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    Progression du VIH en Russie: la dangereuse insouciance de la population

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    Il y a 30 ans, l’humanité entendait pour la première fois parler d’une nouvelle maladie: le virus d’immunodéficience humaine (VIH), qui provoque le syndrome d’immunodéficience acquise, le SIDA.

    Il y a 30 ans, l’humanité entendait pour la première fois parler d’une nouvelle maladie: le virus d’immunodéficience humaine (VIH), qui provoque le syndrome d’immunodéficience acquise, le SIDA. Aujourd’hui, en dépit du fait que les gens continuent à mourir de l’épidémie de VIH, le problème de l’expansion du virus mortel en Russie n’est pas considéré comme particulièrement grave. La société n’est toujours pas consciente de tous les risques attachés au VIH et évoque rarement les personnes qui vivent avec ce virus.

    150 nouveaux cas par jour

    Il y a encore quelques années, les médias russes publiaient de nombreux contenus sur le VIH et ses victimes, la télévision diffusait des messages publicitaires montrant comment éviter d'être contaminé par le virus. On diffusait des reportages des conférences internationales sur la situation de la maladie dans le monde et dans les pays.

    Aujourd’hui, il semble que l’épidémie du VIH soit reléguée au second plan, qu’elle soit devenue un problème marginal, dont le règlement ne fait pas partie des priorités de la société et du gouvernement. Les autorités en discutent rarement, et la société ne s’y intéresse pas vraiment.

    Or, comme l’a reconnu la Commission gouvernementale chargée de la prévention, du diagnostic et du traitement du VIH lors de la réunion le 2 juin, "la prévalence du virus demeure élevée." L’année dernière, le chiffre des personnes infectées était de 353,8 pour 100.000 habitants et a augmenté par rapport aux années précédentes. En 2009, ce nombre était de 331,8 pour 100.000 habitants, et de 308,7 en 2008.

    Selon le Centre scientifique et méthodologique fédéral de prévention et de lutte contre le SIDA, 150-160 nouveaux cas d’infection par le VIH sont enregistrés chaque jour. Selon la chef adjoint du Département de la protection de la santé et du bien-être sanitaire et épidémiologique du ministère russe de la Sante et du Développement social Galina Tchistiakova, au total en Russie 503.724 personnes sont infectées par le VIH, dont 11.266 SDF et 7.935 étrangers.

    Les experts sonnent l’alarme: le nombre des personnes séropositives enregistrées augmente chaque année. En 2010, 62.581 nouveaux cas ont été enregistrés par rapport à 62.345 en 2009 et à 58.591 en 2008.

    Néanmoins, officiellement on estime que "l’épidémie est concentrée dans un milieu restreint." Telle est l’évaluation du ministère russe de la Santé et du Développement social basée sur le fait que les personnes infectées par le VIH ne représentent que 0,36% de la population russes (142,9 millions), et que l’épidémie touche avant tout les membres des groupes à risques: les toxicomanes, les professionnels du sexe et les homosexuels.

    Une telle évaluation de la situation pourrait signifier que la société a encore le temps de se réveiller et de stopper l’épidémie, avant de franchir le seuil du 1% de personnes séropositives, et que l’épidémie n’est pas encore généralisée, autrement dit qu'elle reste confinée au sein des groupes à risque et ne se propage pas au sein de la population.

    Les statistiques sujettes à caution du VIH

    En ce qui concerne les chiffres, depuis les dix dernières années les opinions des spécialistes divergent, ce qui n’est pas étonnant. Les statistiques ne sont pas fiables, et personne ne peut se porter garant de leur exactitude. Le chef du Centre scientifique et méthodologique fédéral de prévention et de lutte contre le SIDA, Vadim Pokrovski, fait remarquer: "Près du quart des porteurs du virus identifiés ne consultent pas le médecin, et il est très probable qu’une partie d’entre eux est déjà atteinte ou sera d’ici peu atteinte par le SIDA. Un quart des séropositifs ne se sont présentés au centre du SIDA qu’une seule fois, et il est difficile de dire quel est leur état de santé actuellement."

    Certaines personnes ignorent qu’elles sont malades, évitent les visites médicales et ainsi ne figurent pas dans les statistiques officielles. Essayez donc de gagner la confiance des toxicomanes et de les convaincre d'effectuer un test de dépistage VIH. La situation avec les clandestins est la même.

    Une autre nuance fait douter de l’exactitude des chiffres. Beaucoup de personnes ne subissent pas de bilans de santé réguliers. Les personnes travaillant dans le milieu médical, les militaires, les femmes enceintes, les donneurs du sang et les détenus passent des examens médicaux et les tests de dépistage du VIH tous les ans. Les candidats à l'octroi de la citoyenneté russe sont soumis à des analyses obligatoires, même chose pour les malades hospitalisés. Toutes les autres personnes pour une raison quelconque peuvent ne pas se présenter chez le médecin pendant des années. Par ailleurs, les symptômes de contamination par le VIH peuvent restés latents pendant plusieurs années. Ainsi, un individu peut vivre longtemps sans soupçonner qu'il est malade.

