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    L’URSS a quitté les pays Baltes presque à l’anglaise

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    20 ans sans l'URSS (27)
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    Il y a exactement 20 ans, le 6 septembre 1991, l’Union soviétique a reconnu l’indépendance des républiques baltes: la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie. A l’époque l’URSS était déjà à bout de souffle: de nombreux ministères ne fonctionnaient plus, et les décisions qui auraient à une époque provoqué une tempête étaient prises quotidiennement en passant inaperçues.

    Il y a exactement 20 ans, le 6 septembre 1991, l’Union soviétique a reconnu l’indépendance des républiques baltes: la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie. A l’époque l’URSS était déjà à bout de souffle: de nombreux ministères ne fonctionnaient plus, et les décisions qui auraient à une époque provoqué une tempête étaient prises quotidiennement en passant inaperçues. Ainsi, l’indépendance des pays baltes a été adoptée par le Conseil d’Etat de l’Union soviétique qui a existé pendant une période si courte (5 septembre-26 décembre 1991) qu’il est pratiquement passé inaperçu lui-même dans l’ombre des majestueux Politburo et Secrétariat du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique. L’Union soviétique a quitté les pays baltes sans adieux solennels, pratiquement à l’anglaise.

    Néanmoins, il est difficile de surestimer l’importance de cet acte. Il a considérablement compliqué le travail de toutes sortes de "commissions chargées de l’estimation du préjudice porté par l’occupation soviétique", qui ont été créées en nombre dans les pays baltes par la suite. Le schéma historique simplifié, instamment répété par les autorités des pays baltes postsoviétique (le gouvernement soviétique n’est pas meilleur que celui des nazis, les pays baltes n’avaient pas le moindre espoir de devenir indépendants), a accusé des failles.

    L’Union soviétique avait tout de même quelque chose de meilleur que les nazis, car elle a trouvé la force, 50 ans après l’incorporation des trois républiques, de se résigner à restituer leur liberté aux Etats baltes. Une bonne base est apparue pour établir des relations entre les nouveaux pays baltes indépendants et la nouvelle Russie. Les décisions du président russe Boris Eltsine, qui considérait depuis longtemps la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie comme des Etats indépendants, ont cessé d’être en contradiction avec la législation de l’Union soviétique à laquelle la Russie a succédé.

    En reconnaissant l’indépendance des pays baltes acquise dès 1990, le Conseil d’Etat soviétique n’a pas entièrement accepté l’interprétation des événements qui s’étaient déroulés entre 1939 et 1989 et qui prédominait à l’époque à Riga, Vilnius et Tallinn. Les événements de la période 1939-1940 n’ont pas été qualifiés d’occupation illégale par Moscou: ce dernier n’était pas prêt à peindre en noir toute la période d’existence des Etats baltes soviétiques.

    Les débats au sujet des événements de l'époque 1939-1940 dans le milieu des historiens professionnels se poursuivent toujours, et les divergences d’opinion des participants ne coïncident pas nécessairement avec leurs positions nationales ou idéologiques.

    Natalia Lebedeva de l’Institut d’histoire universelle de l’Académie des sciences de Russie, la première à soulever le thème de Katyn et qui a effectué un travail également reconnu dans les pays baltes sur la documentation des événements de 1939-1940, ne qualifie pas 50 ans de "cohabitation" de période d'occupation. Selon Natalia Lebedeva, une occupation implique l’accaparement temporaire pendant un conflit armé du territoire d’un Etat par l’armée d’un autre pays. En dépit de l’adhésion forcée de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie à l’URSS, il n’y avait aucun autre signe d'occupation: une guerre entre deux armées, une capitulation ou une position privilégiée des "occupants." En l’occurrence, l’histoire ne s’imbrique pas dans le schéma hollywoodien simplifié avec le "bon" et le "mauvais" qui se font face.

    Il existe un fait qui n’est contesté ni par la Russie, ni par les pays baltes: en 1940 puis en 1944 le pouvoir soviétique est venu en Lettonie, en Lituanie et en Estonie avec toutes les conséquences que cela implique. "Le régime mis en place dans les pays baltes suite à l’invasion soviétique n’était pas un régime d’occupation – c’était un régime communiste de type soviétique… Ainsi a commencé le tournant dont les conséquences sont bien plus visibles et dramatiques que toute occupation militaire", écrit dans son livre Les pays baltes et le Kremlin l’historienne Elena Zoubkova de l’Institut d’histoire russe de l’Académie des sciences de Russie.

    Sur la reconnaissance de ce fait il était possible de construire la compréhension mutuelle et les nouvelles relations entre Moscou et les capitales des pays baltes: le Conseil d’Etat de l’URSS a offert une telle possibilité il y a 20 ans. Mais cette chance n’a pas été utilisée. Les racines de cet échec tirent leurs origines dans la période soviétique. Fatigués par les pénuries soviétiques, les habitants des pays baltes de toute nationalité voyaient déjà l’origine de leurs problèmes non pas dans les absurdités économiques et politiques de la vie soviétique, puis postsoviétique, mais dans leurs voisins avec d’autres coutumes et parlant une autre langue.

    Il est à noter qu’au début le gouvernement soviétique tenait les pays baltes derrière le rideau de fer séparés de la population soviétique également: les restrictions portant sur les voyages dans ces pays ont été levées un après la Victoire, en 1946. Immédiatement les habitants des régions de Pskov, de Novgorod et de Leningrad se sont mis à aller en Estonie pour acheter de la farine et du pain. Les prix de ces denrées en Estonie ont augmenté en provoquant la colère des autochtones. Ces derniers, ignorant les réalités soviétiques, n’ont pas immédiatement compris que les "spéculateurs" y venaient en raison de la pénurie de produits alimentaires, qui après la guerre et les 15 années du système agricole collectif était bien plus grave en URSS qu’en Estonie.

    L’habitude "d’interpréter la garantie de ses propres droits comme la restriction des droits de son interlocuteur" (expression tirée du livre d’Elena Zoubkova Les pays baltes et le Kremlin) s’est ancrée chez les habitants des pays baltes précisément pendant l’époque soviétique.

    Déjà dans les années 1950, victimes de discrimination, les Russes faisaient appel aux autorités de l’Union, et les "dirigeants autochtones" des gouvernements des républiques baltes (Snieckus, Gedvilas, etc.) se référaient à la "politique nationale lénino-stalinienne" pour éviter la circulation parallèle des documents en deux langues: en russe et dans la langue de la république balte correspondante.

    Les années passent, mais le problème demeure. Aussi bien les pays baltes que la Russie ont encore besoin d’évoluer pour arriver à concevoir les droits d’un autre individu comme une partie nécessaire et une garantie de ses propres droits.


    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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