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    La fallacieuse aventure romantique des submersibles

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    Il y a 50 ans, l’humanité est entrée dans l’ère des catastrophes des sous-marins nucléaires. Le 4 juillet 1961, un incident est survenu sur le sous-marin soviétique K-19: l’un des réacteurs nucléaires est tombé en panne. Les marins ont courageusement tenté de réparer la panne qui menaçait, de tuer tout l’équipage, et ils y sont finalement parvenus. Mais quelques jours plus tard, huit personnes sont mortes en raison des radiations.

    Il y a 50 ans, l’humanité est entrée dans l’ère des catastrophes des sous-marins nucléaires. Le 4 juillet 1961, un incident est survenu sur le sous-marin soviétique K-19: l’un des réacteurs nucléaires est tombé en panne. Les marins ont courageusement tenté de réparer la panne qui menaçait, de tuer tout l’équipage, et ils y sont finalement parvenus. Mais quelques jours plus tard, huit personnes sont mortes en raison des radiations.

    Les sous-marins: une arme romantique

    Depuis longtemps, les gens rêvent de nager comme les poissons. Le Nautilus de Jules Verne, qui navigue silencieusement dans les profondeurs de l’Océan mondial, n’est pas seulement un modèle du progrès technique, mais également un symbole de la liberté intérieure du capitaine Nemo par rapport aux frontières territoriales et des préjugés de caste. D’autre part, les deux guerres mondiales ont montré que les sous-marins étaient des armes redoutables. A deux reprises, les sous-marins allemands ont poussé la Grande-Bretagne au bord de la défaite, en resserrant autour d’elle le blocus naval.

    Après le "déclenchement" de la guerre froide, les adversaires idéologiques ont misé sur la flotte nucléaire sous-marine, qui permet de se déplacer furtivement d’un bout du monde à l’autre, sans avoir besoin de se ravitailler ou de recharger ses batteries. Les sous-marins nucléaires (SMN) pouvaient naviguer absolument partout, même sous les glaces de l’océan Arctique. Au début tout cela était empreint d'un certain romantisme.

    Cependant, dès l’apparition de la nouvelle classe de forces navales, il est devenu clair qu’on était loin du romantisme. Ni en temps de paix, ni en temps de guerre, les sous-mariniers, contrairement à leurs confrères en surface, n’ont le droit à l’erreur. La mer ne pardonne pas.

    L’écrivain russe Boris Jitkov a écrit une œuvre courte mais remarquable intitulée Sous l’eau, qui raconte une histoire tragiquement absurde qui s’est produite avant la révolution russe de 1917. En revenant de manœuvres, déjà au port, le commandant du sous-marin, un jeune lieutenant, a décidé de faire des siennes en passant rapidement sous un bateau commercial amarré. Le sous-marin s’est retrouvé piégé dans la boue visqueuse et s’est transformé pour quelques heures en une sépulture de fer, où les marins souffraient atrocement de manque d’oxygène. Le coupable n’a pas supporté les remords et s’est tiré une balle dans la tête.

    Le mauvais sort du K-19

    Dès avant l’entrée en service du sous-marin en octobre 1959, il y a déjà eu des victimes. Pendant la peinture des compartiments, un incendie a tué deux ouvriers, puis une femme peintre est morte accidentellement. En automne 1960, un marin a été tué par la fermeture du silo à missiles, un autre a été aspiré dans les mécanismes pendant le tournage de l’arbre principal.

    Pendant le sauvetage des marins en 1961, tous leurs vêtements ont dû être abandonnés, car le dosimètre saturait des radiations. L’argent, les cartes d’identité, les cartes de membre du parti communiste ont été transportés dans un container étanche spécial. Les fusils AK ont été jetés par-dessus bord.

    D’après un témoin, ceux qui avaient travaillé dans le compartiment du réacteur étaient ensuite transportés sur des brancards. C’était horrible: des visages étaient terriblement boursouflés et couverts d’énormes plaies, les cheveux tombaient au simple toucher.

    Les mésaventures du "Hiroshima", comme les marins ont surnommé le SMN, ne se sont pas arrêtées là. Le 15 novembre 1969, il a heurté un sous-marin américain en manquant de le couper en deux; le 24 février 1972, un incendie à bord a tué 28 membres de l’équipage et 2 sauveteurs. De plus, plusieurs marins ont passé 23 jours sans nourriture ni lumière dans le compartiment arrière. Enfin, le 15 août 1982, pendant les travaux de réparation dans le compartiment des batteries, plusieurs personnes ont été brûlées, dont une est décédée à l’hôpital cinq jours plus tard.

    Malgré tout cela, le sous-marin maudit, qui a connu plus d’une douzaine de commandants au cours de son existence, n’a été retiré du service qu’en 1990.

    L’adaptation cinématographique de la tragédie

    Les Soviétiques moyens n’avaient pas à avoir connaissance de tels événements. Les personnes qui ont survécues à ces accidents ont signé une promesse de non-divulgation, et afin que le secret soit gardé, leur diagnostic n’était pas "maladie des rayons", mais diverses autres affections avec lesquelles il fallait par la suite "galérer" pour trouver un nouveau travail.

    Le régime de confidentialité de plusieurs années, puis les catastrophes majeures du K-278 Komsomolets et K-141 Koursk, ont fait de l’ombre aux événements datant d’un demi-siècle. Le public russe a appris l’existence du K-19 seulement en 2002, après le tournage du film sur ce sujet par la réalisatrice américaine Kathryn Bigelow. La détentrice de l’Oscar a été intéressée par l’histoire du premier accident de sous-marin nucléaire impliquant des victimes, et elle a invité Harrison Ford pour jouer le rôle principal du capitaine du sous-marin nucléaire soviétique.

    Toutefois, si les sous-mariniers russes ont l’honneur douteux d’ouvrir la marche funèbre des victimes des accidents nucléaires, les Etats-Unis ont connu la pire catastrophes de ce genre.

    Le 10 avril 1963, pendant les essais de résistance en profondeur, le sous-marin SSN-593 Thresher s’est désintégré en plusieurs parties en emportant la vie de 16 officiers, de 96 membres de l’équipage et de 17 spécialistes civils.

    Jusqu’à présent, aucun pays industriellement développé n’a réussi à concevoir un sous-marin fiable à 100%.

    Comme l’a dit un des anciens: Naviguer est nécessaire, mais il n’est pas nécessaire de vivre.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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