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    Norvège: questions autour d'un massacre

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    Les attentats perpétrés le 22 juillet en Norvège constituent la plus sanglante attaque menée en Europe contre la population civile depuis les attentats de Londres à l'été 2005.

    Les attentats perpétrés le 22 juillet en Norvège constituent la plus sanglante attaque menée en Europe contre la population civile depuis les attentats de Londres à l'été 2005. Toutefois, les experts ne les imputent pas aux principaux groupes terroristes mondiaux. Ils estiment qu’ils sont l'œuvre d'un déséquilibré d’extrême-droite

    L’explosion près des bâtiments gouvernementaux à Oslo ainsi que le massacre perpétré quelques heures plus tard dans le camp de jeunesse du parti travailliste au pouvoir sur l’île d’Utoeya (30 kilomètres de la capitale), ont coûté la vie de plus de 90 personnes. En outre, des explosifs ont été découverts sur l’île où le massacre a eu lieu, a déclaré le chef adjoint de la police d’Oslo Sveinung Sponheim.

    Les autorités ont appréhendé l'auteur du massacre sur l’île. Il s’agit du Norvégien Anders Behring Breivik âgé de 32 ans, qui est déjà inculpé. Selon la chaîne TV2, il serait issu du milieu extrémiste de droite. Les jeunes qui se trouvaient dans le camp du parti travailliste représentaient les forces politiques de gauche. Les autorités estiment également que cet homme est "sans aucun doute"  impliqué dans l’attentat au centre-ville d’Oslo. La chancellerie du premier ministre, les ministères de l’Energie, de l’Industrie et de la Justice se situent dans ce quartier.

    Un pays prospère

    Jusqu’au 22 juillet, la Norvège était l’un des pays les plus prospères du monde. Dans le classement annuel Fund for Peace de 2011, ce havre de paix occupe la deuxième place en termes de prospérité derrière la Finlande. Les experts ont analysé la situation dans 177 pays.

    Désormais, il est difficile de qualifier la situation en Norvège de prospère. Le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg l’a même décrite comme
    "très grave", appelant la population à garder son calme et à ne pas céder à la panique.

    S'exprimant devant les journalistes, le premier ministre a reconnu que les autorités ne disposaient pas encore d’informations concernant la personne qui est derrière ces attentats, rapporte la chaîne Euronews. La cause de l’explosion reste également inconnue, a ajouté le premier ministre norvégien.

    Une riposte libyenne ou afghane?

    La police norvégienne n'impute pas ces événements aux organisations terroristes internationales. La Norvège était pourtant activement impliquée dans les opérations de l’OTAN en Libye. Le colonel libyen Mouammar Kadhafi a menacé à plusieurs reprises de riposter suite aux frappes aériennes contre son pays.

    La Norvège a également participé à l’opération militaire en Afghanistan. Dans les forces de la coalition, on a compté entre quelques dizaines et quelques centaines de soldats norvégiens selon les époques. D’ailleurs, en octobre 2004, sur la chaîne
    Al Jazeera, le numéro deux d’Al-Qaïda al-Zawahiri a proféré des menaces contre les Etats-Unis et leurs alliés, parmi lesquels la Norvège était également mentionnée.

    Contradictions internes

    L’explosion s’est produite près de bâtiments gouvernementaux, laissant apparaître un message politique. A supposer que l’attentat ne soit pas lié aux organisations terroristes internationales, il faut chercher les causes dans la politique nationale du pays. Alexandre Konovalov, président de l’Institut des évaluations stratégiques, a supposé dans une discussion avec un commentateur de RIA Novosti que le massacre pouvait être une réaction à la politique du pays "qui offre l'asile à un trop grand nombre d’immigrants".

    Comme l’a montré le sondage mené en Norvège en mai 2010 par la société Sentio à la demande du journal Nationen, 60% seulement de la population a une attitude positive envers les immigrants. 25% des personnes interrogées sont en désaccord avec la politique d’immigration du gouvernement : selon eux, le pays accueille
    "beaucoup trop d’immigrants".

    "La gauche norvégienne refuse de durcir la politique d’immigration", a déclaré à RIA Novosti Alexeï Makarkine, expert du Centre des technologies politiques. Auparavant, les efforts de la gauche ont permis de légaliser les mariages homosexuels.

    Près d’un quart de la population norvégienne rejette catégoriquement la politique de la gauche, déclare Alexeï Makarkine. Les gens votent pour le parti du Progrès, un parti populiste de droite. Ses partisans, comme l’a montré le sondage du Nationen, n’apprécient pas les immigrés : plus de la moitié de l’électorat de droite est hostile à l’immigration. L’individu appréhendé par la police, accusé de l’attentat et du massacre sur l’île d’Utoeya, affiche des opinions de droite.

    Les immigrés norvégiens ne sont pas toujours loyaux envers leur pays d’accueil. La semaine dernière, le Parquet norvégien a inculpé le mollah Krekar, guide spirituel du mouvement islamiste kurde Ansar al-Islam. Il s’agit d’un ressortissant irakien vivant en Norvège. Le mollah Krekar a proféré des menaces dans la presse locale contre les hommes politiques norvégiens et a menacé les dirigeants politiques de mort en cas d'expulsion.

    Une autre version des faits

    La chaîne norvégienne NRK a annoncé que l’attentat à Oslo et l’attaque du camp d’été d’Utoeya constituait une réaction à la sortie prévue prochainement d’un livre comportant des caricatures du prophète Mahomet. Cette information a été publiée par le mouvement des Partisans du jihad mondial, un groupuscule inconnu auparavant. Il y a quelques années, la publication des caricatures au Danemark avait provoqué un tollé chez les musulmans dans le monde entier.

    "Cherchez la réponse dans le domaine de la psychiatrie"


    Les experts estiment qu’il est peu probable que les organisations terroristes islamiques soient impliquées dans les attentats ou le massacre sur l’île.
    "Et ce n’est pas une lutte intrapolitique", affirme Alexandre Konovalov.

    "Ces événements sont illogiques et incompréhensibles", a déclaré à RIA Novosti le vice-président du comité de sécurité à la Douma Guennadi Goudkov. "Premièrement, la Norvège est un pays démocratique avec un système de gouvernement développé. Les Norvégiens ne règlent pas leurs différends avec une arme à la main", déclare-t-il. Deuxièmement, on ignore ce qui s’est véritablement passé sur l’île où 80 personnes ont été tuées. "Un individu peut tuer 10-12 ou au maximum 17 personnes, a-t-il expliqué. Un chargeur de Kalachnikov a une capacité de 33 cartouches. Cela signifie que le criminel a dû recharger l’arme à
    4-5 reprises et toucher le canon brûlant du fusil". Guennadi Goudkov estime que le nombre de victimes et de blessés est trop élevé, en supposant qu’une seule personne ait tiré.

    Guennadi Goudkov propose de chercher la réponse sur les causes des événements "dans le domaine de la psychiatrie". "Il s’agit d’un marginal d’extrême-droite mentalement atteint, déclare-t-il, rejoignant l’avis d’Alexeï Makarkine. Dans le cas présent, un mode de pensée autoritaire et des problèmes psychiques se sont certainement superposés au rejet de la politique gouvernementale dans l’esprit du suspect".

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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