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    Faut-il redessiner la carte du Proche-Orient chrétien?

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    Dmitri Medvedev en Cisjordanie et en Jordanie (25)
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    La première visite du président russe Dmitri Medvedev en Palestine pendant les fêtes de l’Epiphanie, n’a pas commencé par hasard par la Jordanie et Jéricho dans l’Autorité palestinienne (AP). L’Epiphanie n’a pas grand-chose à voir avec cette visite.

    La première visite du président russe Dmitri Medvedev en Palestine pendant les fêtes de l’Epiphanie, n’a pas commencé par hasard par la Jordanie et Jéricho dans l’Autorité palestinienne (AP). L’Epiphanie n’a pas grand-chose à voir avec cette visite. Ni l’antiquité. Bien qu’il soit aussi facile de se repérer dans cette région avec la Bible qu’avec une carte touristique. Les terres de Canaan, d’Israël, le Jourdain, Jean-Baptiste… Ici le temps ressemble au ruban de Möbius: aussi bien aujourd’hui qu’hier, tout se trouve sur le même plan.

    Mais la Jordanie est un cas particulier. La famille royale y a toujours, et aujourd’hui plus que dans tous les autres pays du Proche-Orient, protégé les droits des chrétiens, au nombre de 350.000 fidèles, soit près de 6% de la population. Et seules les causes démographiques sont responsables de leur diminution en termes de pourcentage: la natalité est traditionnellement plus élevée dans les familles musulmanes.

    Une ombre sur la croix et le croissant

    Faire ressortir la seule composante confessionnelle de la visite du président russe en Jordanie et en Palestine serait politiquement incorrect. Mais cette méthode convient parfaitement pour "passer aux rayons X" le thème des relations interconfessionnelles.

    Or aujourd’hui, ce thème est très douloureux, littéralement sanglant, après les récents attentats contre les chrétiens à Bagdad et en Egypte. Et, malheureusement, précisément dans la région d’où tirent leur origine les trois plus grandes religions du monde et où les religions ont de plus en plus de mal à coexister.

    Dans le monde contemporain, notamment dans ses différentes parties (le Proche-Orient en est une) où la religion s’est presque mélangée avec la politique pour ne faire qu’un, discuter du thème de l’interaction entre l’islam, le christianisme et le judaïsme revient à marcher sur le fil du rasoir. Il est difficile de l’aborder, mais il le faut. Car les statistiques en provenance du Proche-Orient sont déplorables.

    La situation est la suivante. Au cours des 15 dernières années, l’émigration des chrétiens de la région a augmenté exponentiellement pour atteindre aujourd’hui des proportions bibliques. Il convient de préciser que ce n’est pas seulement le facteur musulman (discrimination, intimidation, mépris, menaces, etc.) qui expulse la chrétienté de son berceau, mais également les querelles entre les disciples du Christ de toutes les confessions. Ce qui affaiblit les bases de la foi et conduit à la croissance de l’indifférence religieuse. Comment peut-on suivre les pasteurs qui n’arrivent même pas à trouver un terrain d’entente entre eux? "L’exode" est également dû aux craintes concernant l’avenir et les enfants, l’incertitude: quelle sera la suite? Ainsi que la perte des valeurs, y compris spirituelles, et des repères religieux, la politisation de la foi (et de l’athéisme également) poussée à l’extrême, les tendances démographiques naturelles (le nombre d’enfants dans les familles musulmanes est 3 à 4 fois supérieur par rapport aux familles chrétiennes) et bien d’autres facteurs.

    Les résultats (déplorables) sont les suivants: en Irak, où avant l’opération Tempête du désert en 1991 vivaient plus de 800.000 chrétiens, on en compte aujourd'hui moins de 400.000, soit moins de 3% de la population. Ce sont les paradoxes des "croisades des deux Bush" qui sont à première vue venus établir la démocratie, mais le résultat obtenu est inverse. A une époque, à Bagdad existait le quartier Dora, qu’on appelait aussi le "Vatican iraquien." Il y avait 7 églises, un séminaire et une école biblique. Tout cela avant 2003, avant l’invasion de l'Irak par les  Etats-Unis. Aujourd’hui, tous ces établissements sont fermés.

