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    La chimie au service de la lutte contre les pédophiles

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    Dernièrement, le thème de la lutte contre la pédophilie en Russie est discuté au plus haut niveau.

    Dernièrement, le thème de la lutte contre la pédophilie en Russie est discuté au plus haut niveau. Comme mesure pour régler radicalement ce problème, il est proposé d’instituer la castration chimique sur les personnes condamnées pour violence contre des enfants. Techniquement, cela consiste à injecter régulièrement des substances chimiques bloquant l’hormone mâle, la testostérone. Cette mesure n’estropie pas définitivement l’homme car elle est temporaire, et elle a déjà prouvé son efficacité dans de nombreux pays du monde.

    La question de la castration chimique des pédophiles a été soulevée en automne 2010 par l'ombudsman des enfants auprès du président de Russie Pavel Astakhov. "Il est erroné que cette punition soit inefficace, comme on le prétend. Selon les chercheurs américains et britanniques, qui ont mené une étude pendant 20 ans, il y a 98% de cas de récidives (de pédophilie) en l’absence d’intervention médicale, et 3% avec un traitement médicale", a déclaré le 24 septembre à RIA Novosti l’ombudsman.

    A l’époque, l’idée est restée sans suite. Mais fin avril, cette question a été soulevée une nouvelle fois en relation avec deux crimes retentissants commis dans la région de Stavropol. Dans le premier cas, une fillette de 8 ans a été tuée par un violeur, et dans le second, une autre fillette de 9 ans a été kidnappée et violée. Selon l’enquête, les auteurs des deux crimes avaient été condamnés auparavant pour viol et se trouvaient en liberté conditionnelle. Les cas de récidives chez les violeurs-pédophiles sont un phénomène dangereux et, hélas, répandu.

    Le 28 avril, le Comité d’enquête de Russie a suggéré d’utiliser la castration chimique contre les personnes ayant porté atteinte à l’intégrité sexuelle des mineurs. Le 10 mai, cette idée a été soutenue par le président russe Dmitri Medvedev: il a proposé d’examiner la question de l’utilisation de la castration chimique volontaire des criminels auteurs de violence contre des enfants, et a parlé de l’inadmissibilité d’une approche libérale de tels crimes.

    Cette nouvelle mesure est-elle indispensable?

    La castration chimique des pédophiles et des violeurs est déjà pratiquée par de nombreux pays européens (par exemple, la France et l'Allemagne) et dans certains Etats américains. Conformément aux études du ministère russe de l’Intérieur, le nombre de crimes contre des enfants a diminué de 50% dans les pays ayant recours à la castration chimique.

    Le délégué pour les droits de l’enfant à Moscou Evgueni Bounimovitch estime que cette mesure est justifiée par la situation très inquiétante en Russie liée à l’augmentation du nombre de crimes sexuels contre des enfants.

    "L’idée de la castration chimique des pédophiles n’est pas venue de nulle part. Au cours des dernières années, on assiste à la forte augmentation de crimes d’atteinte à la pudeur, de pédophilie, de violence sexuelle contre des enfants. Le taux de récidive après la libération des criminels est très élevé. Il est donc nécessaire de réfléchir aux nouvelles méthodes visant à protéger nos enfants", a déclaré l‘ombudsman à RIA Novosti.

    L’appel du président russe, selon M. Bounimovitch, n’a pas de nature injonctive, c'est une proposition de discussion sur le thème de la lutte contre la pédophilie avec la participation de professionnels: psychologues et physiologistes. "Ils doivent déterminer quelle substance est réellement efficace, et décider que la pulsion des personnes enclines à commettre de tels crimes n'est pas traitable par d’autres moyens…", a souligné l’expert.

    Sergueï Pachine, juriste émérite de Russie et professeur au Haut collège d’économie, estime qu'une intervention médicale sur des criminels n’est admissible que dans le cas où cette mesure est volontaire. Mais il exprime également une série de craintes à ce sujet.

    "On se demande en échange de quoi les condamnés accepteront de subir la castration chimique? Contre l’exonération de leur responsabilité pénale? Et si on tente d’obtenir leur accord par la force comme aujourd’hui on soutire souvent l'aveu d'un crime? Lorsqu’il est impossible de faire confiance à la police, dans les cas de torture et de mauvais traitements, de telles décisions pourraient "mutiler" le sort de nombreuses personnes sans aucune garantie de la justesse et du caractère volontaire de cette mesure", a déclaré l’expert à RIA Novosti.

    Le problème de la prévention

    Bien sûr, une intervention médicale sur les pédophiles est une mesure extrême, à laquelle on ne recourt que lorsque le crime est commis et que l’enfant est atteint de séquelles irréversibles. Mais la question de la prévention de tels crimes est bien plus urgente. Comment agir préventivement, lorsque le criminel n’a pas encore décidé de passer à l'acte?

    Sergueï Pachine a comparé la situation de la prévention de la pédophilie à une blague orientale: "Nasreddin Hodja vendait des produits contre les cafards. On lui demande: "Comment cette substance s’utilise-t-elle? " Il a répondu: "Attrapez le cafard et faites lui l’avaler le produit." Selon le juriste, le problème principal ne réside pas dans le fait d’administrer le traitement, mais dans le dépistage du futur pédophile.

    L’idée proposée le 28 avril par le chef du Comité d’enquête de Russie, Alexandre Bastrykine, pourrait être utile. Selon lui, il est nécessaire de créer un programme gouvernemental d'aide anonyme aux personnes qui craignent d’être enclines à commettre un acte criminel contre des enfants.

    "Le traitement anonyme des personnes qui se sentent poussées à commettre un crime est incontestablement une bonne idée, et il n’existe pratiquement aucune autre mesure. Il faut soutenir l’aide anonyme. Mais elle ne doit pas relever de la responsabilité des forces de l’ordre, mais des personnes ayant des notions de déontologie médicale et professionnelle: des psychologues et des médecins qui n’ont aucun lien avec l’appareil coercitif de l’Etat. Sinon, cela ne servira à rien", a précisé Sergueï Pachine.


    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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