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    La dernière chance du président syrien

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    Contestation en Syrie (1168)
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    La réunion du parlement syrien convoquée pour dimanche devait témoigner de la volonté du pays de mettre en œuvre des réformes risquait de dégénérer en vaste farce.

    La réunion du parlement syrien convoquée pour dimanche devait témoigner de la volonté du pays de mettre en œuvre des réformes risquait de dégénérer en vaste farce.  Et il ne pouvait en être autrement, alors qu’en une seule journée 40 personnes ont été tuées dans la ville syrienne  de Hama, au Nord de Damas, qui est depuis la première semaine du ramadan le théâtre d'une vaste opération menée par les chars et l’artillerie. Les manifestations et les affrontements se poursuivent également dans d’autres régions de cet Etat clé du Moyen-Orient, allié de l’Iran et ennemi d’Israël depuis des années. Plus de quatre mois de troubles en Syrie ont fait pratiquement 2.000 morts.

    Un slogan commun désespéré

    La situation s’est aggravée après le premier vendredi du ramadan, lorsque dans la soirée du
    5 août les gens ont commencé à se rassembler dans les mosquées pour prier, puis histoire de rompre le jeûne, sont allés manifester. L’opposition a annoncé que cette fois les manifestations se tiendraient dans tout le pays sous le slogan commun "Dieu est avec nous".
     En langue arable, le slogan a non seulement une connotation religieuse, mais traduit également une certaine désespérance, la volonté à prendre des mesures extrêmes, une sorte de "advienne que pourra".

    Avec de telles dispositions, la Syrie, dont la population dépasse 21 millions d’habitants, pourrait rapidement sombrer dans la guerre civile. Même l’opposition, qui s’efforce de dissuader ses partisans de pratiquer une banale vengeance en fonction des clans ou de la confession, n’exclut pas l’existence d’une telle menace.

    Fait étonnant, ces derniers temps, et depuis les premières émeutes de mars, le gouvernement syrien espérait que les réformes appuyées par des actions de force seraient efficaces et que la population se calmerait. Et la réunion du parlement le 7 août était planifiée depuis longtemps.

    Le fait est que le délai de validité de ce parlement, élu quatre ans auparavant, a expiré au printemps, mais le gouvernement avait décidé de reporter les élections en raison des manifestations. Conformément à la législation, les députés ont été chargés de poursuivre leur travail durant 90 jours supplémentaires.

    Désormais, lorsque le weekend dernier ce délai arrive à échéance, le président Bachar al-Assad est face à un choix difficile : il doit soit annuler le vote et même rétablir l’état d’urgence, soit fixer la date des élections.

    Toutefois, il est clair qu’aujourd’hui le parti socialiste arabe Baas perdrait les élections. Et ce malgré le fait que l'article huit de la constitution stipulant la primauté du rôle du parti au pouvoir au sein de la société ne soit pas abrogé. Il est clair que si la date des élections n’était pas fixée, ou si les autorités décidaient de vaincre l’opposition grâce à des subterfuges législatifs et au moyen de la fraude, cela ferait monter la pression.

    D’autant plus que le terme avant lequel la réconciliation était possible est dépassé.
    "Nous ne faisons plus confiance aux autorités. Aucune de leurs promesses n'a été tenue. Les services spéciaux essayent de contrôler la situation dans le pays. Le peuple n’est toujours pas libre. Al-Assad gagne seulement du temps", a déclaré jeudi Mahmoud al-Hamza, représentant de l’opposition syrienne en Russie, diplômé d’une université russe.

    Medvedev sait ce qui attend al-Assad

    L’opposition explique que la loi en vigueur depuis 1963 et abrogée en avril concernant l’état d’urgence n’a pas été véritablement annulée. Les arrestations se poursuivent, et les manifestations sont dispersées de plus en plus violemment.

    A quelques jours de la réunion parlementaire, le président Bachar al-Assad a signé deux décrets, 100 et 101, instituant le multipartisme et la nouvelle procédure d'élection générale. A croire que le chef de l’Etat espérait sincèrement que c’était ce qu’on attendait de lui.

    En partie, c’est le cas. Et dans une situation différente cela aurait constitué un succès indiscutable. On attendait cela depuis longtemps d’al-Assad, qui a succédé son père Hafez, décédé en 2000. Mais Bachar al-Assad l’a fait trop tard. Et aujourd’hui, l’opposition n’attend qu’une seule chose : sa démission volontaire ou forcée. Son second mandat de 7 ans se termine en 2014, mais ce serait un miracle s’il restait au pouvoir jusque-là.

    Comme l’a déclaré le président russe Dmitri Medvedev, qui récemment encore comptait sur les réformes en Syrie mais qui semble avoir perdu tout espoir : "Bachar al-Assad doit se réconcilier de toute urgence avec l’opposition, rétablir la paix civile et créer un Etat moderne. S’il ne réussit pas à le faire, un triste sort l’attend et en fin de compte nous devrons également prendre des décisions".

    Le gouvernement syrien a encore une semaine, deux tout au plus. Mercredi dernier le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé une déclaration condamnant les actions des autorités syriennes. Le document, soutenu par la Russie, stipule qu’une semaine après son adoption, le secrétaire général de l’ONU soulèvera une nouvelle fois la question de la situation dans ce pays. Et si elle demeure aussi inquiétante, le Conseil de sécurité adoptera par la suite une résolution sévère et juridiquement contraignante qui signifiera le renforcement de la pression internationale sur la Syrie.

    La déclaration du président Medvedev ne laisse aucun doute quant au fait que Moscou, qui s’opposait auparavant au projet occidental de résolution, se prépare actuellement à l’appuyer. La communauté internationale perd patience, et les autorités syriennes perdent des alliés. La réunion du parlement pourrait probablement changer quelque chose dans cette situation, qui semble être désespérée. Il s’agit de la dernière chance pour les autorités syriennes.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction


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