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    Gagarine, symbole banalisé de la modernisation

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    Iouri Gagarine, premier homme à voyager dans l'espace (61)
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    Il a dit: "C’est parti!" Et le vaisseau spatial gigantesque a décollé en coupant le souffle du monde entier: comment un pays ravagé par la guerre est-il parvenu en moins de 16 ans après le conflit à un tel niveau de développement scientifique, de pensée d’ingénierie et d’industrie?

    Il a dit: "C’est parti!" Et le vaisseau spatial gigantesque a décollé en coupant le souffle du monde entier: comment un pays ravagé par la guerre est-il parvenu en moins de 16 ans après le conflit à un tel niveau de développement scientifique, de pensée d’ingénierie et d’industrie? Il difficile de trouver des précédents similaires dans l’histoire. Iouri Gagarine a réalisé le rêve séculaire de l’humanité. Et le vol du vaisseau Vostok a été la démonstration d’une "percée technologique" étonnante et inégalée, une mise en œuvre pratique de la modernisation. C’est la raison pour laquelle Gagarine est le symbole de l’Etat russe, dont on peut être fier sans l’ombre d’un doute.

    En dépit de la concurrence globale entre les deux superpuissances, dans les années 1960 Gagarine était admiré pareillement en URSS et dans le reste du monde (notamment en Occident). Les Américains et les Européens lui accordaient beaucoup d’attention. Il suscitait même du respect auprès des concurrents directs, bien que sur la couverture du magazine TIME l’inscription URSS sur le casque de Gagarine ait été gommée. Plus tard, dans les années 70-80, grâce au travail systématique d'amélioration de l’image des Etats-Unis, Iouri Gagarine était évincé par les premiers astronautes ayant mis le pied sur la Lune. C’est la raison pour laquelle dans les planétariums des capitales occidentales Neil Armstrong et son équipage sont le cœur des expositions consacrées à l’étude de l’Espace. Et on mentionne le vol de Gagarine en passant, dans le meilleur des cas.

    Toutefois, il est difficile d’en accuser l’ancien adversaire de l’URSS dans la guerre froide. La victoire de l’URSS dans la course spatiale a porté un coup violent à l’amour propre de Washington, dont le postulat sur la supériorité scientifique et technologique américaine est la pierre angulaire de l’idéologie officielle. Gagarine y avait pratiqué une énorme brèche, et ils se sont mis à la combler. Cependant, les Américains n’ont jamais tenté de traîner Gagarine dans la boue. A leurs yeux il était également un héros.

    En Union soviétique, l’image de Gagarine n’a jamais fait partie des symboles fondamentaux qu’il méritait à juste titre. Bien sûr, en URSS on lui accordait beaucoup d’attention. Mais son vol était seulement considéré comme une nouvelle preuve de ce que le communisme était le régime le plus avancé au monde. Cependant, l’image de Gagarine dans la conscience sociale a été bien plus puissante que l’image du communisme. Dans le sens global il est au-dessus de toute idéologie politique et système socioéconomique.

    Telle est l’originalité et l’universalité de l’image de Gagarine. Premièrement, il n’a pas cessé d’être véritablement proche du peuple. Deuxièmement, c’est probablement la seule image qui combine les hauts sens humanitaires et les succès technologiques du pays. Pour cette raison, image canonique en URSS, Gagarine a réussi à survivre à l’effondrement et à la raillerie des symboles et des valeurs soviétiques dans les années 1990.

    En Fédération de Russie, l’image de Gagarine existe plutôt par inertie, comme une partie du patrimoine préservé du passé. L’élite politique parle parfois de lui. Cependant, il continue à bénéficier de l’amour sincère du peuple. De moins, de ceux qui se souviennent encore qu'il a été le premier homme à être allé dans l’Espace. De plus, au cours des 10-15 dernières années, il est devenu évident que l’image de Gagarine n’était absolument pas menacée de l’oubli, mais plutôt de "glamourisation", de banalisation, de transformation en objet ironique de la culture de masse ou en une nouvelle marque de produit de consommation (et pas seulement en Russie, mais également dans les anciennes républiques soviétiques et dans d’autres pays).

    Ainsi, on peut voir l’image du premier cosmonaute sur les automobiles et dans les centres de loisir. L’image de Gagarine pourrait être simplement reformatée, dévaluée, réduite au niveau d’un label commercial familier.

    Dans l’ensemble, dans le système des images de la Russie contemporaine Gagarine se trouve à l’ombre, bien qu’il convienne mieux que quiconque pour incarner les idées de la modernisation et du progrès scientifique et technologique. D’autant plus qu’il incarne un maillon entre le passé (l’URSS) et le présent (la Russie). De la même manière qu’entre la Russie et le reste du monde. Cela est d’autant plus important qu'aujourd’hui la Russie, vingt ans après l’effondrement de l’Union soviétique, demeure à la recherche pénible de son identité. Tous les concepts d’unification de la nation autour d’un axe idéologique sont voués à l’échec s’ils sont présentés à la société dans une langue incompréhensible. Les symboles clairs et compréhensibles sont nécessaires afin d’unir les gens. Le vol de Gagarine du 12 avril 1961 est l’un de ces symboles.


    L’opinion de l’auteur ne correspond pas forcément à celle de la rédaction

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    Iouri Gagarine, premier homme à voyager dans l'espace (61)

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