    Le virus se transmet de plus en plus souvent aux femmes en âge de procréer

    Un des problèmes du VIH réside dans le fait que les statistiques ne sont que la partie visible de l'iceberg. Comme en témoignent les informations officielles.

    Lors de la réunion de la Commission gouvernementale pour le VIH, Galina Tchistiakova a souligné que dans certaines régions de Russie le taux de personnes séropositives avait dépassé 1%. D'après le Centre de lutte contre le SIDA, selon l’indice d’infection, en tête se trouvent les régions de Kemerovo (144,9 nouveaux cas enregistrés pour 100.000 habitants), de Samara (117,6), d’Irkoutsk (110,8), de Sverdlovsk (109,6), de Leningrad (107), de Novossibirsk (106,3) et plusieurs autres régions. En fait, cela signifie que dans ces régions l’épidémie s’est attaquée à la population saine.

    Ce n’est pas un hasard si de nombreux experts soulignent que bien que le virus se transmette le plus souvent (dans 60% des cas) par injection intraveineuse de drogues, le taux d’infection par voie sexuelle, pendant des rapports hétérosexuels, ne cesse de croître. En 2006, le VIH est devenu le principal facteur d’infection auprès de 32,2% des personnes identifiées comme séropositives, et pratiquement 36% en 2009.

    Les experts sont avant tout préoccupés par la hausse de la prévalence auprès des femmes depuis 2002, ce qui indique clairement que l’épidémie se propage peu à peu au sein de la population saine. En 2010, les femmes ont été infectées par le VIH principalement lors des rapports sexuels, dans 64,7% des cas, selon le Centre de lutte contre le SIDA.

    Fin 2010, plus de 207.000 femmes infectées par le VIH ont été enregistrées en Russie. Et en 2009, le nombre de femmes enceintes séropositives s’est élevé à 15.821. Soit 2.985 femmes de plus par rapport à 2005.

    Voici un simple exemple de transmission du VIH lors d’un rapport sexuel. Un mari toxicomane est infecté par le virus en s’injectant des stupéfiants par voie intraveineuse. Il transmet la maladie à son épouse.

    Heureusement, le risque de la transmission "verticale", de la mère à l’enfant, diminue constamment grâce aux tests de dépistage des femmes enceintes, et en cas de nécessité de chimio-prophylaxie. En 2005, un enfant sur cinq naissant de mère séropositive était infecté par le virus. En 2009, le VIH a été décelé seulement chez 9,2% des enfants.

    Les adultes sont plus souvent touchés que les jeunes

    Galina Tchistiakova fait remarquer qu’au cours des dernières années, les jeunes entre 15 et 20 ans sont de moins en moins souvent infectés par le VIH. En 2000, ils représentaient 24,7% parmi les personnes infectées par le virus, et seulement 2,2% en 2010. Même en s’ajustant sur le trou démographique (le taux de natalité au début des années 1990 était faible en Russie), la tendance est éloquente. Les jeunes, les écoliers et les étudiants, apprennent plus de choses sur le VIH, y compris grâce aux programmes de sensibilisation dans les établissements scolaires, et ont moins souvent des rapports sexuels non protégés.

    Par contre, les adultes ont commencé à être plus souvent infectés. Le Centre fédéral de prévention et de lutte contre le SIDA indique que "l’augmentation prononcé du nombre de nouveaux cas d’infection par le VIH identifiés chez les personnes entre 30 et 40 ans (de 9,9% en 2000 à 39,8% en 2010) et entre 40 et 50 ans pourrait témoigner du comportement risqué parmi la population saine sexuellement active." Une partie de la population ignore probablement l’ampleur de l’épidémie, la considère comme un problème qui ne la concerne pas et n’estime pas qu’il soit nécessaire de prendre des précautions.

    Voici l’exemple des conséquences d’un comportement risqué. Un homme a trompé son épouse ou a eu un contact avec une prostituée, et a été infecté par le VIH. Puis il transmet la maladie à son épouse. Combien de temps s’écoulera avant que l’épouse soit au courant et apprenne qu’elle est malade? Il n’existe pas de réponse à cette question.

    L’épidémie se transforme en un problème pour toute la population, mais la société n’a pas conscience de ce qui arrive. De la même manière, les enfants cachent leurs yeux avec leurs mains et pensent qu’ils sont protégés du danger.

    Toutefois, quelles que soient les choses effrayantes dites à l’humanité, elle s’habitue à tout, même aux dangers mortels. Dès que la panique se calme, le problème semble avoir disparu. Dans le cas du VIH, une telle insouciance pourrait être lourde de conséquences. Plus précisément, elle l’est déjà.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

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