    Le Liban, où à une époque les chrétiens représentaient la majorité (le seul Etat-îlot de christianisme dans le monde arabe), en compte aujourd’hui moins de 35%.

    En Cisjordanie, peu de personnes en parlent mais tout le monde sait qu’Israël s’empare des terres des chrétieno-arabes aussi facilement que des terres musulmano-palestiniennes. Et les transmet aux nouveaux colons. Après la Seconde guerre mondiale, Bethléem comptait plus de 80% de chrétiens. Or aujourd’hui ils ne sont plus que 12%. À Jérusalem, où à une époque vivaient 52% de chrétiens, il en reste moins de 2%. La situation est approximativement la même à Nazareth.

    Les chrétiens sont également responsables de "l’exode", mais…

    Ce sont les statistiques évoquées lors du dernier Synode papal des évêques catholiques en octobre 2010 au Vatican. A l’époque, lors du concile concernant les méthodes visant à stopper l’exode chrétien de son propre berceau, se sont rendus au Vatican plus de 180 patriarches, métropolites, archevêques et évêques, représentant 14 Eglises chrétiennes du Proche-Orient, dont les six principales: chaldéenne, copte, catholique syriaque, melkite (ou gréco-melkite), maronite et arménienne.

    En soi, une telle abondance de hauts dignitaires religieux dans un espace aussi restreint ne peut pas être une source de fierté. Qu’y a-t-il de bon dans le fait que 13 confessions différentes et 3 patriarches soient présents à Jérusalem. Et que l’Eglise de la Résurrection, plus connue sous le nom de Saint-Sépulcre, soit partagée entre six confessions. Et pour qu’il n’y ait pas de querelles, comme ce fut souvent le cas dans le passé, les clés de l’Eglise sont gardées par une famille musulmane, et cela depuis huit siècles.

    Mais pour être franc, les chrétiens ont toujours connu cette situation. Or de tels exodes de la chrétienté des Terres Saintes sont sans précédent. D’autant plus que ces exodes sont aussi bien physiques que spirituels.

    En ce qui concerne les exodes physiques, tout est simple: on prend sa valise et on va là où la situation est plus calme et plus sûre. Mais quant aux exodes spirituels, tout n’est pas aussi simple. L’exode spirituel est une érosion de la foi pratiquement jusqu’à la perte totale d’indentification à celle-ci. Ou la politisation intégrale des croyances. Comme on l’observe au Liban. L’Eglise commence à perdre son autorité morale lorsqu’elle se transforme en "acteur politique." Au Liban, lors de la dernière expédition d’Israël, circulait une lettre ouverte adressée au président iranien Ahmadinejad demandant de transformer le Liban en "dernière ligne de défense" contre Israël. Parmi les 250 signataires, pratiquement tous étaient des chrétiens maronites libanais distingués.

    Un autre fait très éloquent montre que la tension dans les relations entre les musulmans et les chrétiens (en tout cas les catholiques) est déjà à son apogée et ne tardera pas à exploser. Il y a une semaine, le Caire a rappelé son ambassadeur au Vatican raison de la condamnation par le Pape Benoît XVI du meurtre des chrétiens au Sud de l’Egypte (un policier a tiré dans un train sur un groupe de chrétiens, dont un est décédé), et a invité non pas l’Egypte mais les "autorités régionale" à prendre des mesures appropriées pour défendre les minorités religieuses. La Caire a trouvé que c’était une ingérence inadmissible dans ses affaires internes.

    On ne peut pas dire que la chrétienté dans les régions où elle est apparue est proche de la disparition. Elle se rétrécie seulement comme une peau de chagrin, malheureusement, parallèlement à la "douce agressivité" des religions qui l’entourent. Ou une agressivité brutale. Par exemple, en Arabie Saoudite la loi interdit de professer le christianisme, d’accomplir des rites chrétiens et de construire des églises. Et la législation prévoit la peine de mort pour ces actions. Ce n’est pas ce qu’on pourrait qualifier d’attitude pacifique envers son prochain au Proche-Orient.

    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti.

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