique, bien qu’elle puisse paraître offensante pour l’Iran, a été la suivante: l’attitude de Moscou envers les programmes nucléaire de Téhéran, les systèmes S-300, etc., était définie par les relations Russie-Etats-Unis. Le redémarrage est une sorte d’ensemble d’accords, et les sanctions contre l’Iran en faisaient partie. Et étant donné que ce processus avançait d’une certaine manière et que le programme a été rempli conformément aux accords, la Russie, étant un partenaire loyal, a changé son attitude envers l’Iran. Aujourd’hui, on ignore l’évolution de la politique américaine. Barack Obama n’aura probablement plus les mains aussi libres qu’avant en ce qui concerne la Russie. S’il continue tout de même dans cette direction pour démêler ces nœuds avec la Russie et proposer des échanges, la Russie sera prête également à poursuivre la même politique. Si tout cela s’enlise, il ne faudra pas s’attendre à ce que la Russie soutienne activement la politique anti-iranienne de Washington.

    Propos recueillis par Andreï Zolotov

     

     

     

    *rédacteur en chef du magazine Rossia v globalnoï politike (La Russie dans la politique globale)

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