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    L'Asie dans l'attente du 2 août

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    En attendant le 2 août, les capitales des pays d’Asie orientale conservent un calme de façade. Que les Etats-Unis soient en défaut de paiement ou non, elles s’attendent à des conséquences financières et économiques inévitables.

    En attendant le 2 août, les capitales des pays d’Asie orientale conservent un calme de façade. Que les Etats-Unis soient en défaut de paiement ou non, elles s’attendent à des conséquences financières et économiques inévitables.

    Dans le contexte de bras de fer entre l’administration de Barack Obama et les républicains du Congrès sur l’augmentation du plafond de la dette publique, le ton des déclarations officielles des gouvernements, des milieux d'affaires et des sphères boursières de la Chine, de la Corée et du Japon est le suivant: il n’y aura probablement pas de "défaut de paiement technique", et même si c’était le cas, il ne faut pas s’attendre à des troubles.

    En réalité, les principaux détenteurs d'obligations américaines, avant tout la Chine (plus de 1.150 milliards de dollars) et le Japon (890,3 milliards de dollars), qui se partagent 40% de la dette publique américaine, s’attendent à des temps difficiles. On voit les mêmes dispositions dans d’autres pays, par exemple en Corée du Sud ou en Inde, qui conservent la majeure partie de leurs réserves monétaires en dollars américains.

    La logique est simple : le défaut de paiement ou une tension importante engendrée par son attente augmenteront la volatilité des marchés financiers et provoqueront une montée en flèche des taux d’intérêt et une diminution du taux de change du dollar. Comme l’a déclaré au Wall Street Journal Zhang Ming, directeur adjoint du département de finance internationale au sein de l'Institut de politique et d'économie mondiale de l’Académie des sciences sociales de Chine, cela pourrait "tuer les faibles pousses de la reprise économique" en Asie, qui commencent seulement à apparaître après la crise mondiale.

    "Pas d’autre choix"

    Par ailleurs, la Chine n’a pas l’intention de suspendre les achats d'obligations du Trésor américain dans un avenir proche, en dépit du risque de défaut de paiement des Etats-Unis. Comme l’a récemment écrit le journal Renmin Ribao en se référant au centre gouvernemental de recherche, "Pékin n’a pas d’autre choix que de continuer à acheter de la dette américaine, car la Chine veut que le dollar soit stable. Et les obligations américaines demeurent l’un des produits d’investissement les plus liquides sur le marché, compte tenu des immenses réserves de change de la Chine".

    Le Japon, dont la dette publique a atteint 200% du PIB, est également conscient qu’il n’existe pas d’alternative aux obligations américaines. Or, le pays devra dépenser beaucoup d’argent pour éliminer les conséquences de l’ouragan et du tsunami qui ont frappé le Japon en mars, laissant dans leur sillage des dommages estimés entre 16.000 et 25.000 milliards de yens, soit 195-305 milliards de dollars.

    L’augmentation du taux de change du yen enregistré au cours des derniers jours est due à sa réputation de havre de paix aux yeux d'une partie des investisseurs. Cependant, l’augmentation du yen signifie une hausse des prix des exportations japonaises. Par exemple, Toyota et d'autres constructeurs automobiles japonais, qui dégagent le gros de leurs bénéfices sur le marché nord-américain, pourraient subir d’énormes pertes en raison de la chute de la production et de l’augmentation du chômage.

    Le fait que les économies de la majorité des pays d’Asie orientale soient orientées sur les exportations pourrait conduire à une diminution de la demande de leurs produits aux Etats-Unis et provoquer des phénomènes de crise dans le commerce mutuel. Cela se traduirait par une aspiration plus ferme à supplanter le dollar au sein du système de règlement réciproque.

    Les pays développés d’Asie étaient prêts à lancer un défi à la monnaie américaine avant les imbroglios liés à l’attente du défaut de paiement. Ainsi, lors d’un sommet asiatique dans le cadre du dialogue trilatéral Stratégie-2020 en mai 2011, les ministres des Finances chinois, japonais et sud-coréens ont pris la décision d’augmenter la part de leurs monnaies nationales dans les transactions commerciales en Asie Nord-Est et "partout où c’est possible" . L’affaiblissement du rôle de la monnaie américaine en Asie-Pacifique, locomotive de la croissance économique mondiale, se reflètera forcément sur sa situation dans le reste du monde.

    Evaluons les risques et préparons-nous à panser les plaies

    Chaque pays de la région évalue à part soi les conséquences directes et indirectes de l’éventuel défaut de paiement des Etats-Unis. Par exemple, la Corée du Sud, avec une réserve monétaire de 300 milliards de dollars, s’attend à leur dévaluation partielle en raison de la diminution du taux de change du dollar. Séoul craint également le ralentissement des exportations, les fluctuations imprévisibles des flux de capitaux étrangers et la pression inflationniste qui en résulterait. Le journal Korea Times rappelle que ce sont précisément les emprunts excessifs en monnaie étrangère, avant tout en dollar, qui ont mené la Corée et d’autres pays asiatiques vers la crise financière dévastatrice en 1997-1998.

    La Corée du Sud est également préoccupée par le sort de l’accord sur la zone de libre échange avec les Etats-Unis (KORUS FTA), qui a été signé par les présidents des deux pays en 2007 mais n’a toujours pas été ratifié par l’Assemblée nationale sud-coréenne ni par le Congrès américain. La liquidation ou la réduction considérable des droits de douane prévus par l’accord augmenteraient le commerce bilatéral de plusieurs centaines de milliards de dollars. L’avenir de l’économie
    sud-coréenne, principalement orientée sur les exportations, dépend de la ratification de cet accord.

    Le président sud-coréen Lee Myung-Bak  mène un dialogue tendu avec l’opposition parlementaire, qui bloque la ratification de l’accord par peur des risques pour le marché intérieur et les producteurs nationaux. Mais elle redoute également qu’en raison des difficultés concernant l’augmentation du plafond de la dette publique des Etats-Unis, les Américains oublient tout simplement le KORUS FTA (ou remettent la ratification au Congrès au placard).

    L’administration de Barack Obama semble avoir réglé les différends avec les républicains au Congrès à ce sujet et promet de soumettre avant le 6 août un ensemble de projets de loi sur le libre-échange avec la Corée du Sud, la Colombie et le Panama. Mais on ignore comment agiront les républicains dans la Chambre des représentants à la veille du 2 août.

    Pour la Corée du Sud et le Japon, des alliés militaro-politiques proches des Etats-Unis, il existe également des risques indirects mais très probables liés au défaut de paiement. Si l’administration de Barack Obama acceptait l’exigence des républicains visant à réduire partiellement les dépenses publiques, les économies pourraient concerner avant tout les obligations militaires des Etats-Unis à l’étranger. 

    Pour Séoul et Tokyo cela se traduirait par des dépenses supplémentaires pour la défense et la réduction du personnel local sur les sites militaires américains, autrement dit par une charge supplémentaire pour leur budget.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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